‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 5 sur 155 · TOME I. c · texte numérisé non relu

TOME I. c

chot obscur 4. Quand la Hire lui en ouvrit les portes , le vieux chevalier refusa de sortir. Il avait récemment donné sa foi au gouverneur anglais de ne pas rompre ses fers, secouru ou non secouru ; et il fallut que ce dernier vînt en personne lui rendre sa parole. La trahison des Anglais , l’indigne et cruel traitement qu’il avait subi , les chaînes dont il portait encore les marques et la victoire de la Hire ne lui semblaient pas des motifs suffisants pour le délier de la foi jurée, et sauvegarder son honneur.

La délivrance du bon chevalier fut un grand sujet de joie dans le camp de Charles VII. Le roi , qui le vénérait comme un père, échangea son épée avec la sienne ; et dans des lettres patentes, où il l’appelle le soutien de sa couronne, lui donna le droit de porter les armes pleines de France, unies à la croix d'or sur champ d'azur 2. Depuis un demi-siècle Barbazan était le guide et le modèle de toute chevalerie. Les troubadours et les chroniqueurs célébraient à l’envi sa vaillance. Ils aimaient à chanter ce glorieux combat des Sept 3 , près du chastel de Montendre , où l’illustre chevalier avait renouvelé les exploits de Beaumanoir, et cette héroïque défense de Melun, alors qu’assiégé par les Anglais et les Bourguignons, sans vivres, sans munitions de guerre, il faisait sonner les cloches pour remplacer ses trompettes tués par l’ennemi, donnait l’ordre de chevalerie sur la brèche, livrait

' ........ La Hire

Si passa Seine sur le tard ,

Et d’eschelles priât sans mot dire . La place de Chasteau-Gnillard.

Elle est à sept lieues de Roüen ;

Et fust là trouvé enferré Dens une fosse Barbazan ,

Où neuf ans avoit dernouré.

De sa délivrance joyeulx Fust le roy merveilleusement ,

Car il estoit vaillant et preulx ,

Et l’aymoit chascun grandement.

( Fi gi lies de Charles Fil).

» Par lettres patentes du 28 juillet 1431 , Charles VII transmit ce glorieux privilège à Louis de Faudoas , premier baron de Gascogne, en lui permettant d*écarteler scs arme s de celles de France sans brizure. Louis avait épousé Oudine de Barbazan , fille unique de cet illustre chevalier et de Sibille de Montaut.

s Ce combat eut lieu enSaintouge, le 4 mai 1404 , à la suite d’un défi fait par les Anglais. Barbazan , chef de l’emprise, choisit pour ses compagnons les sires Tanneguy Duchastel , de Villars, Pierre Clignet de Brabant, de Bataille, de Caroüis et de Champagné, tous chevaliers éprouvés, hormis Champagné, qui faisait scs premières armes. Les chevaliers partirent de Paris en grand appareil et bien armés. Us arrivèrent au lieu marqué , où le sire de Harpedenne , sénéchal de Saintonge , pour les Français , et le comte de Rutland pour les Anglais , étaient juges du camp. Le jour du combat, les chevaliers français entendirent la messe bieu dévotement le matin , et reçurent le corps de Notre Seigneur. Puis le sire de Barbazan leur fit un dis-

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dans les contremines des combats souterrains , et méritait par ses vertus , autant que par ses grands coups d’épée , l’héroïque surnom de chevalier sans reproche.

Bercé à ces récits de gloire , le duc de Bar ne tarda pas à témoigner au vieux guerrier une admiration et une confiance sans bornes. Il lui demanda, comme une grâce, d’unir leurs deux bannières, de partager la même tente et de courir les mêmes périls. René l’accompagna dès lors dans toutes ses entreprises. Pont-sur- Seine, Anglure, Chantilly, Pont-Sainte-Maxence et Choisy tombèrent bientôt en leur pouvoir.

Ils rejoignirent le a5 août suivant (i429) l’armée royale à Saint-Denis. Mais après l’inutile combat livré aux portes de Paris et la retraite de Charles derrière la Loire, ils pénétrèrent en Champagne, dont Barbazan était gouverneur. Leurs premiers combats furent des victoires.

