‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 4 sur 155 · TOME I. b · texte numérisé non relu

TOME I. b

touchant de piété filiale, et comme le témoin de l’impuissante rage de ces obscurs démolisseeurs 4.

Aucun autre renseignement sur les premières années de René n’est venu jusqu’à

Fera trembler la fierté tic Bretaigne ,

Et mettra paix en France et Allemaigtie.

En luy sera ressuscité Jason ,

Conquérir doibt et serpens et toyson ,

Pour mettre fin aux discords de ce monde ,

Dont tu devroys selon droict et raison Rajouvcnir, ainsi que fist Eson.

Par une ardeur de lyesse profonde ,

Finablement en la vie seconde ,

Son los sera si hault et immortel ,

Qu’on n’en fist point ès cronicquos de tel.

Tant accroistra en proesse et valleur Ton royal nom , qu’assez auras couleur De convertir tes plainctes en lyesse.

Comme puissant et hardy batailleur ,

Mettra Bourgongne à mortelle douleur.

Cela verras ès jours de ta vieillesse.

Car en la fleur de plaisante jeunesse Du fier lyon sera victorieux ,

Puis toy et luy serez au rang des dieux.

( Chant prophétique de René Tardif. Bourdigné.)

1 Cy gist la nourrice Thicphaine La Magine , qui ot grant paine,

A nourrir de let en enfance Marie d’Anjou, rovue de France;

Et après son frère René ,

Duc d'Anjou et depuis nommé ,

Comme encores, roy deSecile,

Qui a voulu en ceste ville Pour grant amour de nourriture ,

Faire faire la sépulture De la nourrice dessusdicte,

Qui à Dieu rendit l’âme quitte ,

Pour avoir grâce et tout déduict,

MCCCCLVI1I

Du moys de mars Irezième jour.

Je vous pry tous par bon amour,

Affin qu’elle aitung pou du vostre,

Donnez luy une pâte nostre.

nous. A sept ans il passa de la main des femmes sous la tutelle d’un savant clerc et d’un preux chevalier, nommé Jehan de Proissy, « vacquant l’une fois aux armes, et l’aultre aux lectures, et tant prouffita en tous les deux exercices, qu’il estait tenu en iceulx, plus que son jeune aage ne requeroit, expérimenté et savant1. »

Le roi de Sicile l’avait conduit à la cour de France aux fiançailles de sa fille Marie et du comte de Ponthieu , troisième fils de Charles VL Les heureuses inclinations de René, son air doux et spirituel , ses piquantes saillies attirèrent l’attention du cardinal de Bar, son grand-oncle maternel. Il prit l’enfant en vive tendresse, et voulut se charger lui-même des soins et de la surveillance de son éducation. Comme c’était un noble seigneur, magnifique, éclairé, aussi pieux que savant, aimant les lettres et les arts , il se plut à faire naître et à développer les mêmes dispositions dans le jeune prince. On croit que René reçut alors les premières leçons de peinture des deux frères, Hubert et Jean Van Eick. Ce dernier, plus connu sous le nom de Jean de Bruges, et fondateur de l’école flamande, avait mis en usage la peinture à l’huile, et remplissait alors l’Europe de sa renommée et de ses tableaux.

Le bon cardinal, qui avait perdu deux frères à la bataille d’Azincourt, avait succédé à leur couronne ducale. Sans héritier direct, sans neveu de son nom, il ne tarda pas à adopter René, et à lui assurer le duché de Bar. Il lui donna même, malgré son extrême jeunesse, l’ordre delà Fidélité , dont il était grand maître. Quarante seigneurs lorrains faisaient partie de cette chevalerie. Ils portaient un lévrier bleu, brodé sur leur écharpe, et pour devise : Tout ung. Le but de l’association était de s’aimer et de se soutenir mutuellement dans la bonne et la mauvaise fortune 2.

