‹ Œuvres choisies du roi RenéChapitre 89 sur 155 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

dict greffier les cierges ardens de cire blanche des dicts Cheualiers et Escuyers du poids de trois liures, et celuy du sénateur de six liures, au haut duquel sera attaché un blason des armes de monsieur S. Maurice et dessoubz sera le blason des armes du sénateur et seront attachez a tous les autres cierges les blasons des armes de ceux qui les offriront, et ce faict le greffier baillera aux dicts Cheualiers et Escuyers les dicts cierges ardens qu’ils offriront auec une piece d’or de valeur.

Apres que les dicts Cheualiers et Escuyers auront tous offert, le chancelier de l’Ordre et vice chancelier offriront leurs cierges armoyez de leurs armes, et apres les trésorier greffier, roy d’armes et poursuyuant.

Apres le disner les Cheualiers et Escuyers entreront en condaue et tiendront conseil general pour aduiser les choses qui seront a faire au bien et honneur de l’Ordre, mesmement pour eslire le lieu plus conuenable pour tenir le chapitre general et faire la feste de Monsieur Sainct Maurice pour l’année aduenir.

Au dict conseil s’eslira le sénateur nouueau pour l’autre année par la voix et élection de la plus part des dicts Cheualiers et Escuyers, et le vieil prendra le serment du nouueau en commandant au greffier les lettres pour ce necessaires et luy baillant outre les chapitres statuts et autres escriptures et enseignemens qui toucheront le dict Ordre, apres vespres s’en iront accompaigner le sénateur nouveau a son hostel.

Le lendemain de la dicte feste S. Maurice, les dicts Cheualiers et Escuvers reuiendront vestus de robes noires fourrez d’aigneaux noirs et sur les testes porteront chaperons noirs pour mener a l’eglise le sénateur ou ils feront celebrer une haulte messe de requiem ponr les âmes des Cheualiers et Escuyers trespassez depuis la fondation de l’Ordre.

Quand il aduiendra que aucun des Cheualiers et Escuyers de l’Ordre trespassera incontinent qu’il sera faict scavoir par les lettres du sénateur aux autres de l’Ordre, chacun d’eux sera tenu de faire celebrer en l’eglise

trente messes de requiem le plustost qu’il pourra, et quoy que ce soit en dedans de l’an pour les âmes des dicts deffuncts.

Chacun des dicts Cheualiers et Escuyers de l'Ordre sera tenu de faire mettre soubz le blason et escu de ses armes le Croissant chamaillé tel qu’il le porte soubz le bras dextre par tous les lieux et places ou il fera peindre et entailler ses dictes armes tant en sa maison ou il fera sa demeure que partout ailleurs ou il voudra mettre ses dictes armes.

Et pour ce que l’ eglise cathedralle d’Angers est fondée de Monsieur Sainct Maurice glorieux chief et patron de l’Ordre est fait et fondé en la croisée a main droite deuers les cloistres de ladicte eglise un très bel autel et au dessus d’iceluy l’image du dict Sainct et en icelle sont mis et assis des tablaux de bois de hauteur de quatre pieds ou enuiron, sur lesquels sont les armes auec les tymbres et cry d’un chacun des Cheuabers et Escuyers de l’Ordre ainsy qu’ils sont plus anciens creez en iceluy, et est fondée en la dicte chapelle une messe basse cotidienne laquelle sera la première de la dicte eglise.

Quand viendra la vigile de la feste de Sainct Maurice chacun des Cheualiers se fera confesser bien et deuotement au matin auant les vespres du dict Sainct.

Et pour que les Cheualiers et Escuyers de l’Ordre sont demeurans les uns es pais d’Anjou de Barrois et de Lorraine, les autres en Prouence et autres contrées et régions distantes et loingtaines les unes des autres, et qu’il seroit impossible au sénateur chief de l’Ordre de scavoir et cognoistre les vices et vertus d’iceux Cheualiers et Escuyers sans en auoir information d’autres que de soy mesme, est ordonné a ce que les Cheuabers et Escuyers se estudient de uiure uertueusement et user leur vie en bonnes meurs, accroissement d’honneur et bonne renommée a l’exemple de tous autres nobles hommes, que quand viendra le jour du chapitre general par le dict sénateur sera commandé , et enjoinct au derrain estant en siégé a bas qu’il isse du dict chapitre et assemblée, et attende hors jusques a ce qu’on l’appelle , et quand il sera party le sénateur interogera et de-

