‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 11 sur 102 · LES MAGES SUIVENT L'ÉTOILE AVEC CONSTANCE ET SANS DÉCOURAGEMENT · texte numérisé non relu

LES MAGES SUIVENT L'ÉTOILE AVEC CONSTANCE ET SANS DÉCOURAGEMENT

Prélude. — Adorer Notre-Seigneur sous le beau titre que lui donne le disciple bien-aimé: « Étoile étincelante3 étoile du matin ». L'astre qui conduit les Mages, n'est qu'un symbole de cette étoile immortelle : il est l'étoile du matin, car sa naissance annonce : i° la fin des ténèbres de l'erreur et du péché; 2° la lumière de l'Évangile, qui bientôt va illuminer le monde; 3° enfin le jour sans nuage de l'éternité. Demander à ce bon Maître le don d'une foi excellente: la foi, c'est la lumière, il en est la source. Cette foi nous donnera la sagesse et le courage pour imiter les Mages: « Jesu, lux vera, miserere nobis ; Jésus, vraie lumière ayez pitié de nous »; Domine adauge nobis fidem, Seigneur, augmentez en nous la foi ».

Tu as vu jusqu'à présent, ô mon âme, les Mages obéir, avec empressement et sans délai, à l'appel de Dieu; applique-toi maintenant à apprécier leur constance généreuse, leur persévérante énergie Ils

avaient fait une grande partie du chemin, ils étaient dans la Judée, ils touchaient aux portes de Jérusalem;

à peine sont-ils entrés dans cette ville que tout à coup l'étoile, qui jusqu'alors les avait dirigés dans leur route, l'étoile leur seule ressource, leur seul guide, vient à disparaître. Les voilà donc sans guide dans

une terre étrangère Que n'ont-ils pas à craindre ?

Pensent-ils au retour? Ils ne cessent d'espérer.

La Providence, ils le savent, a d'autres moyens de

leur venir en aide

Tout était cependant de nature aies abattre: et le peuple, qu'ils s'attendaient à trouver en fête et qu'ils voient indifférent, ne montrant aucun souci du Roi Sauveur qui lui est né; et les docteurs et les prêtres, qui, tout en connaissant le lieu de sa naissance, ne se préoccupent en rien d'aller lui rendre hommage ; et Hérode, qui se contente avec hypocrisie de les renvoyer à la recherche de ce roi nouveau-né. Eh bien! tout cela les étonne et les afflige, mais rien n'affaiblit leur courage : ils espèrent contre toute espérance :

« Contra spem in spem » Dieu ne tarde pas à les

récompenser de cette constance : au sortir de Jérusalem, ils voient reparaître l'étoile avec une grande joie ; marchant devant eux et leur montrant la route, elle les conduit à Pétable où repose le Sauveur. Admirable conduite du bon Maître, qui jamais ne blesse que pour guérir et n'afflige que pour consoler!

Pour toi comme pour les Mages, l'étoile disparaît quelquefois, ô mon âme : les bonnes inspirations, les célestes attraits, les impulsions divines semblent cesser et s'éteindre par intervalles pour exercer ta foi et éprouver ta fidélité Telle est la conduite ordinaire du bon Maître par rapport aux âmes. Il les

gagne à lui au début (il t'a gagnée toi-même) par des miracles, par de grandes joies, par des grâces sensibles, par des consolations abondantes : les premiers temps de la vie spirituelle sont ceux de la vie mercenaire, où Dieu donne tout, où l'âme rend peu

Quand une âme est née à la grâce, Dieu se charge de la porter, comme une mère son enfant nouveau-né, il fait lui-même pour elle ses mouvements, il l'enchaîne par ses attraits, il la remplit d'une joie (Se rappeler que telle a été la miséricordieuse bonté du Sauveur à notre égard dans les premiers jours de notre retour à lui,. ... l'en remercier avec la plus cordiale

et la plus vive effusion ). Cet état de consolations

et de délices ne doit pas durer toujours : à la vie mercenaire doit succéder la vie sacrifiée, crucifiée. Un jour arrive où l'âme, plus généreuse, plus avancée, doit rendre à Dieu davantage. Ce jour, il est arrivé pour toi, ô mon âme, ce jour où Dieu veut enfin connaître si tu es vraiment à lui, pour lui. Voici qu'il te dérobe la vue de son étoile, il t'envoie l'épreuve- Il veut voir, ce bon Maître, qui a tout fait jusqu'alors, si tu sais agir par toi-même, si tu sais enfin marcher seule et sans qu'il soit contraint de te porter. Il te laisse seule, il s'éloigne et il veut que tu ailles le rejoindre ; mais, à travers le sacrifice, l'immolation, le crucifiement — la nature s'affaisse, le cœur murmure, la chair et le sang se mutinent et se révoltent Il faut s'élever au-dessus de ces affaissements,

il faut étouffer ces murmures, il faut apaiser ces

révoltes Le sacrifice est bien sanglant, Seigneur,

je le sens, mais, puisque c'est vous qui me le demandez, puisque vous avez bien voulu vous-même me donner l'exemple en vous faisant victime pour moi,

-eh bien ! me voici entre vos mains, je m'immole, je me sacrifie, et, avec moi, ce que j'ai de plus cher au monde, ce que vous m'avez peut-être laissé, pour que

je puisse vous le donner moi-même librement

généreusement avec joie Que votre volonté

soit faite, Seigneur, Fiat ! Fiat!

Résolution. — Aller à la sainte Messe comme autrefois les Mages à la crèche, et renouveler ces sentiments d'immolation et de sacrifice dans le cœur de la victime Eucharistique, principalement au

moment de la sainte Communion ; et dire et

redire souvent : Je vous donne tout, Seigneur Jésus, vous de qui j'ai tout reçu.

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