LES MAGES SUIVENT L'IMPULSION DE LA GRACE
Prélude. — Se transporter en esprit au fond de l'Orient ; se représenter les Mages, qui, à la vue d'une étoile, se sentent intérieurement touchés et laissent tout pour se mettre en route ; parcourir avec eux par l'imagination les chemins montueux, difficiles, déserts qu'ils suivent jusqu'à Jérusalem î
adorer la douce puissance du Dieu inconnu qui attire ces étrangers à son berceau.
L'étoile qui brilla jadis au ciel de l'Orient pour avertir les Gentils qu'un Sauveur leur était né, l'étoile que les mages regardaient comme l'étoile du Roi des rois : « Stellam ejus », n'était pas seulement un astre matériel qui brillait entre tous au firmament « C'était dit Bossuet, l'inspiration dans les
cœurs » ; Jésus-Christ, la véritable étoile, se levait sur les âmes. « Elle était, dit saint Léon, la figure et le symbole de la grâce, qui venait illuminer et attirer les hommes à Dieu ».
Considère, ô mon âme, combien la virent en Orient, cette resplendissante étoile, combien même à son apparition se sentirent sous l'influence d'une lumière
nouvelle et d'un attrait mystérieux ; mais la distraction, l'insouciance, les préoccupations terrestres leur firent bien vite oublier les enseignements précieux que leur inspirait la grâce Il n'y eut que les
Mages (trois seulement parmi tant d'autres) qui
répondirent à l'appel divin. Dieu les appelle au berceau de son Fils, ils partent, ils obéissent, quels que soient les sacrifices qu'il leur demande. Sacrifice de leur repos : que de fatigue dans un si long voyage, au sein de contrées inconnues, dans la saison la plus rigoureuse ! (montagnes à gravir, déserts à traverser, fleuves à franchir, précipices à éviter rien
ne les arrête ) Sacrifice de leurs affections les plus
chères : pays, famille, amis, intérêts, plaisirs, ils
abandonnent tout , ils résistent aux caresses et aux
larmes Sacrifice de leur réputation: ils passent
pour sages, et leur conduite est taxée de folie ;
que leur importent la censure et le blâme, pourvu qu'ils plaisent à Dieu ? Rien ne saurait les empêcher de suivre l'appel de leur Maître.
Ne t'y trompe pas, ô mon âme, Dieu parle encore tous les jours aux âmes, il leur envoie, comme aux Mages, une étoile miraculeuse, et cette étoile, c'est la grâce. La grâce, elle a, suivant les temps et les desseins du divin Maître, ses manifestations diverses: c'est quelquefois, il est vrai, la foudre qui écrase, comme la grâce qui a renversé Saul sur le chemin de
Damas, comme celle qui t'a renversée toi-même
à un jour à jamais béni de ta vie ; mais le plus souvent c'est l'étoile, qui brille d'une lumière douce et sereine, c'est ce souffle léger, cette délicieuse parole,
qui ne s'entend bien que dans le recueillement et le silence : Dieu nous touche, nous éveille doucement, « il frappe à la porte » de notre cœur, suivant la belle expression dont il se sert dans saint Jean
Que de fois tu l'as vue, cette étoile, ô mon âme, que de fois tu l'as entendue, cette parole du Maître, tantôt dans ce tendre reproche qu'il t'adressait intérieurement... tantôt dans cette bonne pensée, dans cette pieuse inspiration suggérée à ton cœur... tantôt dans ces exemples d'édification et de vertu qui passaient sous tes yeux.... tantôt dans ces exhortations pressantes et cordiales, dans ces paroles de feu que jetait en ton cœur le guide dévoué de ta conscience, celui qui, comme Dieu et avec Dieu, voulait ton vrai bonheur!...
Oh! pourrais-tu dire, comme les Mages: «J'ai vu l'étoile et je suis venue » ?... Hélas! combien de temps, sous le prestige de mille fascinations,... emportée par le torrent, as-tu été sourde à la parole,... as-tu détourné tes regards pour ne pas voir l'étoile ? ... Pendant combien de temp s celui que saint Augustin appelle «le Père du réveil», voulant t'éveiller à la vie véritable, en te tirant de ta déplorable léthar gie, est-il venu te dire, comme au paralytique : «Lève-toi et marche »,.. et tu n'as pas marché!... Ah! il t'aurait fallu faire le sacrifice ou d'une inclination trop favorisée ou d'une affection qui t'avait blessée trop au vif, et tu n'as pas eu ce courage. . . Depuis le jour où, par la plus miséricordieuse et la plus puissante des grâces, ne pouvant plus « regimber contre l'aiguillon », tu t'es enfin rendue, peux-tu te flatter d'avoir toujours suivi l'étoile, répondu à l'appel de ton Dieu?... Aujourd'hui même est-il vrai
que Dieu ne parle pas en vain ?... est-il vrai que tu suis avec fidélité la divine impulsion de la grâce ?... (S'examiner sérieusement, voir ce que le Bon Dieu demande, ce que Notre-Seigneur exige, et se consulter, sans ménagement, pour voir si on n'est pas trop souvent coupable d'ingratitude et de résistance. ... ; s'humilier... ; demander pardon...)
Résolution. — Faire, dans le courant du jour, un des sacrifices qui coûtent au cœur, en expiation de tant de résistances à la grâce ; réciter le Miserere à genoux et le Souvenez-vous le soir avant de se coucher.
EPIPHANIE
( 6 janvier ) LES MAGES, MODÈLES DE FIDÉLITÉ A LA GRACE