‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 70 sur 155 · ET MES TRÈS-CHERS AMIS · texte numérisé non relu

ET MES TRÈS-CHERS AMIS

Du château de notre ville d’Angers, le XV 111 février MCCCCLXX.

Le Roi d’Aragon, de Jérusalem, des deux Siciles, etc., etc.

Respectables et magnifiques seigneurs et mes très-chers amis,

Nos fidèles sujets, Nicolas Ginot et Jean de Logres, que nous avions envoyés, l’année dernière, auprès du Roi de Tunis, nous ont exposé, avec un vif chagrin, que revenant vers nous, dans le mois d’août, et lorsqu’ils approchoient du port de notre ville, il leur fut enlevé par une barque, qu’on nous dit être destinée à la garde du port et qui portoit votre pavillon, un prêtre de nation sarde, nommé Porc, qu’ils avoient confié à un certain navire génois, et qu’à notre considération, ledit

Roi de Tunis leur avoit livré, moyennant la somme de cinq cents doubles écus d’or mauritains.

Nos fidèles sujets ne s’attendoient nullement à ce procédé ; mais ce qui rend la chose plus grave encore, c’est que non-seulement ils n’ont pu se faire rendre le captif, mais toute justice leur a été refusée , et même ils n’ont pu trouver un notaire qni ait voulu recevoir leur plainte, ou prendre seulement quelque information sur cette affaire ; c’est pourquoi si la chose, comme je n’en puis douter, s’est ainsi passée, je ne suis pas médiocrement surpris de voir combien cette conduite s’éloigne de la justice, et répond mal à l’ancienne amitié qui me lioit aux Génois. C’est par ces motifs que nous vous prions instamment, d’abord au nom de la justice, et requérons, au nom de notre amitié, de faire rendre pleine et entière justice à nos fidèles sujets, soit en renvoyant le captif, ou la somme payée pour lui, comme nous agirions envers vos citoyens, si le cas se produisoit de notre part. C’est ainsi que vous ferez droit à la justice et à l’amitié; croyez donc à la réciprocité de nos sentiments \

René.

Par ordre du Roi , mon maître ,

Pierre Puig.

1 René recommande cette affaire à son consul a Gênes, Raphaël Torcille, et rengage à ne rien négliger pour se faire rendre justice.

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