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Corollaires relatifs aux antiquités romaines, et particulièrement à la prétendue monarchie de Rome, à la prétendue liberté populaire qu'aurait fondée Junius Brutus.
En considérant ces rapports innombrables de l'histoire politique des Grecs et des Romains , tout homme qui consulte la réflexion plutôt que la mémoire ou l'imagination affirmera sans hésiter que, depuis les temps des rois jusqu'à l'époque où les plébéiens partagèrent avec les nobles le droit des mariages solennels, le peuple de Mars se composa des seuls nobles..,. On ne peut admettre que les plébéiens, que la tourbe des plus vils ouvriers, traités dès l'origine comme esclaves, eussent le droit d'élire les rois, tandis que les Pères auraient seulement sanctionné l'élection. C'est confondre ces premiers temps avec celui où les plébéiens étaient déjà une partie de la cité, et concouraient à élire les consuls, droit qui ne leur fut communiqué par les Pères qu'après celui des mariages solennels, c'est-à-dire au moins trois cents ans après la mort de Romulus.
Lorsque les philosophes ou les historiens parlent des premiers temps, ils prennent le mot peuple dans un sens moderne, parce qu'ils n'ont pu imaginer les sévères aristocraties des âges antiques ; de là deux erreurs dans l'acception des mots rois et liberté. Tous les auteurs ont cru que Isl royauté romaine était monarchique, que la liberté fondée par Junius Brutus était une liberté populaire. On peut voir à ce sujet Tinconséquence de Bodin.
Tout ceci nous est confirmé par Tite-Live, qui, en racontant l'institution du consulat par Junius Brutus, dit positivement qu'il n'y eut rien de changé dans la constitution de Rome (Brutus était trop sage pour faire autre chose que la ramener à la pureté de ses principes primitifs), et que l'existence de deux consuls annuels ne diminua rien de la puissance royale, nihil quicquam de regia potestate diminutum. Ces consuls étaient deux rois annuels d'une aristocratie, reges annuos^ dit Gicéron dans les Lois^ de même qu'il y avait à Sparte des rois à vie, quoique personne ne puisse contester le caractère aristocratique de la constitution lacédémonienne. Les consuls, pendant leur règne ^ étaient, comme on sait, sujets à l'appel, de même que les rois de Sparte étaient sujets à la surveillance des éphores: leur règne annuel étant fini, les consuls pouvaient être accusés, comme on vit les éphores condamner à mort des rois de Sparte. Ce passage de Tite-Live nous démontre donc à la fois , et que la royauté romaine fut aristocratique j et que la liberté fondée par Brutus ne fut point populaire, mais particulière aux nobles; elle n'affranchit pas le peuple des patriciens, ses maîtres, mais elle affranchit ces derniers de la tyrannie des Tarquins.
Si la variété de tant de causes et d'effets observés jusqu'ici dans Thistoire de la république romaine, si l'influence continue que ces causes exercèrent sur ces effets ne suffisent pas pour établir que la royauté chez les Romains eut un caractère aristocratique, et. que la liberté fondée par Brutus fut restreinte à l'ordre des nobles, il faudra croire que les Romains, peuple grossier et barbare, ont reçu de Dieu un privilège refusé à
la nation la plus ingénieuse et la plus policée, à celle des Grecs; qu'ils ont connu leur antiquité, tandis que les Grecs, au rapport de Thucydide, ne surent rien des leurs jusqu'à la guerre du Péloponèse \ Mais quand on accorderait ce privilège aux Romains, il faudrait convenir que leurs traditions ne présentent que des souvenirs obscurs, que des tableaux confus, et qu'avec tout cela la raison ne peut s'empêcher d'admettre ce que nous avons établi sur les antiquités romaines.