‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 124 sur 155 · LXXVI · texte numérisé non relu

LXXVI

trop pesantes pour le faible bras du ravisseur. Omphale et Briséis conseillent le repos aux dépens de la gloire. Antoine, attaché à la galère de Cléopâtre, abandonne les braves, qui mouraient pour lui. Partout, excepté à Lacédémone, il ne reste à la femme que ses charmes et sa beauté , frêle couronne qu’un soufle effeuille.

Une influence moins passagère et un plus noble empire lui étaient réservés chez les enfants de ces généreuses nations du Nord, qui punissaient, à l’égal de l’homicide, l’insulte faite à une jeune vierge. Reine, maîtresse ou compagne, elle avait grandi avec sa mission; et si son cœur n’était pas toujours exempt de faiblesses, l’amour et la gloire les couvraient de leur prestige.

Le jeune page apprenait ainsi, dès l’enfance , que le plus sûr moyen d’être aimé des dames , était de se montrer vertueux , courtois et vaillant. Quelquefois animé d’un précoce courage, il obtenait de son seigneur la grâce de l’accompagner à la guerre. Renonçant sans regret aux jeux du préau et aux sourires des jeunes filles, il supportait gaiement les fatigues , les périls , le poids du harnais et des armes. Mais toute joie défaillait au retour, quand il revenait à l’école; lui qui se croyait déjà un vaillant homme d’armes , versait des pleurs de dépit en songeant à l’âge où il recevrait le titre d’écuyer l.

C’était ordinairement à seize ans 2 que le jouvencel ceignait, pour la première fois , l’épée qu’il devait illustrer par sa valeur. Cette antique coutume , en usage chez les Germains et les rois francs des deux premières races , avait précédé de plusieurs siècles l’établissement de la chevalerie. Elle avait pour but d’indiquer qu’une nouvelle carrière était ouverte à l’enfant devenu homme , et que les durs travaux de la guerre seraient désormais son délassement et ses jeux. Une pieuse cérémonie consacrait ce passage de l’adolescence à la virilité.

La religion , qui, dans ces âges de foi ardente, communiquait aux institutions comme aux hommes un caractère ineffaçable, avait des bénédictions pour toutes les situations et les époques de la vie. Accompagné de ses parrains et de la foule

1 Vie de Boucicaut .

• Et quant ilz furent au préau ensemble, ma dame luy dist : • Mon très loyal amy, vous estes en l’aage » de seize ans, et doresnavant estes trop grant pour eslre paige. Je me suis appensée que pour vous mettre » plus avant, je feray à ma dame la royne de par vous prière , que Monseigneur le roy vous en boute hors , » et que soyez de l’ung ou de Paultre escuyer trenchant. ■

( Chronique de Jehan de Saintré . )

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