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son règne. Jeune encore, il s’était éloigné de l’Aragon, à la suite delà mort violente d’une de ses belles maîtresses, Marguerite de Hisar, étranglée dans son palais par ordrede la reine. Depuis cet acte de jalousie sanglante, une haine profonde séparait les deux époux. Alphonse quitta sans regret son royaume ; il retrouvait à la cour voluptueuse de Jeanne de nombreuses distractions et de faciles amours,
La reine n’avait point encore disposé de son héritage. Alphonse se présentait à elle dans tout l’éclat de la puissance et de la beauté. Il sut flatter habilement ses passions et ses caprices; l’intrigue et l’or gagnèrent ses favoris, et Jeanne, qui se dirigeait rarement d’ elle-même, adopta le brillant monarque, et le nomma son successeur. Elle avait cru choisir un protecteur et un fils; elle ne s’était donné qu’un maître absolu, plein d’orgueil et d’exigence.
Dès qu’ Alphonse se crut assuré de la couronne, ses hauteurs et ses mépris accablèrent cette malheureuse princesse. Il voulut lui enlever jusqu’à l’ombre du pouvoir. Mais la petite-fille de Charles Ier avait encore quelques gouttes de ce sang dans les veines. Elle se rappela qu’elle était issue de la maison de France , oublia les querelles des Duras, et révoqua l’acte d’adoption, en appelant à son aide le valeureux Louis 111. Une bulle du pape Martin V reconnut ce prince pour héritier du trône.
Chassé du royaume de Naples après la bataille d’Aquila, Alphonse se vengea à sa manière. Tous les moyens lui convenaient pour satisfaire sa haine. Il continua de soutenir l’anti-pape Benoît XIII ; et même après la mort de cet opiniâtre vieillard, il prolongea le schisme d’Occident, en ordonnant aux deux cardinaux, qui restaient seuls de cette obédience, d’élire dans un conclave sacrilège un fantôme de pontife.
La mort prématurée de Louis d’Anjou, suivie presque immédiatement de celle de la reine Jeanne, ranima les espérances du roi d’Aragon. Il résolut de tenter de nouveau la conquête de Naples, et ni les obstacles, ni les revers ne purent arrêter l’accomplissement de ses ambitieux projets.
Les historiens et les poètes espagnols et italiens ont à l’envi célébré ce prince; ils lui ont donné les surnoms de sage et de magnanime , et ont exalté sa prudence, sa valeur, la fécondité de ses ressources, sa générosité , son amour pour les lettres et sa rare éloquence. Passionné pour l’antiquité , Alphonse armait chevaliers les savants, qui faisaient revivre dans la langue vulgaire les chefs-d’œuvre des plus beaux génies de Rome et d’Athènes. U avait traduit lui-même en espagnol les