TOME I
Pour faciliter la conclusion d’un traité définitif, « et par amour pour son très » cher seigneur et cousin , René , roi de Hierusalem et de Sicile , duc d’Anjou , de » Bar, de Lorraine, etc., Philippe consentoit à faire et donner un second respit et » eslargissement de prison, du 8 novembre au lendemain de Noël, moyennant que » ledict seigneur jurera et promectra par la foy de son corps et en paroles de roy :
» i° De reprendre sa prison le vingt-sixième jour de décembre.
» 2° De laisser en otage son fils aîné.
« 3° Enfin de bâiller en gage les villes et chastels de Clermont en Argonne, de » Neufchàtel et de Gondrecourt. »
Ces jours de liberté s’écoulèrent rapidement, sans qu’il fût possible de poser les bases d’un traité définitif. Toujours fidèle à sa parole, René quitta Nancy, et revint se mettre à la disposition du duc de Bourgogne. Mais tant de loyauté toucha enfin ce prince. Il fixa à quatre cent mille écus d’or, payables en plusieurs termes, la rançon de son prisonnier, et demanda en outre la cession de la seigneurie de Cassel , enclavée dans le comté de Flandre.
L’alliance de Ferry de Vauderaont et d’Yolande fut arrêtée de nouveau, et une dot considérable accordée à cette princesse. Une clause spéciale assurait à leurs enfants le duché de Lorraine, en cas d’extinction de la ligne masculine et directe de la maison d’Anjou.
Un article secret stipulait la neutralité de René entre la France et l’Angleterre , et indiquait le mariage delà princesse Marguerite et du jeune roi Henri VI, comme gage de paix pour les deux peuples.
Le duc de Montfort, fils aîné du duc de Bretagne, vingt seigneurs du Barrois et de Lorraine, dix de Provence et dix d’Anjou apposèrent leur sceau à ce traité, et firent le serment de se constituer prisonniers à Dijon dans le délai d’un mois , si une seule de ces conditions n’était point remplie. Seulement le duc de Montfort eut la faculté de se faire remplacer, comme otage, par dix gentilshommes de nom et armes , suivis chacun de deux écuyers. Les places de Clermont et de Neufchàtel continuèrent de rester entre les mains du duc de Bourgogne, jusqu’au paiement de la moitié de la rançon *.
' Dom Calme! , qui nous sert de guide, ne donne les noms que des gentilshommes de Lorraine et du Barrois. Presque tous les Otages de 1432 renouvelèrent cette preuve de dévouement à leur prince.
Tous ces articles, et quelques autres d’une moindre importance, furent arrêtés à Lille, le a8 janvier 1437. Philippe signa le traité à Bruxelles, et le 11 février suivant *, le roi de Sicile vit enfin se terminer sa longue captivité.
Le duc de Bourbon , l’archevêque de Reims et le grand connétable de Richemont avaient représenté Charles VII aux négociations qui précédèrent la délivrance de René. Magnifiquement fêtés par le duc de Bourgogne, ils l’accompagnèrent à Arras, où fut décidé le mariage de Marie de Bourbon, sa nièce, et de Jean d’Anjou, duc de Calabre. Philippe, qui dans ces occasions solennelles déployait un luxe inconnu aux rois , voulut se faire pardonner ses rigueurs. U remit gracieusement à René quatre cent mille salutz d’or1 2; et les deux princes prirent congé l’un de l’autre , en se donnant les signes d’un mutuel attachement.
Le roi de Sicile, de retour en Lorraine , assembla à Pont-à-Mousson les États du duché , « afin d’adviser de sa rançon et de plusieurs aultres besoignes. » Un impôt général de deux salutz par famille fut voté immédiatement. Les évêques de Toul , de Metz et de Verdun , consentirent en outre une taille d’un sol sur tous leurs vassaux, clercs, nobles, manants et bourgeois sans exception. Un vieil historien remarque que cette taxe est le premier impôt établi en Barrois et en Lorraine.
