SCÈNE IV
les distances , qui m'a permis d'apprécier son charmant car;!clère. Julie a dix-huit ans ; je n'ai jamais \ u de traits plus gracieux. Je pensais que l'iiahitude de vivre dans le grand monde la disposerait à m'écoulcr favorablement ;mais soit un reste de timidité bourgeoise, dont elle n'a pu se défaire entièrement, soit l'ascendant qu'exerce encore sur elle son frère , espèce de mauvais sujet, qui affecte des idées d'honneur, d'indépendance...
LE VICOMTE
Tout le monde s'en mêle.
LE MARQUIS
Julie n'a pas reçu l'aveu de mon amour avec celte reconnaissance que son éducation me faisait espérer. Elle a des principes , et puis ce frère, M. Raymond, qui ne la quitte pas d'un moment , trouve mauvais qu'on fasse la cour à sa sœur.
LE VICOMTE
Il ne te gênera plus.
LE MARQllS.
Comment ?
LE VICOMTE
Avant-hier soir, il a été racolé sur le quai de la Ferraille , cl demain on le fera partir pour Thionville, où le régiment de Bric est en garnison.
LE MAn(Jl!S.
Mais c'est charmant ; me voilà débarrassé d'un surveillant trèsincommode. Abandonnée à elle-même, une jeune fille ne résiste point aux séductions du rang , de l'opulence , et surtout au langage d'une passion véritable. Oh ! je l'aime ! Il y a un mois que la duchesse la envoyée auprès de ma sœur, à la campagne, et depuis qu'elle n'est plus à Paris, j'y pense à tout moment. Je serais, d'honneur! le plus malheureux des hommes s'il fallait renoncer à la possession de l'adorable Julie.
LE VICOMTE
Voici le chevalier.