Rien n’indique que René fût auprès de son père, lorsque ce prince, atteint d’une maladie mortelle , succomba jeune encore dans sa bonne ville d’Angers (1417). La France entière s’associa à la douleur de la reine de Sicile. Le vieux roi et le dauphin le pleurèrent amèrement. Ils assistèrent en grand deuil à ses obsèques, et disaient qu’ils avaient perdu leur soutien , leur conseiller et leur ami 3.

1 Bourdignc.

a Thibault V, comte de Blamont, était le fondateur de cet ordre, où nous voyons deux chevaliers de l’illustre maison de Beaufremont. Un chevalier du même nom , le vaillant sire de Charny, reçut le collier de la Toison-d’Or à la création de l’ordre.

3 Le caractère de Louis II et son esprit de modération et de bonté sont peints dans son testament. « I) recommande au roi pour le bien du royaume de faire accord avec le duc de Bourgogne. Il pardonne à ce prince toutes les injures qu’il en a reçues. Il pardonne aussi au comte de la Marche , Jacques de Bourbon, mari de Jeanne de Duras , « quant à Dieu , mais non pas au droit de ses enfants au royaume de Sicile. >

Hardoyn de Bueil , évêque d’Angers , Guy de Laval , Pierre de Beauvau , Barthélcmi et Gabriel de Valory sont nommés ses exécuteurs testamentaires.

Yolande, devenue régente et tutrice de ses enfants, ne rappela point René en Anjou. Il continua d’être élevé sous les yeux du cardinal de Bar, qui lui portait une affection paternelle. Bientôt il l’associa à son gouvernement , et dès l’année i4i8, le nom du jeune prince, sous le titre de comte de Guise, était joint à celui de son grand-oncle, dans les actes et les lettres adressés aux principaux officiers du duché.

Des bandes de Soudoyers , attirés de France et de Bourgogne par l'espoir du pillage, exerçaient alors dans le Barrois d’épouvantables ravages. Le bon cardinal , qui savait au besoin porter « ung bassinet pour mitre, et pour crosse d’or une hache d’armes1 » se souvint de la vaillance héréditaire de sa race. Marchant avec René à la tête de ses chevaliers, il tailla en pièces les bandits, châtia sévèrement les seigneurs, qui leur donnaient asile, et rétablit l’ordre et la sécurité dans ses états. Un projet qu’il méditait depuis longtemps dans l’intérêt de ses vassaux , la réunion des deux duchés de Bar et de Lorraine, lui restait à accomplir.

Charles II, dit le Hardi, régnait sur cette dernière province. Téméraire, entreprenant, toujours les armes à la main, il avait suivi le duc de Bourbon devant Tunis, combattu à Rosebech , à Azincourt , en Flandre, en Allemagne, et vaincu en bataille rangée, et à un rendez-vous donné, l’empereur Yenceslas sous les murs de Nancy. Tandis qu’il guerroyait en tous lieux où brillaient les lances, cherchant les aventures, les sourires des dames et les louanges des ménestrels, la bonne duchesse Marguerite de Bavière pleurait au pied des autels sur l’inconstance de son époux et sur ses enfants moissonnés dans leur adolescence. Il ne lui restait que trois filles, dont l’aînée , la douce Isabelle , annonçait les vertus et les grâces de sa mère. Elle devait être l’héritière du beau duché de Lorraine, et les plus nobles princes songeaient déjà , malgré son jeune âge, à demander sa main.

Un obstacle difficile à surmonter s’opposait aux vues du cardinal. Charles, élevé sous les yeux du duc Philippe , à la cour de Bourgogne , avait suivi la bannière de Jean Sans-Peur. Il répugnait à une alliance avec la maison d’Anjou , et craignait de s’aliéner une protection puissante. Il consentit cependant à une entrevue proposée parle cardinal. L’éloquence du généreux vieillard, les motifs politiques qu’il exposa, le désir unanime du peuple et de la chevalerie des deux états, et plus encore la bonne mine, le courage et la réputation naissante de René , qui , à dix ans, avait

1 Monstrelet.

gagné ses éperons et fait ses premières armes, triomphèrent des hésitations du duc de Lorraine 4.