Des actes qui révèlent le cœur de René signalèrent son séjour dans ces provinces. Avant même de compléter sa rançon , il délivre les derniers prisonniers de Bulgnéville, récompense en roi ses fidèles serviteurs, tient compte de tous les dévouements et de toutes les infortunes. Placé sur le rocher de Rhodes, comme la sentinelle de la chrétienté, l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem couvrait alors l’Europe de sa gloire. René confirme ses privilèges. U étend sa protection spéciale aux hôpitaux et maisons de léproserie et maladrerie. Des règlements pleins de sagesse veillent sur leur administration : il recommande surtout le choix du directeur de l’hôpital Saint-Julien de Nancy, admirable et sainte fondation, destinée à servir d’asile à la vieillesse indigente.
La paix profonde , qui régnait dans les deux duchés, rendant la présence de René moins nécessaire, il quitta Nancy à la fin de l’hiver, après avoir nommé le conseil
1 • Le 11 février 1436 , monseigneur de Bourgongne quitte sa foy au roy René en Ciste en Flandres. • Pâques étant alors le premier jour du calendrier, le mois de février appartenait à l'année 1436 , au lieu de 1437, (Heures manuscrites de René.)
1 Le salut, ainsi nommé , parce qu’il portait l’empreinte de V Annonciation , était une monnaie d'or, frappée en France par Henri VI, roi d'Angleterre. Elle était de la valeur de 25 sols tournois.
de régence i , et se rendit en Anjou, où l’attendait la bonne reine Yolande. Sous la sage administration de cette vertueuse princesse, cette province avait eu peu de désastres à déplorer; la guerre, qui ravageait les marches voisines, semblait s’être arrêtée à ses frontières ; et quand les Anglais les avaient franchies, ils avaient été chassés rudement, « exceptez ceulx qui estoient morts. »
Le mariage du duc de Calabre et de Marie de Bourbon retint René en Anjou. Ce prince, âgé de i3 ans, avait partagé la prison de son père, et s’était mûri de bonne heure au contact de l’adversité. Dirigé dès l’enfance par des maîtres doctes et vertueux , il avait reçu ses premières leçons sur les genoux du vénérable Henri de Ville, évêque de Toul. Un pieux et savant prêtre, Jean Manget2, auteur du Maistre des Sentances , et le bon chevalier Antoine de la Salle 5, succédèrent au vénérable prélat. Jean d’Anjou avait grandi à cette école d’honneur et de science, et annonçait déjà les brillantes qualités qui le rendirent célèbre.
René passa tout l’été en Anjou. Il visita ses principales villes, reçut le serment de fidélité des habitants, et sut gagner les cœurs par son affabilité et sa bonté inépuisable. Depuis l’époque, où encore enfant il avait été adopté par le cardinal de Bar, il n’avait point revu cette belle contrée, berceau de sa maison. Il lui voua bientôt tout l’amour qui s’attache à la terre natale, et, quand de nouveaux malheurs l’eurent éloigné d'elle, sa dernière volonté fut que son corps y reposât, près de celui d’Isabelle et des tombeaux de ses aïeux.
L’invasion du royaume de Naples, par le roi d’Aragon , et la prise de Gaëte abrégèrent le séjour de René en Anjou. Il en partit à la fin de novembre, et se dirigea sur la Provence, en descendant le Rhône depuis Lyon jusqu’à Arles. A la vue de ce prince si bon, si chevaleresque et si brave, l’enthousiasme des Provençaux
1 Après la mort de Henri de Ville , René nomma pour gouverner ses deux duchés en son absence, Conrad Bayer, évêque de Metz , l’évêque de Verdun et Errard du Châtelet. Ferry de Parroye, Jean d’Haussonville, Ferry de Fléville, Jean et Ferry de Chamblay , Beaudouin de Flévillc, abbé de Gorze , et Ferry de Savigny firent partie du conseil de régence.
