‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 28 sur 155 · TOME I. n · texte numérisé non relu

TOME I. n

XCYIII

simple pastourelle, sans autres atours qu’un gentil chaperon de couleur rose, le barillet au côté et la pannetière à la main , donnait aux vainqueurs un baiser et un anneL

René composa dans cette ville une partie de ses ouvrages. Il y entretint une poétique correspondance avec le chevaleresque prisonnier d’Azincourt, le brave et spirituel Charles d’Orléans. Tous les deux longtemps exilés s’étaient consolés avec leur muse, et, malgré la diftérence de l’âge, s’étaient voués une amitié à toute épreuve, dès leur rencontre première à la cour de Charles VH. Rien de plus naïvement délicat que leurs douces confidences et l’échange de leurs rondels 4.

La solennelle translation des reliques de sainte Marthe , patronne de Tarascon , retint René dans cette ville (10 août 1 458). Il y assista dévotement avec toute sa cour, et se plut à ordonner lui- même les dispositions de la fête. Une foule immense accourut à cette religieuse cérémonie, où l’on vit pour la première fois apparaître la Furasque , reptile hideux, qui vomissait des flammes. Une jeune fille vêtue de blanc attacha son voile au col du dragon, et conduisit sans effort le monstre devenu docile. René, par cette image, avait voulu rappeler un des miracles delà sœur de Marie Madeleine et de Lazare. On lit dans les légendes, que la sainte, à son arrivée à Tarascon, et avant d’y annoncer l’Évangile, délivra les habitants d’un crocodile énorme, qui dévorait les bateliers attardés sur le fleuve, et répandait sur les deux rives la consternation et la mort.

Le temps n’a point effacé dans cette ville le souvenir du bon roi; les jeux qu’il avait établis se célèbrent encore chaque année, et sa mémoire populaire et bénie a été préservée d’un iujuste oubli 2. Le beau château de Louis d’Anjou domine au loin le Rhône; fier et intact, il a vu gronder autour de ses créneaux les siècles et les tempêtes, sans qu’une seule pierre soit tombée de ses tours. Le tombeau du fidèle Cossa, monument touchant d’une royale reconnaissance, orne toujours l’église souterraine de Sainte-Marthe; là, le preux chevalier, comme autrefois le frère de sa céleste protectrice, attend la parole qui doit briser son cercueil pour le réunir à Dieu et au généreux maître qu’il avait tant aimé.

Tandis que la Provence bénissait son souverain , et jouissait d’une paix profonde,

'"Quatrième volume des Œuvres complètes de René d'Anjou.

r- Bené, en établissant ces jeux, eut pour principal but d’é teindre d’anciennes querelles des Tarasconais et de leurs voisins. La devise concordid felix est une preuve de l’intention de ce bon prince. 11 pensait avec raison que le plaisir , pris en commun dans ces joyeuses fêtes, réconcilie les esprits irrités et calme les plus rebelles.

des événements inattendus arrachaient le roi de Sicile à ses paisibles loisirs. Fatiguée de troubles et de guerres intestines, la ville de Gènes s’était donnée à la France. Charles Vil avait nommé le duc de Calabre gouverneur de cette turbulente cité; et au moment où ce prince en prenait le commandement, et dispersait la flotte et l’armée napolitaine, qui en formaient le siège, il apprenait la mort du roi d’Aragon. Une fièvre de quelques jours avait enlevé Alphonse au faîte de la puissance. H ne laissait, pour héritier du royaume de Naples, qu’un fils illégitime, nommé Ferdinand. Les espérances de René se réveillèrent à cette nouvelle. U crut de son devoir de monarque et de père, de réclamer l’investiture auprès du pape Pie II.

L’ancien secrétaire de Félix V et du concile de Bâle, Ænéas SylviusPiccolomini, était monté sur la chaire du prince des apôtres. Dévoré du zèle des croisades, il faisait retentir l’Europe chrétienne de ses gémissements et de ses prières. Tout autre intérêt s’effaçait à ses yeux devant cette pensée. Il s’était lui-même proclamé le chef de la ligue sainte, et sa voix ébranlait ITtalie menacée par Mahomet IL Peu touché du droit de René en pareille circonstance , soucieux seulement de prévenir toute guerre , qui mît obstacle à ses desseins, il refusa l’investiture demandée par ce prince, et reconnut hautement le fils de son rival.