Les deux princes convinrent, avant de se séparer, que le jour de la Pentecôte, au plus tard (1419), le comte de Guise serait de retour d’Anjou , porteur du consentement de madame Yolande , qu’il serait ensuite confié à la garde du duc de Lorraine, et qu’il habiterait la cour de Nancy jusqu’à sa quinzième année , époque fixée pour son mariage.

Le 24 juin suivant, le cardinal renouvela la cérémonie de l’adoption, proclama René son successeur et unique héritier, lui céda le marquisat de Pont-à-Mousson , et lui fit jurer fidélité par tous ses vassaux. Le duc de Lorraine exigea le même serment pour sa fille Isabelle. Un contrat, revêtu des armes de Lorraine et de Bar, mit le dernier sceau à ces solennels engagements 1 2.

Les acclamations populaires avaient ratifié la convention de Saint-Mihiel, et tout était réglé entre les deux princes, lorsque le duc de Berg, beau-frère du cardinal, furieux de se voir enlever ce qu’il appelait son héritage, entra sur les terres de Bar, les armes à la main. Battu et fait prisonnier à la première rencontre, il fut trop heureux d’obtenir son pardon de la générosité du vainqueur.

Rien ne devait plus retarder l’accomplissement du traité. Le duc de Bourgogne, qui ne rêvait que vengeances, depuis l’assassinat de son père sur le pont de Montereau , semblait excepter la maison d’Anjou de sa haine. Il avait répondu de gracieuses paroles aux ambassadeurs de Lorraine , et envoyé de magnifiques présents aux jeunes fiancés, lorsque le cardinal de Bar et le comte de Guise arrivèrent à Nancy, suivis d’un brillant cortège.

Quoique René n’eût pas treize ans, et qu’Isabelle en comptât dix à peine « tous estoient si joyeulx de veoir la fervente et cordialle amour, qui estoit entre ces deux

1 Voyez: t° Articles accordez pour le mariage de René d'Anjou, comte de Guise, avec Isabelle de Lorraine.

2° Lettres de la reine Yolande d'Anjou et de Louis d'Anjou, sou fils aîné, par lesquelles ils consentent que René, fils et frère des dessusdicts porte les armes de Bar.

( Dom Cal met. Preuves de V histoire de Lorraine . Tome IV.)

Cet acte , daté de Saint-Mihiel, le 13 août 1419 commence ainsi :

« Ayant égard à la grant proximité de lignaige , dont nous atteint , tant par père que par mère , nostre très chier et très amé nepveu, messire René , comte de Guyse , filz de feu nostre seigneur et cousin le roy de Secile , et est isseu de hault rang et lignaige royal des couronnes de France , de Secile et d'Arragon ; encor de deux costez du sang impérial.... Puis plusieurs autres grandes causes justes et raisonnables à ce nous mouvant , etc. -

jeunes gens » que le duc Charles ne crut pas devoir différer davantage l’époque de leur union. Henri de Ville, évêque de Toul , célébra le mariage à Nancy, le i4 octobre iZpo1, au milieu des fêtes et des cris de joie des deux peuples, qui croyaient que cette alliance terminerait les divisions et les guerres dont ils avaient été trop souvent victimes 2.

Un seul homme , le comte Antoine de Vaudemont , ne partageait pas l’allégresse générale. Proche parent de Charles le Hardi et du même lignage , il avait servi son seigneur en fidèle vassal, en tous les lieux où l’avait entraîné son humeur belliqueuse. Mais il regardait la Lorraine comme un fief salique , qui ne pouvait par une femme sortir de sa maison. C’était un prince né sous la tente, familier avec les périls, et dont la fierté et le bonheur égalaient l’audace. Ses exploits, toujours couronnés de succès, lui avaient fait donner le surnom d’Entrepreneur 5. Il était, du reste, d’un caractère élevé, généreux et plein de droiture, ami des pauvres et grand justicier. Mais une fois convaincu de la bonté de sa cause, rien ne pouvait lui faire abandonner son droit. Il remit à un autre temps à le faire valoir par les armes.