a Né de parents inconnus et d’une union coupable, Jean Manget, escolâtre et doyen de Saint-Dié, fit oublier cette origine par sa science, ses vertus et la pureté de ses mœurs. Il existe aux archives de cette petite ville, une lettre de Nicolas d’Anjou, fils du duc de Calabre , qui permet - à son ami et féal conseiller, jadis maistre d’escole de son très chier seigneur et père , • de tester et de disposer de sa succession nonobstant la coutume de Lorraine, qui donnait au prince les biens de toute personne née et créée illégitime , hors léal mariage. »
3 Auteur de l’admirable roman de Jehan de Saintré , d’une chronique de Flandres et d’un ouvrage de morale , intitulé la Salade , ■ parce que en la salade se met plusieurs bonnes herbes. *
L’illustre Palamède Forbin et Jean de Lalande, savant jurisconsulte de la ville d’Aix, furent aussi attachés à l’éducation du prince.
ne connut plus de bornes, a On ne vit bientôt à Arles que danses , festins et mystères , décharges d’artillerie confondues avec le son des cloches, et une musique perpétuelle. » La joie populaire est peu prévoyante; chacun oublia que l’argent, dépensé en fête, eût reçut une destination meilleure, s’il avait servi à payer la rançon de René , ou à conquérir son royaume. Partout les travaux étaient suspendus, et la population « affamée de voir son souverain » se pressait sur son passage. « Aussi, dit un historien provençal, les rayons du jour naissant n’ouvrent pas si doucement le sein des fleurs, que le premier aspect de cet astre bienfaisant fit épanouir les affections de nos âmes 4. »
La religion qui, dans ces temps de foi, sanctifiait les plaisirs comme les douleurs, mêlait ses voix augustes aux transports de la foule. Le vénérable cardinal d’Arles 2 ordonnait en actions de grâces des prières générales. Par ses ordres les reliques de saint Césaire et de saint Honorât, premiers évêques de la vieille colonie romaine, avaient été extraites de leurs châsses précieuses, et une procession de plus de cent mille fidèles parcourut lentement les rues jonchées de fleurs.
Le séjour du bon roi à Aix et à Marseille fut marqué par de nouvelles fêtes. Convoqués dans le palais de cette première ville, les États du comté supplièrent René d’accepter en don cent mille florins. Le chapitre de la métropole le nomma chanoine d’honneur; et , suivant les mœurs de ce siècle, le prince ne dédaigna pas de chanter l’office au chœur, une aumusse sur son armure 5. A Marseille , il jura sur l’évangile d’observer religieusement les privilèges de la cité. Alors les syndics, la tête nue et en grand costume, prêtèrent le serment de foi et d’hommage; et le peuple, élevant la main droite en signe d’adhésion, fit retentir l’air de ses acclamations et de ses vœux 4.
Depuis un temps immémorial les Marseillais avaient montré à la maison d’Anjou
f Gaufridi, Honoré Bouche, Galaup de Chasteuil.
a Louis d’AUemant, président du concile de Bâle. Il mourut à Salon en odeur de sainteté , en 1430, après avoir fait oublier son opiniâtreté et ses erreurs par Féclat de son repentir et de ses vertus.
3 « Une délibération du chapitre porte que le 6 août de chaque année, jour où l’on bénissoit les raisins , le noble chanoine d'honneur, René , sera régalé des meilleurs quon pourra trouver. *
Hugues IV, duc de Bourgogne , et en cette qualité chanoine de Saint-Martin de Tours, n’ayant pu être reçu à cause de son jeune âge, Alix de Vergy, sa mère et sa tutrice, fut admise à le représenter. Elle assista à l’office revêtue de l’habit, et donna le baiser de réception à tout le chapitre.
4 Histoire de René d'Anjou par le vicomte de Villeneuve Bargemont. — Je devrais citer à chaque page celte histoire pleine d’érudition et d’intérêt, comme tous les ouvrages du noble écrivain. CVstelle que j’ai presque toujours suivie , qui m’a montré la route, indiqué les sources où j’ai puisé , épargné les recherches, elle enfin, qui a éclairé mes travaux , et m’a inspiré mon amour pour le bon roi de Sicile , et la pensée de publier scs œuvres.
un attachement héréditaire. Le bon Toi qui avait sur toutes choses la mémoire du cœur, voulut le reconnaître au commencement de son règne. Il leur concéda des franchises nouvelles, et ouvrit leur port exempt de droits aux navires de toutes les natious. Sa reconnaissance embrassa également les simples particuliers assez heureux pour lui avoir montré du dévouement ou fait quelques sacrifices. Jean Thomassin de Vesoul , Cabanis , Montclar, l’archevêque d’Aix Ammo de Nicolaï, Louis de Bouliers, Charles de Castillon, les deux frères Fabri d’Hyères reçurent des marques de sa générosité royale.
