‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 102 sur 155 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

En aprez y avoit cinq colleiges , c’est asscavoir : la Trinité , Sainct Mainbeuf , Sainct Maurille, Sainct Pierre et Sainct Julien. Puis les suyvoient les chanoynes réglez, c’est asscavoir : Sainct Jean l’Évangeliste et l’abbaye de Toussainctz.

En aprez estoient leâ colleiges de Sainct Lau et Sainct Martin, lesquelz sont de la fondation d’Anjou et avecq eulx alloient les religieux des abbayes de Sainct Aubin , Sainct Nicolas et Sainct Cierge , tous de l’ordre de Sainct Benoist, lesquelz sont aussy de la fondation d’Anjou, et y eult grande altercation entre les dessusdictz deux colleiges et abbayes, lesquels seroient les prochains de ceux de la grand eglise. Laquelle altercation autrefois a esté entre eulx et par spécial, quand il y a procession pour l’enterrement de ducs et duchesses d’Anjou.

Aprez les dessusdictz, y avoit cinquante pauvres, tous vestus de noir, ayans chacun une grande torche. Puis aprez le suivoyent les serviteurs, chappellains et înaistres chappellains de ladicte eglise, deux à deux. En aprez estoit le corps avecq l’Université et en suivant estoient les chanoynes de la grand eglise. Aprez eulx , estoient les abbez qui s’ensuivent, tous en pontifical, c’est asscavoir de Sainct Florent, de la Roée, de Sainct Georges, du Louroux, deChaloché, dePontheron et de Toussainctz. Puis estoient l’administrateur d’Angiers , les nobles avecq les soubs maires et gens de la justice de ladicte ville en grant nombre; et c’est asscavoir que le cœur dudict roy enchâssé en une bouette d’argent avoit esté mis avecq le corps en ladicte chasse; et incontinant que ledict corps feutposé au millieu du chœur de ladicte eglise, soubz ladicte chapelle ardante, tous les colleiges, abbayes et mandians dessusdictz allèrent chacun en leur eglise faire un service à grande solennité. Ce faict, ceulx de ladicte grand eglise commencèrent vespres et vigilles de mortz ainsy qu’il appartenoit et faisoit l’office l’evesque de Verience 1 et tous les abbez dessusdictz estoient assistans jusques à la fin du service.

Le jeudy au matin, tous les chappellains à ladicte eglise celebrent messe pour l’ame dudict roy, et incontinant que le service fut commencé, tous chappellains qui voulurent chanter ou celebrer feurent receuz. Au regard de ladicte messe de requiem , l’evesque, Charles de Carret, la dict. L’abbé du Louroux fit le diacre et l’abbé de Pontheron fist le soubz diacre, avecq chanoynes etaultres de ladicte eglise assistans , ainsy qu’il est de coustume.

Laquelle messe achevée, feut faict le service de l’enterrement, et le portèrent en terre huict des plus grandz personnaiges de ladicte eglise , revestus en habitz

1 Peut-être pour Viviers , Fivariense ?

L’intérêt qu’offrent les deux pièces suivantes, extraites des Archives du royaume, nous a engagés à les reproduire presque en entier.

La première, sous le titre de Compte de finances du wy de Sicile, en 1460 , constate le don d’une somme de 55ooo livres tournois, fait à ce prince par Charles VII, les noms des villes et des provinces sur lesquelles il doit être prélevé , les noms des receveurs généraux et particuliers chargés de cette recette, l’état détaillé de la despence , l’ordonnance de décharge du roy René en faveur de James Louet, son trésorier général, et l’ordonnance d’entérinement desdites lettres patentes, rendues par Jehan , évesque de Thoulon. ♦

L’atteution s’arrêtera sans doute plus particulièrement sur V Estât de la despence. C’est la partie la plus curieuse de ce remarquable document. Elle fait ressortir la détresse du trésor de René , et combien il était urgent que Charles VII lui vînt en aide. Le lecteur partagera peut-être notre attendrissement , en voyant figurer au nombre des créanciers du bon roi , son tailleur Nouel , pour une somme de 54 1 livres 10 sols.