Le roi de Sicile, irrité de cette apparente injustice, interrompit ses relations avec le pontife, et appela de sa décision au futur concile et à ses armes. Ferry de Lorraine prit le commandement des galères de Marseille; une grande activité présida à ces préparatifs de guerre , et en attendant que la flotte pût lever l’ancre, des vaisseaux marchands portèrent des secours aux seigneurs napolitains, qui avaient attaqué les troupes de Ferdinand et de Pie II.

Le pape, que justifiait la pureté de ses intentions, écrivit à René une lettre paternelle : « Malgré les hostilités commises par ses partisans sur les états de l’Église » et son appel au futur concile , il lui était toujours cher à cause de ses vertus. » Pie II lui explique ensuite avec douceur les griefs et les motifs qui avaient déterminé le refus d’investiture, et finit en le priant de prendre des voies plus conformes à son amour pour la paix A

Fermement convaincu de la bonté de sa cause, René crut inutile de répondre à cette lettre. Il hâta le départ de la flotte destinée à seconder les efforts du prince

1 Histoire de René d Anjou.

deTarente. Ce seigneur, grand connétable du royaume, n’attendait qu’une occasion favorable, pour embrasser ouvertement le parti de la maison d’Anjou.

Cependant l’agitation qui régnait à Gênes avait empêché le duc de Lorraine de se réunir aux Napolitains. Le doge Pierre Frégoze, oubliant les traditions de sa famille, la délivrance de sa patrie et ses propres serments, s’était mis à la tête des ennemis de la France. Les Fiesques et les Adornes avaient laissé sommeiller leurs vieilles haines. Ils réunirent leurs partisans et soulevèrent la multitude.

Nous ne suivrons point Jean d’Anjou dans cette lutte glorieuse, où il déploya toutes les qualités héroïques de sa race. La défaite de Fiesque et de Frégoze tué de sa propre main, apaisa cette terrible sédition. Il rétablit l’ordre par sa prudence autant que par sa valeur , et le sénat lui décerna le titre de conservateur de la patrie .

Confiant alors le commandement de Gênes, qu’il laissait calme et tranquille, à Louis de Vallier, il mit à la voile le 4 octobre 14^9, et débarqua à Gaéte avec l’élite de la chevalerie de Provence et de Lorraine. Quelques historiens prétendent que pour enlever aux siens tout espoir de retour, il renvoya sa flotte sur les côtes de France , ne voulant d'autre alternative qu’une couronne ou un tombeau.

L'attachement des Napolitains pour le sang de leurs anciens rois sembla se rallumer à la vue du duc de Lorraine. Un soulèvement presque général agita la terre de Labour, la Pouille et les Abbruzzes. Jean vit une partie de la population se ranger sous ses bannières. Il avait inscrit au-dessus des fleurs de lys et des aliénons de ses armes ce verset de l’évangile, qu’un saint pape appliqua depuis au vainqueur de Lépante : Fuit horno rnissus à Deo , oui nomen erat Joannes. Une éclatante victoire sur les bords du Sarno (7 juillet i/JCo) parut d’abord assurer son triomphe 4. Inférieurs en nombre à leurs ennemis, les Angevins se couvrirent de gloire. 11 leur eût été facile d’entrer à Naples avec les vaincus , si au lieu de s’arrêter à faire des prisonniers, ils eussent continué leur marche. Ferdinand, rentré presque seul dans sa capitale, l’avouait volontiers, en parlant de cette bataille : « Le pre- » mier jour, disait-il, les ennemis estoient maistres de ma personne et de mon » royaulme; le second, ils auroient pu se rendre maistres de mon royaulme et non » de ma personne; le troisième, ils n’avoient plus aucun pouvoir sur les deux. »

* Les plus illustres familles de Provence, toujours prodigues de leur sang, eurent de glorieux représentants à la bataille de Sarno. Le président d'Hozier cite, entre autres, les Barras, Baschis, Blacas, Castellane, d’Arbaud,Demandolx, Gérente , Gombcrt, Grasse, Grimaldi, Grille, Glandevez, Forbin, Lnincel, l’Estang, Pontevez, Portcllet, Puget, Renaud d’Alein, Sabran, Vento, Villeneuve.

Le duc de Lorraine avait accordé généreusement la liberté à tous les prisonniers de guerre. Tandis que l’Italie bénissait sa clémence , Jean Cossa s’était rendu auprès du pape Pie II, pour le prier de ne pas prolonger la lutte par une obstination inutile; mais rien n’avait pu toucher l’inflexible pontife. Il avait déclaré que le malheur de son allié était une raison de le secourir, et non de le livrer à ses ennemis par un lâche abandon.

