TABLEAU DU MUSÉE DUSOMMERARD
La Notice sur le musée de l'hôtel de Cluny, dit : « C’est une curieuse peinture sur bois, représentant sainte Marie Madeleine prêchant la doctrine à Marseille. Devant la sainte, le roi René et la reine Jeanne de Laval sont assis et écoutent ses paroles ; ils sont entourés de personnages également assis pour la plupart et composant l’auditoire. Sur le second plan du tableau, parait la ville de Marseille avec les ports dans le fond. Cette peinture est l’ouvrage du roi René lui-même. »
Ce tableau, bien que la figure de René n’ait aucune ressemblance avec les portraits qu'il a peints de luimême, dans ses autres tableaux, porte le cachet du génie du roi-artiste. Invention fertile, — Richesse de draperies à long plis coupés, — Variété admirable d’expression dans les attitudes et dans la physionomie. — Absence de moyens bruyants pour produire de l’effet, grande simplicité dans l’exécution : telles sont les qualités qui brillent dans toutes ses compositions et surtout dans cette Madeleine. Sans doute la critique trouverait aisément à exercer sa facile besogne. — Anachronisme, erreur de perspective, clair-obscur douteux, point de composition selon les règles; la critique ne manquerait pas surtout de signaler l'anachronisme pris en flagrant délit, — la Madeleine contemporaine de René ! — Mais cette manière d’envisager l’histoire est commune à tous les grands génies, jusqu’à Raphaël et au-delà; c’est que ces grands hommes considéraient la vie non dans ses manifestations temporaires , mais dans son essence immortelle; de ce point de vue , les grandes figures historiques sont éternellement contemporaines. — Cependant en avouant que tontes les fautes qne la critique peut signaler existent réellement, que de beautés n'y découvrons-nous pas ? Voilà bien cet excellent roi, entouré comme il aimait à l'être; la foule le presse de tons côtés , et lui attentif et grave , paraît jouir pleinement de sa position. Puis les différents sentiments qui animent les spectateurs : tous reçoivent la parole sacrée avec des impressions différentes; les uns ont peine à comprendre, d’autres méditent profondément sur le sens de la doctrine ; d’autres encore ouvrent avec joie leur cœur à la semence divine.
Quelle large étude du cœur humain, et quelle grâce et quelle intelligence dans la disposition des dra^ries ! En vérité le secret de tant de beautés semble perdu aujourd’hui. (P. Ifawke).