Huit mille Anglais assiégeaient Chàlons , qui n’avait pour sa défense que le courage de sa milice et la lance d’un petit nombre de braves gentilshommes.,- Pressés par tant d’ennemis, les habitants allaient ouvrir leurs portes, quand René et Barbazan, à la tète de quatre mille hommes, s’élancent sur les Anglais, sans souci du nombre, les taillent en pièces et délivrent la ville l.

La prise de la forteresse de Chappes suivit de près ce brillant fait d’armes. Jacques d’Aumont s’y était enfermé avec une garnison nombreuse. Il avait appelé à son aide la chevalerie du duché de Bourgogne ; et le grand maréchal Antoine de Toulongeon , les sires de Chastellux, de Rochefort et de Poligny s’étaient empressés de marcher à sa voix. Un sanglant combat, où ils perdirent leurs tentes, leurs drapeaux et leur artillerie, assura dans toute la Champagne le triomphe de la cause royale, et mit le comble à la réputation et à la gloire du jeune vainqueur.

cours pour leur rappeler la justice de leur cause ; il leur dit qu’il ne fallait pas songer seulement à sa dame et à acquérir la bonne grâce du monde , mais à combattre contre les anciens et perpétuels ennemis du roi et de la France, contre des gens qui venaient de tuer leur roi (Richard II ) et de renvoyer outrageusement madame Isabelle, leur reine. Il leur tint encore plusieurs autres sages propos, et les exhorta à bien garder leur honneur.

Quant aux Anglais, on assurait qu'ils ne s'étaient préparés au combat qu'en buvant et mangeant de leur mieux. Ils furent complètement vaincus après un combat long et opiniâtre. Le sire de Scales, leur chef, fut tué sur la place d'un coup de hache.

(Le baron de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne. Le moine de Saint-Denis.)

1 Ils (Barbazan et René) allèrent courir sus, et tellement se portèrent, dit Belleforest, que lesAnglois feurent desconlits , et que gucrés n’eu échappa. D’iceulx feurent prisonniers de cinq à six cents, et ne moururent de François que quatre-vingts.

Le roi de Sicile et le comte du Maine assistaient à cette bataille. Ils avaient rejoint leur frère depuis quelques jours , et se dirigèrent avec lui sur le Dauphiné , envahi par le duc de Savoie et Louis de Châlons , prince d’Orange. Le célèbre défenseur d’Orléans, Louis de Gaucourt, bailli de la province, les sires de Tournon, du Bouchage et de Bressieux, Jean de Lévis, Pierre du Terrail et une foule d’autres vaillants chevaliers étaient accourus à la défense de leur patrie.

Attaqué entre Colombiez et Anthon , sur les bords du Rhône, Louis de Châlons perdit l’élite de ses hommes d’armes. Il allait lui-même tomber entre les mains de cavaliers, qui l’avaient reconnu à son écu d'argent , lorsqu’il se précipita tout armé dans le Rhône. Longtemps son cheval de bataille lutta en vain contre le courant du fleuve; mais enfin on le vit reparaître sur la rive opposée, et le prince put entendre de loin les acclamations arrachées aux vainqueurs par son audacieuse témérité.

La mort du vénérable cardinal de Bar, suivie presque immédiatement de celle du duc de Lorraine (i43o), rappela René à Nancy. Il y fit son entrée avec Isabelle, montés l’un et l’autre sur de magnifiques dextriers , au milieu des bénédictions d’un peuple immense et des vieux cris de joie, Noël! Noël! Le clergé et les hauts barons les attendaient suivant l’usage auprès d’une vieille croix de pierre, élevée à la porte Saint-Nicolas. Le duc et la duchesse mirent pied à terre avant de pénétrer dans la ville. Ils donnèrent leurs chevaux au chapitre de Saint-Georges, qui portait devant eux la croix et le cuissard du chevalier céleste. Alors les gentilshommes et le peuple entonnèrent le Feni Creator.