« Puisque Notre Seigneur Jésus-Christ, répondit le vieux guerrier, s’est si visi- » blement déclaré en notre faveur, nous tâcherons de nous passer de son vicaire L » Il prit alors congé du pape , et revint immédiatement auprès du duc de Lorraine, qui s’était emparé de Bayes et de l’ile d’ischia.

Cependant le roi de Sicile n’abandonnait point son fils au milieu de ses victoires. Inquiet de ne pas le voir marcher sur Naples, il écrivait à son chancelier Jean des Martins :

« Combien que je sçay les peines , charges et despenses, que a jjprté le pays de » Provence, et dernièrement d’un don qu’iiz ont faits pour six ans; toutefois la très « grant miracle et victoire, que Dieu monstre et administre à Monsieur, est besoin » et nécessaire que chascun l’ayde... Chancelier, servez moy à ce besoin , et soyez » certain que je le reconnaistray, à vous et aux vostres... Pour ce, je vous prie, que » vous y employez vos cinq sens de nature, et qu’il n’y ait serviteurs, marchands. » ni compères épargnez. Monsieur aura assez de quoy eulx récompenser... Dieu » soit garde de vous. »

Pendant que le roi de Sicile, les yeux sans cesse tournés vers Naples, envoyait à son fils de l’or et des soldats, et ne négligeait rien qui pût aider au triomphe de ses armes, le doge Prosper Adorne introduisait dans Gênes les troupes du duc de Milan , et secouait le joug de la France. Prévenu par René de cette nouvelle révolte, Charles VII détacha de son armée un corps de six mille hommes, qui se grossit en s’embarquant à Marseille d’un millier de Provençaux. Cette expédition ne fut pas heureuse. Les Français, attaqués par une multitude d’ennemis, succombèrent presque tous dans de sanglantes rencontres ; et Gênes déchirée de nouveau par les factions, en proie à la tyrannie de ses grandes familles, crut recouvrer son indépendance et son orageuse liberté.

C’est ici le lieu de venger avec M. de Villeneuve la mémoire de René d’une

1 Histoire de René d'dnfou .

calomnie historique, répétée par dom Galmet et le continuateur de Vély, sur la foi de l’auteur italien de la vie de François Sforce. Selon lui, le roi de Sicile tranquille témoin, du pont de son vaisseau, du désastre des Français, aurait ordonné dans sa colère de prendre la haute mer, afin de ne laisser aux fuyards aucune chance de salut. Le caractère de René, ses vertus chevaleresques, sa vie entière démentent cette accusation, soulevée par un écrivain étranger, qui ne la reproduit d’ailleurs, « que comme un bruit populaire , digne de peu de créance. » Il paraît même certain que le bon roi ne prit aucune part à cette guerre , et qu’à l’époque où ces historiens le font trahir ainsi ses compagnons d’armes (1 6 juillet i46î), il était à Marseille, auprès du lit de mort d’une sœur de Jeanne de Laval.

Plus nous avançons dans cette vie si pure, et plus les malheurs et les chagrins vont s’amonceler sur la tète de René. La mort avait enlevé son frère et son ami, le glorieux Charles VII (a 3 juillet 1461). Marie d’Anjou n avait pas tardé à suivre son époux dans la tombe. La grande Marguerite remplissait alors le monde du bruit de ses infortunes et de son héroïsme maternel ; enfin le duc de Lorraine, après quatre ans de combats, s’était éloigné de Naples, vaincu par l'épée de Scanderberg 1.

La peste ravageait alors la Provence. Ce cruel fléau moissonnait la population de Toulon et des villes voisines ; et il n’y avait pas une famille qui n’eût à pleurer plusieurs des siens. Profondément ému de ces calamités , René exempta pendant cinq ans de toute espèce de tailles les habitants de cette ville, du bourg de la Valette et de quelques autres villages. Sa royale charité s’étendait à toutes les souffrances, et jamais sentiment de crainte personnelle n’eut accès dans son cœur.

Séjournant alternativement en Provence et en Anjou, il soumit à une assemblée de notables, tenue dans cette dernière province, le recueil des lois et coutumes demandés à Jean Breslay et à Jean Binel. Des lettres patentes, en date du château d’Angers (janvier 1462), approuvèrent cette compilation, base de la législation de l’Anjou, du quinzième siècle au dix-huitième.

