SCENE XIII
GEORGES, JULIETTE, M. de BERLAC, mxd\me PRESTO. M. nE BERLAC , à Juliette, qu'il tient par la main.
Comment ! ma chère amie , vous en aimez un autre .'
MADAME PRESTO
Je demantle pardon à votre excellence, que celte petite fille a été étourdir de ses bavardages.
M. DE BERLAC.
Apprenez , madame Presto, que j'aime le bavardage des petites tilles. Ça me rappelle la mienne, parce qu'un ministre qui est père de famille... ça ne fait jamais de mal ; ça fait penser à être sensible , et on a si peu d'occasions ! Voyons , mon enfant , ne craignez rien.
Qu'est-ce que disait donc M. Frédéric.^ Celui-là est la raison même.
M. DE BERLAC, à Juliette, qui hésite.
Eh bien ! vous disiez donc'
JULIETTE
Qu'on veut me faire épouser M. Dufour, un de vos employés, que je n'aime pas.
M. DE BERLAC.
Comment , madame Presto , voire fille n'aime pas M. Dufour, et vous voulez qu'elle l'épouse.'
M\D\ME l'RESTO.
Mais , monseigneur...
SCENJi XllI. If 3
M. DE BERLAC.
Voilà comme ou fail de mauvais ménages ! voilà comme les accidents arrivent ! comme les plus honnêtes gens du monde finissent par être... (prenant une prise de tabac ) par être vexés ! Et exposer M. Dufour, un employé à moi , à être un mari de ce genre-là! Je ne le veux pas; je ne veux pas qu'il y en ait un seul dans mon administration.
GEORGES, à part.
Air : J'ai vu le Parnasse des dames.
Allons , il s'}' met , il commence.
M. DE BERLAC.
Je ne veux plus de tels maris Dans les bureaux d'une excellence.
MADAME PRESTO
Ce n'est pas leur faute.
M. DE BERLAÇ.
Tant pis.
Je les supprime, je les chasse, C'est à ces dames d'y penser.
Ça leur fera perdre leur place.
GEORGES, à paît.
Jadis ça les faisait placer.
M. DE BERLAC.
Et VOUS qui les défendez , madame Presto ; voilà votre époux que j'ai pris comme maître d'hôtel ; si je savais qu'il fut...
MADAME PRESTO
Du tout, monsieur.
M. DE BERLAC.
A la bonne heure ; dès que vous en répondez... Et , au fait, elle doit le savoir mieux que personne. { A Juliette. ) Approchez ici. Vous n'épouserez pas M. Dufour; nous trouverons quelque autre employé, quelque surnuméraire, à qui il faille une jolie place... Et en attendant , voilà mon présent de noce. ( Voulant lui donner un
anneau. )
JULIETTE , refusant.
Oh ! non , non , monseigneur.
M. DE BERLAC.
Allons donc , une misère comme celle-là , une bague de cinq ou six cents francs.
MADAME PRESTO , bis, à Juliette.
Apprenez, mademoiselle, qu'on ne refuse jamais un ministre.
164 LA iMÂNIli Di:S PLACrS.
JLMETTK.
J'aimerais mieux que monseigneur me donnât autre chose.
M. DE EEI:l.\(:.
Et quoi donc ?
JELIETTE.
Une place à Georges, que voici ; il devait la demander à voire excellence , et il parait qu'il n'a pas osé.
M. nE BCKLAC.
Une place ?
GEORGES , à part.
Elle aurait mieux fait de prendre la bague ; c'clHit plus sur.
M. DE liEliLAC.
Ah! il veut une place? (Il fait approcher Geurgos. ) Approchez. Quels sont vos tritres ?
GEORGES, passant auprès de M. de Rcrlac.
Je n'en ai pas , monseigneur.
M. DE BERLAC.
Voilà , au moins, de la franchise , et c'est rare. C'est bien, mon garçon, c'est très-bien. Et à quoi est-lu bon? que sais-tu faire?
GEORGES
Rien.
M. DE BERLVC.
Je te nomme. . . a la barrière de l'Étoile , inspecteur des travaux . . . Il n'y arien à faire.
JULIETTE
Quel bonheur !
GEORGES
Je vous remercie, monseigneur; mais je n'en veux pas.
M. DE BERLAC.
Qu'entends-je?
JLLIETTE.
Comment, monsieur Georges ! vous refusez ?
GEORGES
Oui , mademoiselle ; je n'ai pas d'ambition , je ne tiens pas aux honneurs, aux dignités ; je ne tiens qu'à vous.
JlLrETTE.
A la bonne heure ; mais ça n'empêche pas.
M. DE RERLAC.
Jeune homme , jeune homme , donnez-moi la main , l'autre. Ce n'est plus une place que je vous offre; c'est mon amitié , vous