‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 145 sur 155 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Sur son heaume une plume d’austrusse Noire et blanche gentement avoit mise ,

Et je cuide que de cy jusque en Prusse Ne trouveroit telle ung autre à sa guise.

Je ne sçay pas où il prit la devise Qu’en son escu l’escript ne denya :

C’ estoit, Par lo ventre Dieu, il n’y a Point de telle; non, par lo sang de Dieu. Cellui escript de blanc droit ou mylieu De son escu ainsi devoit manoir Pour vérité , et là tenoit son heu ;

Sa housse estoit et son escu de noir.

A l’escu blanc ala ferir tout droit,

Et Philebert à lui pour le deffendre Vint sans tarder et pour garder son droit; Au heaume là où il devoit tendre Il rompit tost sa lance sans attendre ,

Et Honorât en l’escu au plus haut.

Au second cop se firent tel assault Qu’il rompirent de rechief vaillamment Leurs deux lances. Au tiers cop ensement Point ne failli le pastoureau sans faille ,

Et Honorât en eroizant vrayement Rompit, mais tout ne valoit une maille.

Messire Guy, de Laval (xx) chevalier,

Et de Loé seigneur certeinnement ,

Vint aprez lui dessus ung bay destrier,

Et à l’escu noir ala gayement.

Housse et escu et tout son parement Estoit de blanc et de rouge et de bleu Parti en tiers comme il lui avoit pieu Et de frappe , puis d’autre part avoit

Ung grant plumail si gent qu’estre devoit. Quant est de soy gentement contenir, Certeinnement bien faire le savoit,

En son endroit je le puis maintenir.

De trois coleurs devoit le plumail estre ,

A quatre grans couvrechiez de plaisance Derier pendans, et ung à son bras destre .

Il estoit bien aussi en sa puissance ;

Et d’autre part ne lui firent nuisance Les trois plumes qui ne furent petites A son chamfrain des couleurs dessusdittes. Et en ce point encontre lui acourt Legierement le pastour Lenoncourt.

Là de prinsault une croyzée firent;

Mais l’autre cop certes ne fu pas sourt,

En leurs escuz leurs deux lances rompirent.

Et le tiers cop fu aussi bien loué ,

Chascun rompit son bois joyeusement.

Quant vint au quart monseigneur de Loué PT en fit pas mains , car véritablement Sa lance mit en pièces hautement Dedens l’escu du pastour dessusdit ,

Et ot l’onneur aussi sans contredit Qu’il devoit lors de la bergiere avoir.

Aprez lui vint, je vous fais assavoir,

Jehan Bezelin, autrement dit Jarret (xxi) Ung escuier qui très bien son devoir Fit prestement et aussi sans arrêt.

D’ung gent destrier grison bien se monta Pour recevoir et donner des hoques ;

Des grans estas au fort riens ne conta

Fors qu’à donner ces beaux cops de roques. Sa housse rouge estoit de beaux floques Tous blans semée; et outre d’abondance Seulement ung couvrechief de plaisance A son heaume; et ainsi s’en ala Ferir l’escu blanc, et aprez cela Lenoncourt vint , le gentil pastourel , Auquel Jarret si bien se rebella Qu’il fit la fin de ce pas bien et bel.

Premièrement à deux seules attaintes Pour vérité quatre lances brisèrent :

En ce point là nul n’y aloit par faintes;

A ferir droit si très bien avisèrent Que maintes gens vrayement les prisèrent. En la parfin l’un l’autre ne guerpit Jusques à tant que la tierce rompit Jehan Bezelin , lequel doit le pas.

Cela durant mains gracieux repas Furent là pris sans grant merancolie .

Car aussi bien n’apartenoit-il pas Estre en tel lieu sans faire chiere lie.

Helas ! Dieu scet se des cops plus de six , Les quieulx alors ne furent riens contez, Furent si bien sans rompre lance assis ,

Que les plus fors et les plus redoutez Sans doutance furent les mieulx dontez.

Aucuns firent des cops par mignotise Moult gracieux et sans nulle faintise,

Dont à peinnes homme s’en avisoit,

Et aussi bien nul ne les escrisoit :

On les tenoit attaintes corrompues ;

Mais touteffois en son cuer les prisoit

Aucun plus que maintes lances rompues.

De la façon et toute la maniéré De venir à la déposition,

Et mettre jus le pas de la bergiere,

Icy endroit vous feray mencion Pour mieulx donner aux lisans action De cellui pas entendre entièrement.

Aprez les six heures certeinnement A cheval fu tantost le poursuyvant,

Et s’en ala en ce point droit devant De l’eschaffaut des juges et leur dire : Descendez tost, et si venez avant;

La bergiere le vous mande de tire.

Incontinent les juges descendirent

De leur chaffault sans demander pour quelle

Cause c’estoit, et en voye se mirent

Tous à cheval. Quant ils furent vers elle ,

Incontinent laditte pastourelle

Leur commanda venir parler au Roy.

Si alerent en gracieux arroy A son chaffault et devant sa presence Lui requérir de par elle licence Du dessusdit pas faire descrier;

Elle, à genoux et en grant reverence Devers le Roy comme on doit supplier.

Et quant le Roy a cela consenti, Retournèrent les juges ; et pour tant Que bien l’ottroy du Roy avoit senti,

La trouvèrent toutte droitte en estant En son chaffaut. Tout cela non obstant Ouy, leur bon et gracieux raport

L’avoir ouy , le poursuivant au fort Elle appella moult gracieusement.

