SCÈNE II
LES précédents; HERMANCE.
HERMANCE , à madame Dorbeval,
Ah , ma cousine ! que vous avez perdu en ne venant pas au salon! c'était charmant : des bonnets d'un genre tout nouveau ! j'ai surtout remarqué des robes du matin, des négligés magnifiques. Vous savez bien madame Despériers, celte dame qui est comtesse et qui danse si mal...
MADAME DORBEVAL, à madame de Biienne.
C'est une jeune parente , une pupille de mon mari. ( A iiermance. ) Ma chère Hermance , voici une intime amie, dont je vous ai souvent parlé, madame de Brienne.
HERMANCE, saluant et la regardant.
Ah, mon Dieu! c'est étonnant !
MADAME DORBEVAL.
Qu'as-tu donc?
HERMANCE
Je n'avais jamais vu madame , et pourtant je connais ses traits.
Vraiment oui , tout à l'heure, au salon , ce tableau du Templier, cette figure de la belle Juive que tout le monde admirait... C'est frappant de ressemblance !
MADAME DE BRIEXNE, souriant.
C'est difficile à croire , car j'arrive de Russie , et ou ne se ressemble pas de si loin.
MADAME DORBEVAL,
Et de qui donc est ce tableau ?
HEUMASCE.
D'Olivier, un jeune peintre.
MADAME DE BRIEN'NE
Olivier! notre ancien ami?
HERMAISCE.
Vous le connaissez ?
MADAME DE-nr.IENîNF.
Oui, et c'est avec grand plaisir que j'apprends ses succès, car c'est un digne et estimable jeune homme.
N'est-ce pas, madame! Et puis il joue très-bien la comédie, car nous l'avons jouée ensemble , et il est si gai , si aimable ! C'est un charmant artiste, du feu, de l'imagination! En l'entendant on croit lire un roman ; et moi j'aime beaucoup les romans.
MADAME DE BRlEÎSiNE , riant.
Vraiment !
HERMANCE
Pour la lecture, seulement, pour s'amuser ; car au fond qu'est ce que cela prouve ? Aussi vous sentez bien qu'un peintre, on ne peut pas y penser, on ne peut pas épouser cela; d'autant que mon tuteur a des vues sérieuses: car tout à l'heure, au salon, il m'a parlé d'un de ses amis, d'un agent de change : à la bonne heure au moins.
MADAME DORBEVAL.
Tu le connais.^
HERMANCE
Non, mais un agent de change, c'est tout dire; cela signifie une maison, un équipage, mille écus par mois pour sa toilette; il me tarde tant d'être mariée ! ne fût-ce que pour porter des diamants et pour aller aux bals masqués. Mais je suis là à causer, et ne pense pas à ma parure de ce soir; cependant nous avons du monde, et beaucoup, que mon cousin vient d'inviter.