Un petit nombre d’événements signalent les premières années du mariage de René. Sous le charme de son amour pour Isabelle, et partageant son temps entre les cours de Lorraine et de Bar, il cultive la musique et la peinture, étudie les langues anciennes, la législation et les coutumes féodales , et perfectionne dans de courts intervalles de paix une éducation au-dessus de son siècle.

1 Le 14e jour d’octobre 1420 , espousa René duc de Bar, et depuis roy de Sccile, Ysabellc fille de monseigneur Charles duc de Lorraine. (Heures manuscrites du roy René.)

% Le traité ratifié par Yolande d’Aragon, au nom de son fils Louis 111, pour régler le douaire d’Isabelle , contient les considérations suivantes :

« Le bien de la paix est le plus excellent de tous les biens. Ysaye le desmontre en scs prophéties , où il appelle Nostre Seigneur J.-C. pour lors à venir, prince de paix, en la nativité duquel la compagnie des anges chantent : Gloire au ciel et paix en terre. »

« Désirant de tout nostre cueur icelle paix , et pour ce que ès duchés, pays et seigneuries de Bar et de Lorraine , qui sont joignant , enclavés et marchisant, l’ung et l’aultre, en plusieurs parties d’iceulx , comme chascun sait du temps passé , par plusieurs foiz et longuement par hayne , méfaict et nultrement par l’instigation de l’esperit malin, effusion de sang, feux bouttez et aullres maux inombrables se sont ensuis, et semblablement se pourroieut ensuir de jour en jour, sy remède n'y estoit mis pour à ce obvier, résister et entretenir lesdicts deulx pays et seigneuries en bon amour, accord , paix , unité et tranquillité, avons appointé le mariage de René d’Anjou etd’Ysabelle de Lorraine.... etc.»

s « Ce prince , dit Champier, estoit hardy et preulx, que c’ estoit chose merveilleuse, car en guerre il resscmbloit ungaullrc Thcmistocle athénien.» Il avait épousé Marie d’Harcourt, dame d’Elbeuf, d’Aumale, de Brionne et de Mayenne.

Nous le voyons cependant marcher avec son beau-père au secours de la ville de Toul attaquée par les bourgeois de Metz, châtier la révolte de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, prendre d’assaut sa capitale, forcer le damoisel de Commercy de s’avouer son homme lige et son vassal , et terminer heureusement de rapides expéditions, dirigées contre de turbulents voisins.

Mais dans ce siècle d’anarchie et de confusion sanglante , tandis qu’à Paris les léopards flottaient au-dessus des lys sur les tours de la basilique de Philippe-Auguste, et que l’époux de Marie d’Anjou faisait appel aux princes de son sang et à la fidélité de sa chevalerie ,. il était impossible que le duc de Bar restât longtemps étranger à la guerre sainte.

Déjà il avait vu à Nancy l’héroïque bergère de Vaucouleurs ; elle l’avait sommé de l’accompagner à Orléans, et de suivre enfin la bannière de Charles VII. Le glorieux voyage de Rheims permit à René d’accomplir sa promesse *. A cette nouvelle inattendue, son dévouement et son ardeur ne connurent plus de bornes. Entraînant sur ses pas le duc de Lorraine, il se hâta de conclure une trêve avec la ville de Metz , leva le siège de Vaudemont , et rejoignit l’armée royale sous les murs de la cité de saint Rémi.

Les trois princes de la maison d’Anjou chevauchaient près de leur roi à cet immortel rendez-vous de la chevalerie de France. Du fond de l’Abruzze ultérieure , Louis III, vainqueur à Aquila, et le comte du Maine son jeune frère, étaient accourus dans l’espoir de signaler leur vaillance, et d’y retrouver leur bien-aimée sœur. Mais les vertus et la beauté de la douce Marie n’avaient point encore fixé le cœur de son époux. Restée à Loches sur un ordre royal , elle n’avait partagé que les mauvais jours; et ses pleurs, mêlées aux joies du triomphe, coulaient dans sa retraite solitaire, non loin du château d’Agnès Sorel.