Cependant ces soins et ces fêtes n’arrêtaient point les préparatifs du départ. René avait reçu à Marseille les ambassadeurs du pape et de la république de Gênes. Le doge Thomas Frégoze lui envoyait des galères , et les vaisseaux armés dans les ports de Provence tenaient déjà la mer, lorsqu’une révolte inattendue vint contrister René et retarder l’embarquement.
Un Juif nommé Asturge Léon , aveuglé par le fanatisme de sa race, n’avait pas craint d’insulter aux croyances d’un peuple entier, en prononçant publiquement d’horribles blasphèmes contre la bienheureuse mère du Sauveur. Livré au tribunal suprême d’Aix par les témoins du crime, les juges prirent en pitié sa jeunesse, et ne le condamnèrent qu’à cent livres d’amende. Cette indulgence, en apparence excessive, souleva la multitude irritée contre les Juifs. De sombres rumeurs circulèrent dans la foule. « Us ne se contentaient plus, disait-on, d’accaparer le com- » merce et de ruiner les chrétiens par leurs infâmes usures; il leur fallait encore le » sang d’enfants nouvellement baptisés pour le mêler au levain du pain pascal.» Des cris de mort, préludes d’un massacre général, s’élevèrent contre ce malheureux peuple. Les familles les plus opulentes abandonnèrent la ville d’Aix , laissant leurs richesses et leurs maisons à la merci de la multitude. Elle les poursuivit jusqu’au Pertuis, petite ville toute peuplée de Juifs, sur les bords de la Durance. Leur synagogue fut détruite, et sans la courageuse intervention des consuls, le sang eût abondamment coulé. Des émeutes semblables agitèrent la Provence.
René n’était point à Aix quand ces désordres éclatèrent. U y accourut sur-lechamp pour les réprimer et châtier les coupables. Il transporta à Marseille le tribunal suprême, afin que, libres de toute influence, les juges rendissent en son nom une impartiale justice. Des mesures sévères rétablirent la tranquillité, et furent suivies d’une amnistie générale, dont il n’excepta que les plus coupables.
Mais ce n’était point assez de calmer cette émotion populaire, il fallait en prévenir le retour. René , à l’exemple des plus illustres souverains pontifes, se déclara
le protecteur des Juifs. De sages règlements leur assurèrent dans ses états une tranquille existence. Ils purent se fixer sans crainte en Provence et en Lorraine, y établir leurs familles et se livrer au trafic. Aujourd’hui que leurs nombreux descendants habitent encore ces provinces, qui sait parmi eux que c’est peut-être à la justice chrétienne et à la tolérance éclairée du bon roi , qu’ils doivent leurs richesses et la libre transmission de l’héritage de leurs pères ?
Le retour de l’ordre permit enfin à René de songer à la conquête du royaume deNaples.il s’embarqua à Marseille au commencement d’avril (i438) sur une flotte de cinq galères et de deux brigantins, commandée par Jean de Beausset 1 . Sept autres galères l’attendaient dans la rade de Gênes, où le doge lui fit une réception royale. René resta huit jours dans cette riche cité, plus occupé de resserrer son alliance avec les Génois que de plaisirs et de fêtes. Il jura de protéger leurs libertés et leurs franchises, et se lia avec l’illustre Frégoze d’une amitié qui ne se démentit jamais. Le doge voulut que son frère accompagnât le roi de Sicile , et commandât lui-même les galères de la république.
. La flotte remit à la voile à la fin d’avril. Le g mai elle doublait le promontoire du Pausilippe et jetait l’ancre dans la baie de Naples. Mille cris d’enthousiasme saluèrent la première entrée du bon roi dans sa capitale, où l’avait devancé sa réputation de bonté et de vaillance. La couronne sur la tête et le sceptre à la main , il parcourut à cheval les principaux quartiers, avec ses deux fils et la reine Isabelle. Le soir il arma chevaliers vingt-six jeunes seigneurs, choisis dans les plus illustres familles.