Les deux époux furent ainsi processionnellement conduits jusqu’à l’église ducale. Ils s’agenouillèrent devant le grand autel, et le doyen leur présenta un missel entrouvert :

« Nos très redoubtés seigneurs, ajouta le vieillard, vous plaît-il de faire le ser- » ment et devoirs que vos prédécesseurs de glorieuse mémoire ont accoustumé de » prêter et faire de toute ancienneté à leur nouvelle réception en ceste duché de » Lorraine et à leur première entrée en ceste ville de Nancy. »

« Volontiers, répondirent René et Isabelle; » puis étendant la main sur le saint livre ils jurèrent « par leur part de paradis, de bonnement entretenir les droicts de Lorraine. La dame Marguerite , qui en deuil estoit, feu t joyeuse de veoir sa fille ainsi honorée l. *

1 Chronique de lorraine.

L’histoire du moyen âge n’offre rien de plus solennel que ces actes religieux, où le peuple , le clergé et la noblesse sommaient un prince à son avènement à la couronne de maintenir leurs franchises, libertés et privilèges. Un mélange de loyauté et de rudesse, de dévouement et d’indépendance se retrouve toujours dans ces généreuses coutumes de nos pères; et si l’on pouvait juger de la dignité et du degré de liberté de deux époques par l’élévation du caractère, de la pensée et du langage , il ne nous resterait qu’à jeter un voile sur notre front.

Les premiers actes de René révèlent une maturité et une sagesse peu communes dans un prince de aa ans. Il conclut avec la ville de Metz une paix bonne et durable, appelle à la présidence de son conseil le vertueux Henri de Ville, évêque de Toul, s’entoure des hommes les plus distingués par leur mérite et leur savoir, et renonce aux fêtes et aux plaisirs , pour consacrer tout son temps à l’administration de son duché. Une ordonnance contre les blasphémateurs1, un règlement qui accorde une indemnité aux hommes d’armes, dont les chevaux avaient été tuésà son service , et plusieurs lettres patentes , où il assure diverses villes et abbayes de sa protection et confirme leurs privilèges , nous ont été conservés comme des gages de sa foi et de sa constante sollicitude.

Cette époque de la vie de René est sans aucun doute la plus heureuse de sa longue carrière. Béni de ses sujets, en paix avec ses voisins, il n’avait point encore ressenti le vent de l’adversité, et nul revers ne ternissait l’éclat de ses armes. On aimait à redire sa tendre affection pour ses peuples, sa brillante valeur, sa piété sincère. Le ciel avait récompensé les vertus d’Isabelle , et elle avait donné quatre beaux enfants à son seigneur.

Une année entière s’écoula au sein d’une paix profonde, pendant laquelle René visita successivement toutes les villes de son duché , et reçut sur son passage de touchantes preuves de vénération et d’amour. Pour la première fois la Lorraine ne retentissait plus du bruit des armes, et sans l’ambition inquiète du comte de Vaudemont, rien n’eût troublé la tranquillité dont elle jouissait.

Ce prince, un des témoins du traité de Saint-Mihiel, n’avait point attendu la mort du duc Charles pour protester contre la clause , qui assurait la couronne à

' Les maugréants, renieurs, dépi leurs et blasphémateurs seront punis, la première fois à l’arbitrage des juges , selon la puissance des coupables ; la deuxième fois la somme devra être doublée ; la troisième le coupable sera mis au pilori, le jour de la fête ou du marché ; la quatrième enfin il aura la langue percée d’un fer chaud.

René. Dès l’année i4a5, il s’était refusé à le reconnaître en qualité d’héritier présomptif du duché de Lorraine.

Le château de Vaudemont était devenu tout à coup le rendez-vous des hommes d’armes. Ses remparts se couvraient d’archers et de sentinelles, et, à l’ombre de ses hautes tours, le comte avait clairement annoncé ses prétentions hostiles dans un langage plein de menaces. Vainement trois ans de guerre, suivis de l’invasion de ses états et de la prise de l’importante forteresse de Vezelise 1 l’avaient forcé d’accepter une trêve. Le moindre prétexte suffisait pour la rompre; il ne tarda pas à le faire naître.

Le 22 février j43i , René avait quitté Nancy le matin même, les portes étaient fermées, et la garnison veillait, comme d’ordinaire, à la garde de la ville, lorsque le comte Antoine se présenta au pied des murs. Il voulait, disait-il , saluer en passant la duchesse Marguerite, et lui soumettre une requête. Son escorte, composée de quelques gentilshommes bien armés, n’était pas assez nombreuse pour inspirer de la crainte. Les portes lui furent ouvertes, et il s’avança fièrement jusqu’au palais ducal , où le conseil se rassemblait.

Le comte , dont l’écharpe brodée aux armes pleines de Lorraine dévoilait les projets hautains, remit un manifeste dans lequel il sommait les communes et la noblesse de lui prêter foi et hommage. Il s’appuyait sur la loi salique, et demandait une décision dans le plus bref délai.