Sous le titre de Chapelle et chantres de la royne de Secile , du premier may i44q au dernier octobre i45a, nous trouvons les lettres patentes d’Isabelle, qui renonce aux revenus des tabliers 1 de son pays de Prouvence , en faveur des chapelains et chantres, qui desservent sa chapelle, et qui dores navant , chascun jour, feront beaux sermons devant son seigneur et elle. Nous voyons que Jehan de Vacincourt , receveur général des finances d’Isabelle , est chargé d’affermer les tabliers , d’en toucher les revenus et d’en faire l’emploi. Viennent à l’appui, et comme ratification , les lettres patentes du roi René.

1 Droit snr l’exportation de certaines marchandises.

V Estât de la recepte de Jehan de Vacineourt , quelque complet qu’il soit, ne présente aucun intérêt; nous l’avons donc passé sous silence. Mais celui de la despence est transcrit presque intégralement. Il nous fait connaître le nombre des chantres, clercs et chapelains, leurs noms , leurs qualifications, et la somme allouée à chacun d’eux, suivant leurs titres. Nous suivons les changements, mutations et voyages de ces gens d’église. Chaque allocation est régulièrement ordonnancée, et les dates des mandements attestent la présence de la royne Isabel , tantôt à son chastel d’Angers, tantôt à ceux deBeaufort et de Saumur, ou en son hostelde Launay près cette dernière ville. C’est au point que pendant une période de trois années, nous connaisssons , presque mois par mois, les changements de résidence de cette princesse. Si elle fait venir des chantres de Picardie, de Paris et de Bretagne, ou tout simplement de Feneux 4, comme il advint une fois, nous savons le prix exact de chacun de ces voyages. Ici un chiffre révèle un trait des mœurs de l’époque. Ainsi voilà un mandement du roy, du 22e jour de may i4Ô2 , qui ordonnance un escu de paiement à Jehan Gashot pour festoyer un chantre de monseigneur d’Orléans. Un article constate le prix du pappier à longue feuille , et des cordons à relyerles livres . Un autre nous apprend qu’il y avait alors à Angiers une psalette ; et nous en voyons le maistre , ou directeur, Aymon , recevoir huit escus pour un livre en parchemin contenant les passions et esvangiles de la grand semaine .

Tous ces détails inédits nous ont paru devoir présenter un véritable attrait aux lecteurs graves , qui aiment à se rendre compte d’une époque peu connue.

* Petit bourg à deux lieues d’Angers.

à ce propres et ordonnez. Les recteur, docteurs, prélat, abbez dessusdictz estans presensavecq grande multitude de peuple, et ce doncques feut donné et mis le corps en la sépulture.

Et ce aprez , ledict evesque print le cœur dudict roy , et le porta au revestiaire de ladicte église, lequel y feut jusques aprez disner. Et quant vint icelluy jeudy entre douze et une, commancerent pareillement à sonner la grosse cloche de ladicte eglise, comme le jour de devant , pour appeler les colleiges, comme dict est et pareillement la cloche de l’Université sonna, et tous les dessusdictz se rendirent à la grand eglise , pour porter le cœur dudict roy à Sainct Bernardin , ainsy qu’il l’avoit ordonné en son vivant, lequel feut porté en la manière que s’ensuit : c’est assavoir quatre desdictz docteurs prindrent ledict cœur estant sur une litiere à quatre basions, et au millieu de ladicte litiere avoit trois pièces de boys, en la façon d’un petit escabeau, puis sur icelle litiere avecq l’escabeau avoit un aultre grant drap d’or cramoisy, pareil de celluy du corps, pendant pareillement à terre de tous les costez, lequel estoit brodé de veloux noir avecq les escussons couronnez ainsy comme l’autre, et sur ledict escabeau y avoit un grant carreau pareillement de drap d’or cramoisy, ledict drap d’or entre deux , et dessus icelluy carreau estoit ladicte boiste d’argent sur bout, en laquelle estoit et est de présentie cœur; et ainsy les quatre docteurs dessusdictz avecq le recteur et aultres docteurs allèrent au revestiaire de ladicte eglise, auquel estoit ledict cœur, et le prindrent, lequel feut ainsy porté jusques en l’eglise des freres mineurs , accompaignez des colleiges et abbayes dessusdictz, tout en bel ordre et pollice, avecq ledict poisle dessus tout ainsy comme audict corps , et fut mis au milieu du chœur de ladicte eglise soubz une chapelle ardente , pareille à celle de la grand eglise, et le luminaire d’icelle avecq toutes les torches et aussy tout le luminaire de ladicte chapelle de Sainct Bernardin estoit tout neuf. Et est assçavoir qu’en portant les corps et cœur dudict roy et aussy durant tout le service des deux estoit tousjours devant un heraultde l'Ordre du Croissant, vestu d’une cotte de veloux cramoisy en laquelle estoient les armes de sainct Maurice, en l’honneur duquel feut faict et commancé premièrement ledict Ordre.