mandera a part a chacun des autres Cheualiers et Escuyers la presens par le serment qu’ils ont a l’Ordre , et s’ils ont ouy , veu ne sceu de leur frere et compaignon ainsy issu hors choses qui sont contre l’honneur et estât de noblesse mesme contre les statuts et ordonnances de l’Ordre et dont elle peust estre blasmée que ils le dient et se il estoit trouué par le raport des dicts Cheualiers et Escuyers ou aucuns d’eux que le dict Cheualier ou Escuyer ait commis ou faict aucune chose digne de reprehension et qui luy fust a charge d’honneur, il luy sera remonstré par le sénateur seul ou en compaignée ou trois bien veillans et amis d’iceluy qui ainsy sera appelle au choix et élection de luy et du dict sénateur a la corection des vices et amelioration et amendement de vertus en l’exortant et admonestant charitablement comme de raison appartient , et que tenu y est par serment, qu’il se corrige de tels et semblables vices, amende sa vie, face par maniéré que telle chose doibue cesser en luy pour laduenir, luy enoignant outre telle correction et penitence qu’il aduisera estre de faire a sa discrétion et selon l’exigence du cas, et pareillement sera procédé au regard du prochain apres et conséquemment de tous les autres par ordre.

Et a lin que ce présent Ordre dure et soit entretenu bien et deuement a tousjours mais perpétuellement au plaisir de Dieu le tout puissant a l’exaltation de la vraye foy catholique , estant de nostre mere S. Eglise prospérité et feÜcité de la chose publique, le roy de Hierusalem et de Sicile, duc d’Anjou de Bar et de Lorraine, compte de Provence de Forcalquier et de Piémont, frere et inuenteur de ce dict Ordre, non uoulant soy dire ne appeler chef d’iceluy, ne attribuer a soy la gloire et louange mais icelle donner au benoist et glorieux archimartyr, Monseigneur S. Maurice, chef et patron du dict Ordre comme par plusieurs fois l’a dict et remonstré, en continuant tousjours en ce son propos de sa grâce douceur humanité et courtoisie a voulu estre conune le moindre du dict Ordre sans aucunement y auoir ne demander autre preminence et s’en dire et nommer seulement manutenteur ou entrepreneur soubz la protection du dict Sainct, et s’est obligé a iceluy Ordre entretenir et maintenir sa vie durant et a faire payer et continuer les gages des officiers du dict Ordre auec les frais et despens pour ce necessaires et pareillement de son commandement et

ordonnance s’y est obligé Monseigneur le duc de Calabre son fils unique et seul héritier auec tous leurs hoirs et successeurs, et outre a promis mon dict seigneur et duc de y faire obliger Monseigneur Nicolas son aisné fils luy venu a son aage, et tous autres ses fils ligitimes qu’il pouroit avoir chacun pour soy ou cas que la seigneurie et duché d’Anjou luy viendrait et ainsi subsequemment tous les autres seigneurs et ducs d’Anjou, de hoir en hoir comme toutes ces choses peuuent plus a plain apparoir par instrument public passé par deux nottaires apostolicques et impériaux. Donné le et troisième jour de septembre l’an mil quatre cent cinquante et un, et mesmement par les lettres patentes des dicts seigneurs, lesquelles sont au trésor avec les autres lettres et chartes touchant le dict Ordre.

s’ensuivent les ceremonies de l’ordre du croissant.

Premièrement la surueille de la feste de Monsieur S‘ Maurice tous les Cheualiers et Escuyers du dict Ordre se doihuent trouuer ensemble s’il est possible tous les ans ou prouuer pour eux et les officiers aussy sinon qu’ils ayent exoine légitimé au lieu ou sera le sénateur du dict Ordre, et se rendre en son logis pour aduiser les choses qui seront a faire pour ladicte feste tant a l’eglise que de hors et de ce doihuent tenir conseil , et apres ce au lieu et a l’heure que par le sénateur leur sera signifié la vigile de la dicte feste, les dicts seigneurs Cheualiers et Escuyers et les officiers y doihuent estre pour aller aux vespres en la manière qui sensuit.

