‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 27 sur 155 · XCV1I · texte numérisé non relu

XCV1I

chapeau de paille et les fleurs des champs remplaçaient la pesante couronne; et René , cheminant près de sa douce compagne, s’appuyait sur une houlette , ce premier sceptre des rois pasteurs d.

Un poème, où ces souvenirs ont répandu un intérêt plein de charmes, est la ravissante pastorale de Régnault et Jeannelori, ou les Amours du Berger et de la Bergeronne 2. Sous cette riante peinture de la vie champêtre, Jeanne de Laval dut reconnaître avec émotion la tendresse sans bornes que René lui avait vouée.

Ce fut aussi à la même époque que le bon roi commença son grand poème chevaleresque et allégorique, la Conques te de doulce Mercy, par le Cueur d' amour espris 3. Mais quoique ce roman porte la date de 1457 , il est à croire que René employa plusieurs années à le composer, et à l’orner des ravissantes miniatures que l’on admire dans le manuscrit original. Dessinées avec un soin et une délicatesse extrêmes, elles sont la preuve du prix que René y attachait. Le moyen âge, ses coutumes et ses armures, l’église et ses pompes, les mythologiques allégories de la renaissance revivent dans ces petits tableaux, encadrés de fleurs, étincelants d’or et de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Nous ignorons à quel point Jeanne de Laval partageait les goûts poétiques de son époux. Vivant toujours auprès de lui, elle dut aimer tout ce qui avait adouci les ennuis de sa captivité et fait le charme de sa vie. Elle le quittait rarement, l’accompagnait dans ses voyages, et lorsque de cruels malheurs accablèrent sa vieillesse, elle eut de douces paroles pour calmer tant de douleurs.

L’un et l’autre affectionnaient singulièrement le séjour de Tarascon , antique cité , baignée par les flots du Rhône, où Louis II avait bâti un château magnifique. Le roi de Sicile s’était plu à terminer et à embellir cette demeure paternelle ; nous l’avons vu, avec toute sa cour, y tenir le Pas d'armes de la Bergère , alors que Jeanne,

! J'ay ung roy de Cecile Veu devenir bergier ,

Et sa femme gentille De ce propre mestier,

Portant la pannetière ,

La houlette et chapeau ,

Losgeant sur la bruyère,

Auprès de leur troupeau.

* Deuxième volume , page 105.

< Troisième volume des Œuvres complètes de René d’Anjou.

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