« Beau seigneur, lui répondit au nom de tous Jean d’IIaussotiville, vostre oncle des filles a laissé. Selon les droictsetles coustumes, elles sont héritières, principalement l’aînée. Elle est déjà receue en Lorraine pour duchesse. C’est son propre héritage. »

Irrité de ce refus, le comte « jura son âme » 2 que bientôt il serait maître du beau duché et retourna à Vaudemont pour y continuer ses préparatifs de guerre. Certain de la protection de Philippe de Bourgogne, il avait pris à sa solde un corps d’aventuriers toujours prêts à marcher sous un chef qui leur permettait le pillage.

' Jean de Remicourt , dit Pélegrin , sénéchal de Lorraine, commandait l'armée de siège. C’était un chevalier hardi et opiniâtre, aimant le péril , comme un docte clerc aime les lettres. Percé d’un coup de flèche à la poitrine, lorsqu’il s'approchait des remparts, il succomba avant la prise de la ville. René, qui l’aimait chèrement , le fit enterrer à l’endroit même , où il avait été mortellement blessé , et fit élever au dessus de sa tombe une croix de pierre sculptée , ornée de l’écusson et de l’épitaphe du vaillant sénéchal.

* Chronique de Lorraine.

Le sire de Croy, son gendre, Mathieu d’Humières et le maréchal deToulongeon y joignirent leurs bannières.

René, à cette nouvelle, ne montra pas une activité moins grande. Il était revenu en toute hâte à Nancy, et après s’être assuré de la fidélité des bourgeois et des principaux seigneurs , il se détermina à porter subitement la guerre au cœur des états de son rival. Deux sommations étant restées sans réponse, il laissa une forte garnison à Vezelise , et forma en personne le siège de Yaudemont, où le sire de Barbazan vint le rejoindre.

« Beau-frère , avait dit Charles VII à René qui réclamait son appui , je vous » veulx ayder ; voici Barbazan, de mes cappitaines le plus asseuré , et luy commande » que à vous soit obéissant. Se avez affaire ne l’espargnez mie 4. » Le bon chevalier, malgré ses cheveux blancs, valait à lui seul une armée. La vieillesse n’avait diminué ni ses forces, ni son énergie •, elles semblaient croître avec les années. Sa présence remplit d’ardeur les troupes lorraines, et le siège fut poussé avec une nouvelle vigueur 2.

Le comte de Vaudemont ravageait le Barrois, lorsqu’il apprit le danger de sa capitale. Trop faible pour songer à en faire lever le siège, il pensait que René ne verrait pas , sans s’émouvoir, cette province abandonnée au fer et à la flamme. Toute licence avait été donnée à ces redoutables bandes. Elles parcouraient les campagnes, la torche à la main, ne vivant que de pillage « gastans et destruysans le pays, et faisans maulx innumérables 3. »

Le camp du duc de Bar fut bientôt rempli de pauvres laboureurs chassés par l’incendie, qui dévorait leilrs chaumières ! Ils erraient sur les chemins avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux, cherchant en vain un asile où reposer la tète. A la vue de cette population fugitive , René fut saisi de douleur. Il leva le jour même, malgré le conseil de Barbazan, le siège de Vaudemont , le convertit en blocus, et se dirigea sur le Barrois à la tête de quinze mille hommes.

Le sire deToulongeon commandait l’armée ennemie. Prévenu par ses espions de

1 Chronique de Lorraine .-

* Quant les assiégés virent les furieulx assaultz qu’on leur livroit de jour en jour , ils furent esbahis , et mandèrent à leur seigneur qu'il leur donnât secours. (Monstrelet.)

3 Cependant que Ton faisoit à Bar tel mesnage, ce vint à la notice de René , lequel incontinent monsta à cheval, et à poincte d’esperons, avecques son armée en Barroys arriva. Mais le mareschal de Bourgongne, adverty de sa venue , ne l’osa attendre. (Bourdigné.)

la prochaine arrivée de René, il se retirait en bon ordre vers les marches de Bourgogne. Les instances du comte de Vaudemont n’avaient pu changer cette détermination du grand maréchal. Il voulait éviter les hasards d'une bataille , avec une armée inférieure en nombre, qui comptait à peine dix mille Bourguignons, Anglais et Flamands.

