‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 58 sur 155 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Aü PAPE PAUL II.

De notre château des Ponts-de-Cé, le VIIIe jour de juillet, l’an de la Nativité de N. S. MCCCCLXVI1I.

T rés-Sa ust-Pére ,

Nous rendons de très grandes actions de grâces à Votre Sainteté de ce qu’elle a daigné pourvoir Jean de Montegui de l’évêché de Glandèves, ainsi que nous l’en avions suppliée, par nos précédentes lettres ; mais Saint- Père, nous ne vous avions pas seulement supplié de lui réserver cet évêché, mais encore de lui accorder un canonicat et une prébende dans l’église d’Aix , et nous ne pouvons pas comprendre comment il est arrivé que le prieur de Rumete, de notre propre pays, ait présenté à Votre Sainteté, sous notre nom, comme nous l’avons appris, une certaine supplique, contre notre intention et notre volonté, chose que nous ignorions complètement, pour faire accorder le même canonicat et la prébende en question à un certain Marc Guiramaud, qu’on dit être son neveu; et celui-ci, en effet, a obtenu l’un et l’autre, sous un faux nom.

Le cas est grave, déplorable et digne de correction. Nous ne sommes pas médiocrement surpris d’apprendre comment ce personnage a pu mériter assez de confiance pour obtenir une pareille faveur, là où il n’y avoit pour lui aucun document de notre part : comme donc notre intention reste tout à fait étrangère à cet évènement, et que nous n’avions jamais pensé à pareille chose, en faveur de Marc Guiramaud, et que la demande, présentée pour lui, à Votre Sainteté, repose sur un faux matériel, nous la supplions, avec instance, de vouloir bien révoquer et abolir entièrement la supplique, présentée en faveur de Marc Guiramaud, comme

1 Cette lettre est écrite en latin.

fausse et subreptice ; de regarder la faveur qu’il a obtenue , comme le prix de la fraude et de la supercherie ; de replacer les choses dans leur premier état et de réserver le canonicat et la prébende, dont il s’agit, à Jean de Montegui, aujourd’hui évêque de Glandèves, qui en est digne, autant par ses vertus que par l’attachement que nous lui portons et pour lequel nous avons écrit à Votre Sainteté. Ces faits étant accomplis , après avoir bénignement accueilli nos actions de grâces, pour tous les bienfaits dont vous nous avez comblés, nous conserverons de ceux-ci un éternel souvenir, laissant d’ailleurs à votre volonté le soin de la correction de l’acte que nous venons de signaler, suppliant toujours votre vénérable personne de pourvoir pleinement à la conservation de son honneur et du nôtre.

Votre très soumis et dévoué fils,

Le Roi d’Aragon, de Jérusalem et des Deux-Siciles,

René.

Par mandement du Roi , mon maître , Pierre Puig.

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