Ce fut le 16 juillet (1429) que Charles VII fit son entrée dans sa bonne ville de Rheims. Il y fut reçu au chant du Te Deum par une population pleurant de joye et delyesse. Les sires de Châtillon et deSaveuse s’étaient enfuis la veille avec les Bourguignons et la garnison anglaise ; et les habitants pouvaient se livrer sans crainte à leur amour pour leur roi.

' Les ducs de Bar et de Lorrainne,

Coramercy et de grands seigneurs Vinrent à son service et règne Icenlx offrir, et d’aultres plusieurs.

( Martial d'Auvergne. Vigile s de Charles VII. )

« Le lendemain , qui fust le dimanche , on ordonna que le gentil daulphin prendroit et recevroit son digne sacre; et toute la nuict fist-on grande diligence, à ce que tout fust prest au matin. Lors vint le roi dedans la grande église, au lieu qui luy avoit été ordonné , vestu et habillé de vestements à ce propices. Puis l’archevesque luy fist faire les serments accoustumez, et ensuite il fust faict chevalier par le duc d’Alençon; et par après l’archevesque procéda à la consécration, gardant tout au long les cérémonies et solemnitez contennues dans le livre Pontifical. Là estoient grant nombre de chevalerie , les douze pairs, les princes du noble sang royal et Jeanne la Pucelle tenant son estendart en main. Il avoit esté à la peine c’estoit bien raison qu’il fust à l’honneur 4. »

Le sacre de Charles VII et les merveilleux exploits de la Pucelle remplirent l’armée royale d’une exaltation qui tenait du prodige. Animé de l’enthousiasme général , René voulait combattre les Anglais, sans leur donner un instant de trêve.

1 Mémoires contemporains sur la Pucelle d’Orléans. Collection Petitot.

Régnault de Chartres archevêque deRheims, Jean de Sarrebruchc évêque de Châlons, Jean de Saint- Michel évêque d’Orléans, Robert de Rouvres évêque deSéez, et deux autres évêques représentèrent les pairs ecclésiastiques à cette auguste cérémonie. Le duc d’Alençon , le comte de Vendôme, les sires de Laval , de la Trémouille, de Gaucourt et de Mailly répondirent au nom des pairs laïques. Ces derniers, suivant un usage aussi vieux que la monarchie française , tombé depuis en désuétude , montèrent avec le roi sur un échafaud élevé à la porte de l’église de Saint-Rémi.

* Véezcy vostre rov, crièrent-ils en le montrant au peuple, que nous pers de France couronnons à roy et souverain seigneur; et s’il y a âme qui le vueille contre dire, nous sommes icy pour en faire droict. Et sera au jour de demain consacré par la grâce du Saint Esperit, se par vous n’est contre dict. » Mille acclamations annoncèrent le consentement du peuple.

Le lendemain quatre chevaliers désignés par le roi pour être les gardiens de la sainte Ampoule, les maréchaux de Retz et de Sainte-Sévère , le sire de Graville , grand maître des arbalestriers , et l’amiral de Cu~ lant furent chercher l’huile sainte à l’abbaye de Saint-Rémi. L’abbé, après avoir reçu leur serment, apporta processionnellement le précieux vase jusqu’à la porte de l’église Saint-Denys, et le remit entre les mains de Régnault de Chartres, qui le déposa sur le grand autel de l’église cathédrale.

« Nous te requerrons , dit alors l’archevêque au roi , de nous octroyer que à nous et à nos esglises, con- « serves le privilège canonique , loy et justice due , nous gardes et deffendes comme roy est tenu en son » royaulme. *

Charles répondit :

« Je, par la grâce de Dieu , prouchain d’estre ordonné roy de France , promects au jour de mon sacre, de- » vant Dieu et ses saints, au nom de Jhésus-Xhrist , au peuple xhrestien à moy subject, ces choses :

» 1° Que tout le peuple chrestien je garderay à l’esglise, et tout temps la vraye paix par vostre advis. -

- Item , que je le deffendray de toutes rapines et iniquitez de tous degrés. *

» Item , que en tous jugemens , je commenderay équité et miséricorde, afin que Dieu clément et miséri- * cordieux m’octroye et à vous sa miséricorde. •

» Item, que de bonne foy je travaillerai à mon pouvoir mectre hors de ma terre et juridiction tous les hé- » rétiques desclarez par l’esglise. Toutes choses dessus dictes , je confirme par serment. •

(Histoire de la Pucelle. Lebrun des Charmettes.)