Premièrement le poursuyuant ayant vestu une cotte d’armes Monsieur S1 Maurice le greffier et le trésorier ensemble, le dict trésorier a la dextre le maistre des requestes et le chancelier ensemble le Cheualier a la dextre.

Apres les Cheualiers et Escuyers iront deux a deux et s’ils sont non pair iront trois ensemble a ceux qui sont derrains entrez en iceluy Ordre iront les premiers, et le plus ancien entré au dict Ordre sera a la dextre, le sénateur sera le dernier le roy d’armes deuant luy vestu d’une cotte d’armes du dict Sainct, le chapelain et confesseur du dict Ordre doit estre apres le dict sénateur.

Les Cheualiers et Escuyers doibuent estre vestus des habillemens qui s’ensuiuent , c’est ascavoir leur robbe de damas cendré longue jusques en terre , fendue au costé dextre ceux des princes doibuent estre de velours cramoisi fourrez de lelices et ceux des Escuyers de satin cramoisi fourrez de menu vair et doibuent auoir sur leurs testes les dicts Cheualiers chapeaux de velours noir bordé d’un recte d’or, et sur le dict chapeau un soleil d’or, et les Escuyers doibuent avoir chapeaux doublez de satin noir, bordez d’une recte d’argent et dessus les chapeaux un soleil d’argent.

Doibuent aller deux a deux a l’eglise, et en allant doibuent approcher les uns des autres de la longueur de demye lame.

Estans a l’eglise la ou sont leurs sieges et carreaux, les uns a la dextre et les autres a la senestre hors de leurs sieges , se doibuent tenir sur pied jusqu’à ce que le sénateur ait fait son oraison deuant le grand autel, et quand il sera retourné et assis en sa chaire , les dicts seigneurs et freres du dict ordre doibuent, comme ils sont venus l’un apres l’autre entrer en leurs sieges, et quand le sénateur ira faire son oraison deuant le grand autier, le roy d’armes doibt aller deuant luy jusques a sa chaire, et le poursuyuant luy doit porter un carreau pour soy agenouiller quand il sera deuant le grand autier.

Apres se assiéront les officiers chacun a son ordre et le poursuyuant sera sur pieds a la senestre du dict sénateur, pour estre prêt a faire ce que le dict sénateur et le roy d’armes luy commanderont.

Apres que l’ensens aura esté présenté au prélat, doibt estre baillé au sénateur, et apres a un chacun des dicts sieurs et freres.

Apres les vespres dites les plus anciens creez du dict Ordre se doibuent les premiers issir de leurs sieges , pour faire voye aux autres et doibuent estre sur pied deuant leurs dicts sieges jusques a ce que le sénateur ait esté faire son oraison et retourné a sa chaire cela faict les freres et officiers s’en doibuent retourner en l’ordonnance deuant dicte et conduire le sénateur en son logis et doibuent souper ensemble, et ne doibuent oster

leurs manteaux jusques a ce qu’ils ayent prins l’eau et que le Bénédicité soit et apres le peuuent oster et apres le disner doibuent reprendre leurs manteaux pour venir a grâces.

Le sénateur est le premier assis et seruy a couvert et nul autre non, et apres le sénateur est assis le chapelain et confesseur du dict Ordre et les autres freres ensuyuant.

Le roy d’armes et le poursuyuant doibuent aller au deuant de la viande avec leurs cottes d’armes.

Le chancelier, monsr des requestes , trésorier et greffier doibuent estre a une table et le roy d’armes doibt estre seul à une petite table deuant le dict sénateur et doibt estre seruy par le poursuyuant, et doibuent auoir le dict roy d’armes et poursuyuant leurs cottes d’armes vestus durant le souper, et leur doit assigner le sénateur lieu et heure ou ils se rendront le lendemain feste de Saint Maurice pour aller ouyr la messe et doibuent aller en l’ordonnance deuant dicte comme aux vespres.

Et apres la messe doibuent disner ensemble , puis tenir le chapitre general et eslir un sénateur nouueau pour l’année aduenir, et le lendemain faire celebrer la messe pour les trespassez comme il a esté dict.

SERMENT DE l’ûRDRE DU CROISSANT.

Vous jurez à Dieu, par vostre part de Paradis, sur la rédemption de vostre ame, par le baptesme que vous apportastes de dessus les fonds, et sur votre honneur, que loyaument et justement a vostre loyal pouuoir et au plus près que vous pourrez , vous garderez et ferez le contenu es articles qui cy apres vous seront déclarez.

