SCENE III
dirais que ce matin je l'ai surpris moi-même courant après ma sœur et l'embrassant.
CAROLINE, souriant.
Vraiment !... Ce ne sont plus là des roses du Japon. Et vous étiez là ! Vous conviendrez que c'est drôle... Non, non, c'est trèsmal , un jeune homme qui sort du collège , qui ne devrait penser qu'à son droit... Aussi, je vais ce matin le traiter sévèrement; cela m'amusera.
hii JORDV.
Oui , vous commencez par lui faire des sermons , et vous finissez par jouer avec lui.
CAROLINE
C'est qu'on ne peut pas toujours gronder.
DE JOKDY.
A la bonne heure... Mais les bontés dont vous l'accablez... Songez donc , qu'après tout ce n'était que le lils...
CAROLINE
D'un militaire qui est mort de ses blessures... C'était la dette du pajs, mon père s'est chargé de l'acquitter.
Air : Le cboix que fait tout le village.
J'avais cinq ou six ans à peine,
Quand mon pèreordonua, je croi, Que , jeune encor , je fusse la marraine D'un orphelin aussi jeune que moi ;
Voulant , par un ordre aussi sage, Déjà m'apprendra el me faire sentir Que le malheur , hélas ! est de tout âge , El qu'à tout âge on doit le secourir-
DE JORDV.
C'était certainement très-bien. Mais ces comptes que nous oublioDs.
CAROLINE
Comment ! ce n'est pas fini.^...
DE JORDV.
Nous n'avons pas encore commencé.
CAROLINE
Vous verrez que je serai obligée de vous donner tous mes biens pour ne plus en entendre parler.
DE JORDY
Si j'acceptais, madame, ce ne serait qu'à la condition de les partager avec vous.
CAROLINE , rianl.
Vraiment... C'est très-gai, et l'idée est originale. Savez-vous, monsieur de Jordy, que quand vous voulez vous êtes fort aimable ?
DE JORDV.
Ab , madame !...
CAROLINE
Se donner soi-même en payement à son bomme d'affaires ! c'est amusant... Savez-vous que vous auriez là de jolis honoraires. DE JORDY , vivement.
Ah ! madame, certainement...
SCÈISE IV.
LES PRÉCÉDENTS; CHAMPENOUX, sortant de la chambre à droite.
CH.VJPENOIX.
Faut être juste , j'ai déjeuné avec agrément.
DE JORDY
Dieu ! l'on vient... l'instant était si favorable... (A Cliampcuoax. ) Qui t'a permis d'entrer.^... qui l'amène.^
CHVMPENOIX.
Ce qui m'amène , on le saura ; mais ce n'est pas vous.
CAROLINE
Tiens, c'est Champeuoux ! Bonjour, mon garçon.
CHAMPENOIX.
Bonjour, ma marraine... bonjour, ma marraine.
DE JORDY , étonne.
Sa marraine !
CHAUPENOIX.
Oui, monsieur l'homme d'affaires; et puisque les qualités sont
connues... (passant devant lui, et allant auprès de madame de ÎN'éris) je
prends mou rang; n'est-ce pas, ma marraine.^ (Se retournant du côté de M. de Jordy. ) Car c'est elle qui est ma marraine : voilà ce que vous ne saviez pas.
DE JORDY
Comment , madame , c'est aussi im filleul !... Combien donc en avez-vous ?
CAROLINE
Beaucoup... Mais j'en ai peu , je crois , d'une aussi belle venue.
Ce pauvre Cbampenoux!... (lui donnant une tape sur la joue) il a
toujours l'air bêle.