Les chroniqueurs contemporains nous ont laissé de brillantes descriptions de cette entrée triomphale. Pleins d’amour pour René, ils se plaisent à le comparer « à un ange descendu du ciel. » Ils décrivent dans les moindres détails les fêtes qui lui furent données, les transports de joie et l’exaltation du peuple à la vue de son roi. a Toutes les fois qu’il sortoit, dit l’un d’eux, une foule immense le suivoit avec infinis sons, d’incroyables applaudissements et des démonstrations singulières d’un exquis et merveilleux contentement. »
Le connétable Jacques Caldora , duc de Bari , commandait l’armée napolitaine. Célèbre par sa loyauté, au tant que par ses victoires, il s’était rendu à Naples pour
1 Noble famille de Provence , qui compte parmi ses membres l’illustre cardinal , historien de Bossuet et de Fénélon. Jean II, Gis de l’amiral, s’dtait attaché à la fortune de René, il l’avait accompagné à Naples, à la tête d'une compagnie de 45 arbalétriers, qu'il tenait à sa solde.
offrir à René ses conseils et son épée. Le capitaine Michelotto , qui avait conquis la Calabre, et le brave Attendelo, avaient rejoint le vieux guerrier. Leur exemple entraînait l’élite de la noblesse du royaume.
Chaque jour le roi de Sicile voyait de nouveaux renforts se ranger sous sa bannière. Sa présence avait ranimé le vieil amour des Napolitains pour la maison d’Anjou. Les familles les plus illustres armaient leurs vassaux, et se dévouaient à sa cause. Parmi cette foule de seigneurs , il distingua surtout les quatre frères Carraccioli , fils d’un des favoris de la reine Jeanne, et le vertueux Jean Cossa, compagnon des mauvais jours, fidèle au malheur, comme d’autres à la fortune.
L’armée réunie à Naples s’éleva bientôt à vingt mille hommes, sans compter les chevaliers d’Anjou, de Lorraine et de Provence. René, pour ménager l’orgueil national , n’avait confié aucun commandement à ces intrépides gentilshommes. Il leur suffisait de combattre au premier rang sous les yeux de leur seigneur, et d’être en toute circonstance les mieulx faisant et les plus braves.
Arnaud de Villeneuve, dit le grand capitaine, armé chevalier par Louis III sur le champ de bataille d’Aquila 4, Bertrand de Grasse et Raymond d’Agoult, lés sires de Lénoncourt , de Rémerville, d’Haraucourt et de Saint-Vallier, Eustache, Louis et Jean du Bellay, Louis de Beauvau, Thibault de Laval et le sire de Valori étaient à la tête de ces vaillants chercheurs d’aventures. Soucieux de gloire et prodigues de deniers , ils avaient vendu ou engagé leurs fiefs dans l’espoir de mesurer leurs lances avec les chevaliers aragonais et de rencontrer dans la mêlée le rival de leur roi.
Alphonse V, fils de Ferdinand le Juste, l’élu de la grande assemblée de Caspe , n’avait point hérité de l’esprit de modération de son généreux père. Richement doté des mains de Dieu de tous les avantages extérieurs et des qualités les plus brillantes, il avait mis ces précieux dons au service d’une ambition sans bornes. Cette violente passion et l’amour du plaisir remplirent tour à tour sa vie. Mais l’agitation qu’elles entraînèrent ne' fut point exempte de douleurs.
Ses prétentions à la couronne de Naples remontaient aux premières années de
1 Aïeul du marquis de Villeneuve Vence, du comte Albin de Villeneuve, député du Nord, et du marquis de Villeneuve Trans, membre de l’Institut, plus connu sous le nom du vicomte de Villeneuve Bargemont, auteur de la belle histoire du roi René que nous avons citée, d’une vie de saint Louis et d’un grand nombre d’autres ouvrages. Les familles les plus illustres de Provence, de Lorraine et d’Anjou reconnaîtront ici le nom de leurs ancêtres.