Et premièrement vous serez tenus d’ouir par chacun jour messe si vous n’estes au lieu ou il ne tienne a vous et que vous le puissiez faire, et au cas que vous y faudrez vous donnerez autant pour l’amour de Dieu , comme

on donneroit a un chapelain pour dire et celebrer messe, ou ne beuerez point de vin pour tout ce jour , et ainsy vous le promettez et jurez.

Si vous scavez vos heures de Nostre-Dame , vous jurez et promettez de les dire chacun jour, et si ainsy ne le faictes, vous jurez de non vous asseoir a tahle de tout le jour cnsuiuant du disner ne au souper, et en cas que vous ne scaurez vos dictes heures, vous serez tenu de dire chacune journée a genoilz quinze Pater noster et aue Maria deuant l’image de Nostre-Dame, et si vous estiez si agraué de maladie que vous ne puissiez dire vos dictes heures ou Pater noster et aue Maria , vous promettez de les faire dire par quelcun autre.

Vous promettez et jurez d’auoir et tenir en toute amour et dilection fraternelle les Cheualiers Escuyers, le chancelier et autres officiers , suppôts jurez et incorporez du dict Ordre comme vous voudriez faire vos propres freres germains.

Vous promettez et jurez de garder et deffendre leur honneur en absence d’eux comme le vostre propre et en leur presence leur en donnerez conseil, confort et ayde au plus loyaument que vous scaurez ne pourrez.

Leur honte , faute , vergogne ou deshonneur reserué en cinq cas et defaults cy apres exprimez et déclarez vous celerez et ayderez a celer au mieux que vous scaurez ne pourrez comme les vertus propres, toutes fois vous serez tenu de les en reprendre secrètement au plustost que faire ce pourra, sans que nul autre viuant le sache, fors que vous seulement.

Si par cas d’aduenture vous qui ainsy estes receu en l’Ordre faisiez quelque faute ou erreur et que aucun de vos freres vous en blamast ou reprensit celeement par charité, vous jurez et promettez de ne luy en scavoir nul mal talent , mais le prendrez a bonne part et vous en abstiendrez des lors en auant a vostre pouuoir.

Vous promettez et jurez de ne porter armes pour nulle quelconque querelle de homme qui vive excepté seulement pour vostre souuerain sei-

ipwiw èm rm

(Bibliothèque de l'Arsenal j

gneur, et aussy pour vostre maistre que vous aurés de présent ou pouriez auoir pour l’aduenir, si vous me cuidez en vostre conscience que la partie pour laquelle vous vous armerez ait meilleur droit et querelle que son aduersaire.

Vous jurez que jamais vous ne serez contre vostre souuerain seigneur en quelque façon que ce soit ne pour chose que vous puisse ou doiue aduenir ainçois serez tenu de le seruir tousjours loyaument et de tout vostre pouuoir.

Vous jurez de porter tous les dimanches de l’an et autres festes commandées en Ste Eglise le Croissant soubz le bras dextre tant en armes que dehors sur peine de donner une piece d’or pour chacun jour de feste que ne le porterez sinon que vous fussiez en lieu ou vous en voulissiez estre cogneu ou reduict en chambre pour occasion de maladie de vostre personne.

Outre je vous notifie et aduise que par les statuts du dict Ordre, vous ne pourez jamais laisser ne vous en départir, sinon que par deuotion vous fussiez meu a délaisser le monde et deuenir homme d’eglise ou de religion ou quel cas seulement vous le pouuez laisser.

Pareillement ne vous poura jamais estre leué ni osté ledict Ordre fors pour l’un des cinq cas dont deuant a esté faict réservation cy apres déclarez.

Le premier est que vous feussiez conuaincu et attainct de heresie et fussiez trouué non pas fermement croyant en la creance de nostre foy catholique.

Le second est que vous feussiez conuaincu et attainct véritablement de cas de trahison prouuée à l’encontre de vous suffisamment.

Le tiers est que par faute et lâcheté de courage et par recreantise et couardise de cœur vous fussiez honteusement fuitif de bataille arrangée au jour noimhé la ou serait la personne de vostre souuerain seigneur et ses bannières desployées.

Page 1