1 Georges Caslriot , prince d’Albanie, surnommé l’Alexandre chrétien. Accoutumé à vénérer les ordres du souverain pontife, comme les oracles de Dieu même , il accourut, à l’appel de Pie II, prendre le commandement des troupes du pape et de l'année napolitaine. Une grande victoire remportée sous les murs de Troies , dans la Capitanale. assura la couronne à Ferdinand.

Ce héros qui était venu au monde, disent les chroniques, avec l’empreinte d’une épée sur le bras droit, tua de sa main dans les combats plus de deux mille Turcs, Mahomet II croyant qu’il se servait d’armes enchantées. Scanderberg lui envoya son sabre. * Il lui suffisait, disait-il, de garder le bras qui le maniait dans les batailles. »

cm

René reçut à cette époque la visite de Louis XI , qui lui prodigua jusqu’à l’affectation les égards et les témoignages d’un attachement presque filial. Inquiet de l’asile qu’avait trouvé en Bretagne le jeune duc de Berry, le soupçonneux monarque avait voulu connaître « le vouloir de ceulx qui l’a voient quitté, pour suyvre son frère. » Il entoura son oncle de caresses, visita avec lui les châteaux d’Angers, des Ponts-de-Cé et de Saumur, établit en l’honneur de la Vierge, « sa bonne maistresse et grant amie, » un chapitre de chanoines dans la petite île de Béhuard, et ne manqua pas d’honorer la vraie croix de Saint-Laud, qui lui avait toujours inspiré une salutaire frayeur1. Ces marques de dévotion feintes ou réelles, un langage familier et affectueux , et de riches présents donnés avec adresse lui cor.cilièrent l’affection des bons bourgeois d’Angers, et préparèrent peut-être l’injuste et violente usurpation de la province.

Louis, pour s’assurer des dispositions des principaux seigneurs, avait convoque à Tours les grands vassaux de la couronne. Il se plaignit amèrement du duc de Bretagne, et leur demanda s’il pouvait compter sur leur fidélité, en cas d’une guerre prochaine. René protesta de leur dévouement, « envers et contre tous, en foy et loyaulté. »

Si le bon roi était sincère, il n’en était pas ainsi des autres seigneurs. L’hypocrite ambition de Louis, ses fourberies, son despotisme avaient soulevé les serviteurs les plus dévoués de son généreux père. Le duc de Bretagne et le comte de Charolais étaient à la tête de cette ligue menaçante, que couvrait de son nom le duc de Berry. « Ils voûtaient, disaient-ils, apporter un remède aux misères du royaume, chasser des conseillers pervers, et soulager le pauvre peuple, accablé par la gabelle, les exactions et les impôts. Ce prétexte, ajoute Anquetil, qui séduit toujours la multitude, fit appeler ce soulèvement la guerre du bien public . »

Jean , mécontent du roi et de ses nouveaux ministres, fut un des premiers à se joindre aux princes confédérés. Il avait avec lui cinq cents lances et un corps d’infanterie suisse. Son cri de guerre, comme celui du comte de Charolais, était : « Exemption de tailles , bien public et franchises ! »

« Ce noble prince, dit Commines, à tous alarmes le premier armé de toutes pièces, et son cheval toujours bardé, sembloit bien prince et chief de guerre , et

1 Une croyance générale , partagée par Louis XI, attribuait à cette relique la puissance de faire mourir dans l'année le parjure qui violait son serment. — Ménage, da^is sa Fie de Pierre Ayrault , nous a conservé le texte de cet engagement redoutable.

liroit toujours droict aux barrières de nostre ost. Comme il esloit bien faict de sa personne, beau, gracieux, doulx, éloquent, modéré , libéral et grant capitaine, il a voit l’estime et la confiance des troupes, qui n’obéissoient à personne plus volontiers qu’à luy. »

René avait vu cette révolte avec douleur. Opposé au soulèvement général qui entraînait presque tous les princes du sang, il écrivait à son fils de Launay-lez- Saumur le 10 août i464 :

« Mon filz, monseigneur le roy m’a présentement escript par Gaspar Cosse 4, et aussi envoié le double d’unes lettres, que lui avez escriptes, lequel par ses lettres me fait sçavoir qu’il envoie devers vous le seigneur de Precigny, et que de ma part je voulsisse aussi envoier devers vous aucuns des miens qui me fust feable. Mon filz , vous savez ce que je vous ay fait savoir par l’evesque de Verdun , de la voulenté du roy et de la mienne aussi; tousiours m’avez esté obéissant jusques apresent, encores, si vous estes saige, ne commencerez- vous pas à ceste heure à se autrement, et je le vous conseille pour vostre bien et honneur; et sur ce veuillez croire et aussi faire, et accomplir ce que vous dira de par mondit seigneur le roy et moy, ledit Gaspar, que j’envoie devers vous pour ceste cause; autrement, je ne pourroye estre content de vous. Nostre Seigneur soit garde de vous.