Une généreuse impatience et l’amour de la gloire lui avaient fait oublier les conseils de prudence du cardinal de Bar. Mais toujours fidèle aux lois de la chevalerie, il envoya un de ses hérauts au camp anglais renoncer en son nom à tout lien de vasselage , et déclarer au duc de Bedfort que son honneur ne lui permettait d’engager sa foi qu’entre les mains du véritable, et seul roi de France, oint de l’huile sainte, et couronné par Dieu dans la ville de Rheims 4.

Le retour de Charles , à travers la Champagne et la Brie, ne fut qu’un continuel triomphe. Partout les populations se pressaient sur son passage, avides de contempler les traits de leur roi. Chaque jour de nouvelles villes lui remettaient leurs clefs, et chassaient les garnisons anglaises. A Dammartin, le peuple fit éclater de tels transports que Jeanne, émue jusqu’aux larmes, s’écria : « En nom Dieu, voicy » ung bon peuple; et quand je devray mourir, je voudrois bien que ce fust en » celle terre. »

Les provinces , où la domination anglaise paraissait le plus affermie, n’étaient point à l’abri des excursions d’intrépides chevaliers. La Hire avait pénétré au cœur de la Normandie, et escaladé, pendant une nuit obscure, la redoutable forteresse de Château-Gaillard. Il y trouva un de ses plus chers compagnons d’armes , le vaillant sire de Barbazan, enfermé déloyalement, et depuis neuf années, dans un ca-

' Déclaration de René au duc de Bedfort.

« Hault et puissant prince , duc de Betfort, je , René , fils du roy de Jérusalem et de Secile , duc de Bar , marquis de Pont , comte de Guyse , vous fait assavoir que, comme très révérend père en Dieu , mou très chier et très aimé oncle , le cardinal de Bar, se soie , depuis peu de temps en çà , soy en sa personne transporté par devant vous, pour plusieurs besoignes et affaires, et entre aultres choses, ait par moy et en mon nom, et par vertu de certaines mes lettres de procuration par moy à luy données, fait en vos mains, comme vous disant régent le royaulme de France, foi et hommaiges des terres et seigneuries , que je tiens en fiefz de la couronne de France, el de ce, vous oyt promis obéissance, comme mes prédescesse urs ont accoustumé faire au temps passé aux roys de France, ainsi que mondict oncle m’a de ces choses certiffié par ses lettres closes, je , pour certaines causes, qui ad ce m’ont meu et émeuvent , ay dès maintenant , et pour lors , renoncé et renonce par les présentes pleinement et absolument à tous les fiefz , terres et seigneuries dont mondict oncle a , et pourroit avoir reprins de vous comme régent , et à tous hommaiges , foy, serments et promesses quelconques qu’il pourroit avoir faict pour moy et en mon nom , en tout comme à moy pourroit toucher à vous, comme régent du royaulme de France ; et pareillement renonce à toutes promesses et choses quelconques par moy faictes et passées par nosdictes lettres patentes , à vous envoyées , en quelque manière que ce soit, ou puist estre , et à toutes les circonslances et dépendances; et par ces présentes renonciatures et la teneur de ces présentes lettres, veuil et entends, de ce jour en avant , par moy estre , et demoure quicte et déchargé de tous lyens de foy, hommaiges et promesses quelconques , que mondict oncle pourroit avoir faict en vos mains, comme régent, pour moy et en mon nom, et par vertu de mesdictes lettres de procuration à luy données, et aultrement, et moy par mesdictes lettres patentes, à vous sur ce envoyées , et ces choses vous signifié* je , et vous escript par ces présentes scellées de mon scéel pour y saulver et garder mon honneur. •

Données le tiers d’août 1420.

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