Y III
la couronne de Castille : « à qui doit-elle appartenir, si ce n’est au fils du roi mon frère ! » était alors le héros de l’Espagne. Régent pendant une longue minorité, il s’était illustré par sa loyale fidélité autant que par sa vaillance, et sa modération , sa sagesse et ses victoires sur les Maures faisaient présager un règne glorieux.
Loiiis d’Anjou n’appela point à son épée de cette décision solennelle. Respectant les vertus et les titres de son heureux rival , il sembla renoncer aux conquêtes lointaines , et ne régna plus que pour se faire bénir , et défendre ses états héréditaires des calamités qui s’étendaient sur les provinces voisines.
L’heureuse fécondité de la reine Yolande avait remplacé par de douces joies l’agitation des camps. Déjà deux enfants resserraient les liens de cette union, lorsque le dix janvier i4o8, elle donna au roi de Sicile un nouveau gage de son amour l.
Né pendant une absence de son père , à l’ombre des tours du château d’Angers, le jeune enfant fut appelé René, suivant un pieux désir de sa mère. Ce nom , peu connu jusqu’alors , avait été celui d’un des célestes protecteurs de la vieille cité. On lit dans les légendes que le fils de la dame de la Possonnière, mort au berceau , et ressuscité au bout de sept ans par saint Maurille, en reçut le nom de René (deux fois né ). Il succéda depuis à l’apôtre des Andes et du pays des Manges , et mérita comme lui la couronne des saints.
Tandis que les fidèles Angevins partageaient la joie de leur reine, et que des cris d’amour retentissaient autour d’un berceau, un exécrable forfait couvrait la France de deuil. Le a3 novembre précédent, le frère unique du roi, le beau et chevaleresque Louis d’Orléans, avait été traîtreusement assassiné. Le meurtrier, d’abord inconnu , n’avait point tardé à confesser son crime. On disait qu’à son approche , le jéur des funérailles, de larges gouttes de sang étaient tombées du cercueil , et dans un de ces moments de remords, où apparaît la justice divine, Jean Sans-Peur avait fait au roi de Sicile d’horribles aveux. A cette révélation inattendue Louis II ne put contenir son indignation et son horreur. Rompant sans retour avec un prince qu’il aimait depuis l’eufance, il refusa la main de Catherine de Bourgogne pour son fils aîné, et renvoya la jeune fiancée, que son père avait remise aux mains d’Yolande. Jean, furieux de cet outrage, embrassa la maison d’Anjou dans son implacable haine; elle se légua d’une génération à l’autre avec le souvenir de l’of-
1 Le tO janvier 1408 nasquit monseigneur René, deniièmefilz du roy Loys 11, depuis roy deSecile. Calendrier des heures manuscrites de René. Bibliothèque royale.
feuse et les prophétiques ballades que l’histoire n’a point dédaigné de conserver i.
De nombreux désastres signalèrent l’année de la naissance de René. L’hiver long et rigoureux se prolongea de la Saint-Michel à la Chandeleur ; de grands fleuves débordèrent; la famine exerça ses ravages: tristes indices des calamités de la France, et d’une vie semée d’épreuves, de périls et de douleurs.
Les chroniques nous donnent peu de détails sur l’enfance du jeune prince, qui reçut au berceau le titre de comte de Piémont. Confié avec sa sœur Marie au tendre dévouement de Thiephaine la Magine, il se plut à perpétuer sa reconnaissance par un monument élevé dans l’église de Nantilly de Saumur. La bonne nourrice y était représentée couchée sur sa tombe, tenant dans ses bras le frère et la sœur.
La révolution, qui n’épargnait aucune mémoire royale, a brisé de sa main de fer ce touchant souvenir. Mais l’inscription gravée sur une table de pierre est échappée au marteau des Vandales. Elle est restée tout à la fois comme un gage
1 Réveille- toy, reveille-toy René Qui en Sicille as par longtemps régné.
Entendz icy l’effect de ta fortune.
Du premier filz dont Dieu t’a estrené ,
Duquel voulut Nicolas estre né.
Ne te donne mélancolie aucune;
Car en tes jours plains de grief infortune,
Décéderont de ce siècle tous deux ,
Dont tu feras les plainctes et les deulx (deuils).
De ta fiUe, femme du roy Henry ,
Te certiffie , et en pleure , ou en ry ,
Qu'elle sera durement fortunée ,
Premier verra occire son mary ,
Dont elle aura le cueur triste et marry,
Plus qu’oncques n'eut puis l’heure que fut née ,
Et pour doubler sa dure destinée ,
Après la perte et d'avoir et d’amys Sera son filz à cruelle mort mis.
Mais aujourd'huy les dieux qui ont préveu Ta patience et ton cas de près veu ,
Ont tins conseil pour te faire allégeance.*
Si te diray le secret qu’ilz ont sceu,
D'ung filz René , de ta fille conceu ,
Dont doibs avoir de tous tes maulx vengeance.
Cestuy aura des Lorains la régence,