CHAPITRE XII. 4a
D. Ordonne-t-elle le pnrdon des injures?
R. Oui, en tant que ce pardon s'accorde avec la conservation de nous-mêmes,
D. Donne-t-elle le précepte de tendre Tautre joue quand on a reçu un soufflet?
R. Non ; car d'abord il est contraire à celui d'aimer notre prochain comme soi^même^ puisqu'on l'aimerait plus que soi, lui qui attente à notre conservation. 2" Un tel précepte, prisa la lettre, encourage le méchant à l'oppression et à l'injustice ; et la loi naturelle a été plus sage en prescrivant une mesure calculée de courage et de modération, qui fait oublier une première injure de vivacité, mais qui punit tout acte tendant à l'oppression.
D. La loi naturelle prescrit-elle de faire du bien à autrui sans compte et sans mesure?
R. Non ; car c'est un moyen certain de le conduire à l'ingratitude. Telle est la force du sentiment de la justice implanté dans le cœur des hommes , qu'ils ne savent pas même gré des bienfaits donnés sans discrétion. Il n'est qu'une seule mesure avec eux, c'est d'être juste.
D. L'aumône est-elle une action vertueuse ?
R. Oui, quand elle est faite selon cette règle; sans quoi elle devient une imprudence et un vice, en ce qu'elle fomente l'oisiveté, qui est nuisible au mendiant et à la société ;^nul n'a droit de jouir du bien et du travail d'autrui sans rendre un équivalent de son propre travail.
D. La loi naturelle consîdère-t-elle comme vertus l'espérance et la foi, que l'on joint à la charité?
R. Non ; car ce sont des idées sans réalité ; que s'il en résulte quelques effets, ils sont plutôt à l'a-
vanlage de ceux qui n'ont pas ces idées que de ceux qui les ont ; en sorte que l'on peut appeler la foi et V espérance les vertus des dupes au profit des fripons.
D. La loi naturelle prescrit-elle la probité?
R. Oui : car la probité Vest autre chose que le respect fondé sur un calcul prudent et bien combiné de nos intérêts comparés à ceux des autres.
D. Mais ce calcul, qui ^embrasse des intérêts et des droits compliqués dans l'état social, n'exige-t-il pas des lumières et des connaissances qui en font une science difficile?
R. Oui, et une science d'autant plus délicate, que l'honnête homme prononce dans sa propre cause.
D. La probité est donc un signe d'étendue et de justesse dans l'esprit?
R. Oui : car presque toujours Thonnête homme néglige un intérêt présent afin de ne pas en détruire un à venir ; tandis que le fripon fait le contraire, et perd un grand intérêt à venir pour un petit intérêt présent.
D. L'improbité est donc un signe de fausseté dans le jugement et de rétrécissement dans l'esprit?
R. Oui : et l'on peut définir les fripons, des calculateurs ignorants ou sots; car ils n'entendent point leurs véritables intérêts , et ils ont la prétention d'être fins'; et cependant leurs finesses n'aboutissent jamais qu'à être connus pour ce qu'ils sont; à perdre la confiance, l'estime, et tous les bons services qui en résultent pour l'existence sociale et physique. Ils ne vivent en paix ni avec les