Et puis aprez lui lit commandement A l’arbre aler les deux escus despendre,

Et de faire venir hâtivement

Les pastoureaux, et leurs deux escuz rendre.

Du poursuyvant le commandement fait,

A trompettes et clerons menans feste, Devant elle viendrent armez de fait,

L’escu au col , le heaume en la teste ,

Ayans toudis une maniéré preste D’eux encliner à venir devant elle,

Estre venus par maniéré moult belle ,

Leur fit par ledit roy d’armes deffendre Que désormais ne voulsissent entendre A plus jouster ne de loing ne de prez Pour ledit pas de rechief entreprendre En la forme qui est icy aprez :

Très honorez escuiers et faitis Qui maintenez la très plaisant querelle Comme nobles pastoureaux et gentis De ceste très gentille pastourelle,

Il m’a esté ordonné de par elle,

A qui jà Dieu ne vueille que j’offende,

Que désormais la jouste vous deffende.

Tenez vous ent , et je vous en suppli ,

Car elle tient son pas pour acompli Selon tous les chapitres sur ce fais Si vaillamment, que jamais en ouhli Ne vous mettra ne voz gracieux fais

Et pour cela vous deffens-je la jouste;

Mais de rechief vous fais commandement Que vous doyez cy endroit somme toute Voz heaumes lever présentement;

Car il vous a pieu si très grandement En la servant vous tant humilier,

Elle vous veult icy remercier

De la peinne que pour elle avez prise,

Et vous baisier, de cela vous avise,

Comme ses bons serviteurs et loyaulx.

Si furent là tout à sa belle guise Deshéaumez les gentis pastoureaux.

Puis que baisiez les ot doucettement,

Le roy d’armes le poursuyvant manda,

Aux deux bous des bces et haultement,

A vive voix descrier commanda De par elle le pas où habonda De noblesse si belle quantité.

Le poursuyvant aussi en vérité,

Lequel estoit moult bien à cela duit,

Voyant l’onneur, la plaisance et déduit,

Le descria, mais ce fu toutefois En la maniéré et fourme qui s’ensuit ,

Disant premier, Or oiiez, par trois fois:

A tous nobles et gentis chevaliers Et escuiers qui pour plaisance avoir En armes tous les beaux fais tiennent chiers, Ou s’en mettent à faire leur devoir,

On fait icy maintenant assavoir Que le pas de la noble pastourelle Notiffié nagaires de par elle,

Qui se devoit par trois jours maintenir,

Et cinq heures aprez midi tenir

De deux pastours à tout homme venant L’un aprez l’autre, on doit icy finir,

Car tout est fait et compli maintenant.

Outre cela je vous fais assavoir Qu’aprez souper au chastel sans doutance, Présent le Roy, à vous dire le voir,

Et la Royne , où se fera la dance Entre toute noblesse, où habondance De tout honneur et tout bien est compris, Sera donné et hvré le grant pris A cellui qui mieulx l’ara deservi.

Le poursuyvant tout avoir assouvi,

La pastourelle ainsi qu’elle soloit Les autres fois, à cheval monter vy,

Mais d’elle voir jamais nul ne souloit.

Juges, pastours, menestriers et trompettes, Et elle aussi, et toute sa mainnie,

Firent deux tours sans delaissier les metes Entour la lice en faisant chiere lie ,

Puis s’en ala elle et sa compaignie Droit au chastel, où bien se deportoit.

Les deux escus, lesquieulx plus ne portoit Le poursuyvant, les pastoureaux portoyent; Pluseurs heraulx, qui duisans y estoyent, Et poursuyvans cinq ou six à la fois ,

Au départir aussi se deportoyent Crians Lenoncourt, l’Aygue, à haulte voix

Aprez souper laditte pastourelle De ma chambre joyeusement parti,

En son habit et par maniéré telle Acompaignie et ou pareil parti

Que le jeudi estoit ou le mardi,

Excepté ce qu’à cheval n’estoit pas.

Vers les dances doucettement le pas En cellui point aloit toudis avant;

Les menestriers et trompettes devant , Le poursuivant aprez , qui le grant pris Devant elle portoit en l’eslevant,

Et elle aprez comme elle avoit apris.

Le poursuyvant la verge blanche avoit A l’autre main, et puis estoit parez De sa cote d’armes comme il devoit; Tous les heraulx furent bien reparez Des leurs aussi; et de tous emparez.

Les deux juges à dextre et à senestre D’elle furent comme ilz devoyent estre.

Là ouïssiez ces trompettes sonner,

Les instrumens d’autre part resoner .

Tous estoyent en si plaisant arroy Qu’il ne porroit mieulx au fait consoner Ainsi vindrent eulx présenter au Roy.

Quant ilz furent tous devant sa presence Et à genoulx pour sa face choisir,

Le roy d’armes en très grant reverence Lui dit ce qu’il s’ensuit, et à loisir •

Sire , aveques le vostre bon plaisir Et licence d’autre part obtenue,

La pastourelle est devant vous venue Pour le grant pris délivrer orendroit A cellui qui sans doutance y a droit,

Et de dehors deservi l’ara mieulx :

Car pour certain riens faire ne voudroit Qui ne fust juste et loyal en tous lieux

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