Le conseil de guerre était assemblé lorsque les bannières de Lorraine parurent à l’horizon. La retraite plus périlleuse que l’attaque était devenue impossible, à la grande joie du comte. Il demanda l’avis des principaux capitaines sur l’ordre de bataille. Alors messire Jehan Ladan1, gouverneur anglais de Montigny-le- Roi, opina pour combattre à pied avec les gens d’armes et les archers, l’artillerie sur les ailes, le front et les côtés couverts de palissades et d’une double ligne de charriots. Le sire de Toulongeon adopta cet avis , malgré les réclamations de la chevalerie de Bourgogne. Il lui ordonna de mettre pied à terre sous peine de mort, appuya son camp à la rivière de Yaire et au bois du grand Fay. De profonds fossés et des retranchenents élevés à la hâte complétèrent cette enceinte. Elle apparaissait comme un point obscur dans la plaine circulaire, située entre Saulxure, Sandrecourt, Beaufremont etBulgnéville, non loin de la tour du Géant, qui domine encore toute la contrée.

A peine les deux armées étaient-elles en présence, que René, suivi de Barbazan, reconnut le camp ennemi. Il s’en approchai un trait d’arc, et suivant l’usage de ces temps chevaleresques, envoya un de ses hérauts présenter le combat. « Je l’attends , » répondit fièrement le comte de Vaudemont.

L’immobilité des Bourguignons retranchés derrière leurs palissades, et la fierté de ces paroles augmentèrent l’impatience du jeune prince. Vainement Barbazan lui représentait la belle ordonnance de ses ennemis et leur position inexpugnable. « Attendez quelques jours, disait le vieux chevalier, il ne fault que les vivres leur » oster, ils n’en peuvent avoir. Premier de quatre jours, à nous serons tous, je vous » promect. Je sçay que c’est deles assaillir ce n’est pas la façon. Ils ont grants fosselz,

1 Quant le comte et Bourguignons virent Son ost, ses gens et son arroy ,

Derrière une eaue se encloirent De grants fossés et de charroys.

Là tous ensemble se rangèrent Afin des aultres recueillir,

Et si bien se fortifièrent

Qu’on ne pouvoit les assaillir. ( ïlgilles de Charles Vil.)

Monstrclet. Chronique de Lorraine.

» et se lancier dedans nous y demeurerons. » « Mais René, ajoute la chronique , étoil si avide de combattre qu’il luy sembloit qu’il n’y seroit jamais à temps. » Il se fiait dans le courage de ses soldats et dans la supériorité du nombre. Accoutumé à vaincre les Anglais, il lui paraissait honteux d’attendre un triomphe, qui ne lut pas le prix des armes. Cependant toujours docile aux conseils de Barbazan , il envoya le damoisel de Commercy et le bâtard de Thuillière reconnaître de nouveau la position de l’ennemi.

A leur retour au camp, René était dans sa tente , entouré de ses chevaliers. Les plus âgés partageaient l’avis de Barbazan , lorsque Robert de Saarbruch , l’imprudent damoisel, entra tout-à-coup. « Ces gens nous fault assaillir, dit-il; de la pré- » mière venue nous les emporterons. Ils ne sont mye pour nos paiges. »

Ces paroles enflammèrent les jeunes seigneurs allemands et lorrains, a Quant » on a paour des feuilles , ne fault aller au bois, « disait cette fougueuse jeunesse. » Qui a paour se retire, » ajoutait Jean d’Haussonville.

« A Dieu ne plaise, s’écria le vieux guerrier pâle de colère, que par ma couardise » la maison de Lorraine a esté mise à déshonneur. Je veulx et entends combattre. » Et afin que ne dictes mye, que à moy tiegne, moy et mes gens voulons estre des » premiers à donner dedans. Sonnez trompette , au nom de Dieu , sonnez subi- >' tement 4. »

L’armée entière se déploya à ce signal dans une vaste prairie, en face du camp bourguignon. L’étendard de Bar et de Lorraine flottait au-dessus des lances. Cha-

1 Néantmoins le duc ordonna Que l'on yroit Frapper dessus ,

Mais Barbazan conseil donna Qu’on ne leur devoit courir sus.

Si dist la raison et manière Du dangier qui estoit celle part :

Mais je ne sçav qui par derrière Luy dict qu’il estoit trop couart.

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