» Votre père, René. »

René, pour éviter les soupçons de Louis XI, crut devoir lui faire tenir une copie de sa lettre :

« Mon très redoubté seigneur, ajoutait-il en s’adressant au roi,

)> Je me recommande à vostre grâce si très humblement que je puis. Plaise vous savoir, monseigneur, que par Gaspar Cosse, ay veu ce qu’il vous a plu m’escrire, et comment aviez délibéré envoier devers mon filz de Calabre, le seigneur de Precigny , me exhortant et ordonnant y envoier aucuns de mes serviteurs qui me fust feable; sur quoy, monseigneur, en obéissant tousiours à voz bons plaisirs et commandemens, je y envoie ledit Gaspar, duquel comme savez , il a assez cognoissance ; auquel j’ai donné charge expresse de passer et retourner par vous , et puis tirer de là devers mon dit filz , pour lui dire ce qu’il vous plaira lui en charger. Avecques ce que je lui ay de ma part aussi dit pour lui enjoindre de par moy , et sur ce escrips à mondit filz, par ledit Gaspar; ainsi que plus à plain verrez par la

Fils de Jean Cossa.

coppie de mes lectres, que vous envoie cy enclouse, ou par lesdictes lectresmesmes, si c’est vostre plaisir les veoir et ouvrir; priant à Dieu, mon très redoublé seigneur, qu’il vous doint bonne vie et longue.

» Escript à Launay, le 10e jour d’aoust.

» Vostre très humble et obéissant,

le roi de Sicile , duc d’Anjou , etc.

» René. »

La bataille de Montlhéry ( 1 3 juillet i465) et le peu de succès du siège de Paris disposèrent les confédérés à écouter des paroles de paix. Jean d’Anjou, après avoir publiquement refusé de séparer sa cause de celle de ses alliés, ne tarda pas à s’apercevoir qu’ils n’avaient ni son désintéressement, ni sa droiture. Il prit le parti d’aller trouver le roi à Paris, et d’y jeter les bases d’un traité général. Dans les conférences qu’il eut avec Louis, il lui reprocha courageusement d’avoir déserté à Naples, malgré de solennelles promesses, la cause d’un prince de son sang, et stipulé lui-même cet abandon dans des lettres adressées à Ferdinand. Il ajouta que son duché était un fief de l’empire, et qu’aucun lien de vasselage ne l’unissait à la couronne de France.

Leroi, qui voulait à tout prix calmer ces justes ressentiments, prodigua les protestations et les caresses. Il offrit « à son très amé et beau cousin de Calabre » deux cent mille écus d’or, huit mille archers et cinq cents lances pour reconquérir le royaume de Naples. La Lorraine fut déclarée exempte de tout hommage; et Jean obtint en outre le gouvernement de Vaucouleurs.

Surpris de ces faveurs qu’il n’avait point sollicitées, il hâta de tous ses efforts la conclusion de la paix. « Je pensois, disait-il aux seigneurs qui vendaient leur » soumission , cette assemblée estre pour le bien public ; mais je commence à » veoir que c’est pour le bien particulier. » Les traités de Conflans et de Saint- Maur furent en partie son ouvrage.

« Louis XI , dit un historien , savait sur toutes choses s’accommoder au temps, lorsqu’il était le plus faible, et céder à ses ennemis ses droits et ses prétentions afin de les désunir; mais quand une fois il avait rompu leur ligue, il reprenait ce qu’il avait cédé, et ne tenait rien de ce qu’il avait promis. » Reué, malgré son inviolable fidélité, devait bientôt en faire l’expérience.

La mort de l’infant don Pèdre de Portugal avait laissé la Catalogne en proie à l’anarchie. Soulevée depuis plusieurs années contre le roi Jean II, lrère d’Al-

Page 1