SCÈNE X
Air du Fleuve de la vie.
De mes discours avec adresse Observant l'effet séducteur, A chaque mot , avec ivresse,
■( Montrant son bras. ) Je sentais là ballre son cœur.
Ce trouble . celte douce extase Voulaient, par un silence heureux, Dire : » Je vous aime... » et ses yeux
Ont achevé la phrase.
GOIRVILLE.
Comment! ses yeux ont daigné dire...
GUSTAVE
En propres termes ; mais elle a fait mieux , elle m'a accorde un rendez-vous.
GOIKVILI.K.
Un rendez-vous !
GUSTAVE
Oui. En quittant ces dames, j'ai dit que j'allais entrer au salon, pour y faire delà musique, et je suis sûr que dans un instant elle y va venir.
GOIRVILLE.
Pour cela, tu me permettras d'en douter. (A part, res^ardant daus le le jardin.) Dieu ! je l'aperçois.
GUSTAVE , avec joie.
Tenez, tenez , mon oncle, la voyez-vous? Ah ! que je suis heureux !
GOLRVILLE.
Un instant; elle se promène tranquillement sur cette terrasse.
GUSTAVE
Mais sans doute; elle ne peut pas venir ici tout de suite. Elle fera négligemment deux tours de promenade , et avant d'entrer dans son appartement, elle passera, ;jo)- mégarde, dans le salon, où elle me trouvera par hasard. Voilà toujours comment cela se pratique dans ce que nous appelons un rendez-vous tacite.
GOURVILLE, à part.
Je ne l'aurais jamais cru si savant, (tiaut. ) Mon ami, puisque tu es sur d'être aimé , voilà le moment de lui déclarer que tout ceci n'est qu'un jeu...
(.LS'lWE, lin peu ciubarrassé.
Oui, mon oncle, oui, sans doute ; c'est bien là mon intention; d'ailleurs, nous en sommes convenus.
OOIUVILLE.
C'est bien. Nous allons nous divertir, (s'assevaui.) Et je vais jouir de ton triomphe.
OISTWE.
Comment I vous comptez rester là ?
COIRVILLE.
Certainement. Sans cela la gageure est manquée, et notre vengeance est nulle. Songe donc que c'est devant moi qu'elle t'a délié I GiST.wr:.
C'est pour cela que devant vous elle n'osera s'expliquer, ni me l'aire un aveu. Votre présence va tout gâter.
COURVILLE
Eh bien ! à la bonne heure.
(Montrant le cabinet à gauche.)
Air : Qu'il est flatteur d'épouser celle.
D'ici je pourrai vous entendre , Nous allous rire à ses dépens.
GLSTAVE.
Oui; mais d'abord il faut attendre, Et feindre les grands sentiments.
( A son oncle, qui est déjà dans le cabiuet, et ([ui ticut la porte entr"ou\crte. ) So\ez patient , je vous prie; Vous sentez bien qu'il me faudra Jouer d'abord la comédie.
COURVILLE , à part, le regardant.
Je crois qu'il commence déjà.
La voici. (Il referme la porte. )