Ce faict, tous les colleiges dessusdictz s’en retournèrent un chascun en son eglise faire un service pour ledict roy comme ilz avoient faict le jour de devant, lesquelz feurent stipendiez des deux services , ainsy qu’avoit ordonné ledict roy et demeurèrent seullement eeulx de ladicte grand église auxdictz freres mineurs pour faire le service ainsy qu’ilz avoyent faict au corps; icelluy jour dirent vespres et vigilles de mortz.

Cela faict s’en retournèrent à la grand eglise; puis le lendemain retournèrent

les dessusdictz de la grand eglise auxdictz freres mineurs , et là feirent le service tous, ne plus ne moins, comme le jour devant, excepté que le doyen de la grand eglise dist la messe, deux chanoynes de ladicte eglise feirent les diacre et soubz diacre, dont l’un estoit docteur en théologie et l’autre licencié.

Ladicte messe finie , fut faict l’enterrement dudict cœur,ainsy comme au corps, tousjours l’Université présente et aussi ceulx de la ville en grand nombre, et pareillement y eut messes à tous venans ; et estoit ladicte eglise et aussy la chapelle de Sainct Bernardin , en laquelle feut mis le cœur dudict roy, garnie à l’entour de ceintures et torches , ainsy que ladicte grand eglise , et aussy y avoit cinquante pauvres tous vestus de noir, avecq torches neufves comme audict corps , et fut mis le cœur dudict roy par le doyen dessusdict en une petite chasse de boys, lequel estoit enchâssé en une boiste d’argent comme dict est, et icelle chasse de boys avecq ladicte boiste fut mise en une pierre de taille, en laquelley avoit une fenestre carrée , faicte toute espres , et incontinant que ledict cœur fut dedans , le masson qui avoit faict icelle fenestre la ferma d’une aultre pierre, en laquelle avoit une boucle , et oultre y fut mise une grosse grille de fer.

Lequel cœur fut mis en la chapelle de Sainct Bernardin , devant l’autel de Sainct Michel à costé senestre de ladicte chapelle, ainsy que ledict roy l’avoit ordonné. Et est ledict cœur en ladicte muraille à un pied sur terre. En oultre joignant ladicte muraille, il y a une représentation de boys, couverte d’un drap d’or cramoisy bien riche et bordé à l’entour des armes dudict roy.

Ce présent escrit a esté baillé manuellement par la reyneJehannedeSicileà moy Balthazard Ilautruhan , conseiller et controleur de ses finances, pour le porter à Aix et le faire enregistrer en l’archif dudict lieu.

En témoignage de ce, j’ai signé , au château de Beaufort, le 26e jour d’octobre 1 48 1 . Ainsy signé Balthazard.

Plus bas est écrit : paraphé par nous conseillers du roy en sa cour de parlement, commissaire en cette partie , suivant un procès-verbal du quinzième jour de janvier i652. Suivent deux signatures.

Extrait du manuscrit n° 265, in-f°, vol 2, relié maroquin rouge, ayant pour titre: Enterremens et pompes funèbres de plusieurs princes , cardinaux et autres seigneurs françois , ensemble de quelques chanceliers de France et autres. ( Collection Dupuy.)

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