‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 10 sur 102 · LES MAGES SUIVENT LA GRACE AVEC EMPRESSEMENT ET SANS DÉLAI · texte numérisé non relu

LES MAGES SUIVENT LA GRACE AVEC EMPRESSEMENT ET SANS DÉLAI

Prélude. — Assister en esprit aux scènes de deuil et de désolation qu'occasionne, au sein de leur famille, le départ des Mages pour des contrées inconnues ; admirer le courage avec lequel ils brisent les liens de famille ou d'amitié et surmontent tous les obstacles ; prier le Sauveur Jésus, père du courage surnaturel, qu'il veuille bien fortifier notre cœur contre ses défaillances natives, comme il fortifia jadis le cœur des Mages.

A peine ces princes de l'Orient ont-ils vu l'étoile et entendu la voix intérieure qu'ils s'empressent d'obéir : « Vidimus et venimus, nous avons vu et nous sommes venus». « Vidimus », c'est l'appel; « venimus», c'est la réponse instantanée. « Vidimas », c'est la grâce qui éclaire ; «venimus », c'est la correspondance à cette grâce. « Vidimus », c'est le Sauveur, c'est le bon Maître, c'est l'Hôte divin qui frappe; « venimus », c'est l'âme qui ouvre. Nul intervalle, nul délai entre découvrir la vérité et s'y rendre, connaître le devoir et le remplir ; ils passent en

un instant de la conviction au désir, du désir à la résolution, de la résolution à la pratique ; sans raisonner, sans interroger, sans hésiter, ils partent. Ils partent, parce qu'ils ont vu: « Vidimas et venimus » ; ils ne savent pas encore où ils vont, et ils sont déjà partis... Oh! qu'il y a de sagesse danscette promptitude, et de dangers dans les lenteurs et les calculs de l'indolence ! Si les Mages avaient retardé le départ seulement de quelques jours, auraient-ils trouvé l'adorable Enfant?... Ils eussent appris qu'il n'y était plus, et qu'on ignorait le lieu de sa retraite. Si Zachée le publicain n'eût mis de l'empressement à descendre de son arbre, suivant la recommandation qui lui en était faite : « Descendez en toute hâte», aurait-il eu le bonheur d'exercer l'hospitalité envers le Sauveur du monde et d'entendre cette heureuse parole: «Le salut est entré aujourd'hui dans cette demeure... » ?

Ah ! c'est que, quand Dieu parle, ô mon âme, une simple irrésolution est une infidélité, le moindre délai une perte, qui peut devenir irréparable. La grâce a ses heures et ses moments, et c'est ce que saint Augustin appelle le temps de l'étoile : «Tempus stellœ » ; différer de lui obéir, c'est s'exposer à ne lui obéir jamais. Qui peut nous garantir que l'occasion manquée reviendra?... Seriez-vous obligé d'attendre, ô mon Dieu, jusqu'à ce qu'il nous plaise de recevoir les dons de votre amour, et n'est-ce pas à nous de prendre votre temps? Celui qui ne cède à votre grâce que le plus tard possible montre assez qu'il

n'y cède qu'à contre-cœur ; son obéissance est une rieur fanée qui a perdu sa fraîcheur et son parfum : pourrait-elle vous être agréable?

Oh ! que j'ai lieu de bénir votre patience à mon égard

et de déplorer mes imprudents et criminels délais !

me pardonnerez-vous, ô bon Maître, d'avoir osé tant de fois vous dire, quand vous êtes venu « frapper à la porte » de mon cœur, livrée que j'étais aux choses qui passent, aux satisfactions de la nature: Attendez, attendez ; votre visite m'est importune en ce moment,

je suis trop occupée de moi Tu étais, en effet,

ô mon âme, alors absorbée soit dans un repos prolongé au delà d'une sage mesure, soit livrée aux

préoccupations du luxe et des ajustements mondains, soit plongée dans des conversations futiles,

pour ne pas dire coupables, soit repliée sur toimême et comme drapée dans des satisfactions d'amour-propre et de vanité,.... soit absorbée et

comme enivrée dans les consolations du cœur, et

tu osais dire à ton Dieu qu'il choisissait mal son heure,

qu'il eût à revenir dans d'autres instants Ah !

n'abuse plus à l'avenir de sa miséricorde et de sa condescendance ; crains de mériter, à force de délais, de tergiversations, que le divin Maître ne se retire un jour en pleurant sur toi, comme autrefois sur Jérusalem, la ville ingrate, qui n'avait pas « connu le temps de sa visite », et qu'il ne revienne plus.... Quel serait ton sort, privée de cette grâce vivifiante qui

éclaire, qui relève, qui rachète? (S'humilier de

tant de retards mis à correspondre à l'appel de Dieu et lui en demander pardon avec le regret le plus sincère.)

Résolution — Ne jamais différer sans cause légitime ses exercices de piété, qui sont comme autant d'appels de Dieu ; promettre à Notre-Seigneur de s'abandonner toujours à l'impulsion de sa volonté sans délai et sans murmure, et, en même temps, lui demander la grâce de réaliser cette promesse; réciter la prière de saint Ignace: « Sascipe, Domine »

EPIPHANIE

(6 Janvier) LES MAGES, MODELES DE FIDÉLITÉ A LA GRACE

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