SAINT NOM DE JÉSUS
(IIe Dimanche après l'Epiphanie)
Prélude. — Adorer Notre-Seigneur, ne conquérant, suivant le terme de saint Paul, le beau nom de Jésus que par ses humiliations, ses souffrances, sa mort : « Le Christ s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la Croix ; c'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin que, au nom de Jésus,, tout genou fléchisse au Ciel, sur la terre, et dans les enfers ». S'incliner profondément en union avec son bon Ange et aussi avec tous les anges du Ciel, en prononçant avec respect et amour cet adorable nom : Jésus, Jésus.
Il y a des noms, tu le sais, ô mon âme, qu'on prononce avec bonheur, qui frappent doucement l'oreille et qui résonnent délicieusement au cœur. Pour un fils le nom d'un père, pour un ami le nom d'un ami, pour une fille le nom d'une mère, pour un malade le nom d'un médecin, pour un prisonnier le nom d'un libérateur, pour un naufragé ou un condamné le nom d'un sauveur Eh bien ! le nom de Jésus dit toutes ces choses, renferme tous ces titres, rappelle tous ces services Il suffit d'avoir parcouru le saint
Évangile, ou plutôt de consulter son passé spirituel, pour se convaincre que pour soi Jésus a
été tout à la fois père ami etc Donc
c'est toujours avec amour qu'il faut prononcer cet adorable nom, avec reconnaissance et respect qu'il faut l'entendre, avec joie qu'il faut le
conserver au cœur C'est de ce nom, le premier
de tous les noms, que saint Bernard a dit qu'il est « un rayon de miel à la bouche, une mélodie à l'oreille,
une satisfaction intime à l'âme » « Ce nom sacré,
dit encore le doux et pieux moine de Clairvaux, il est
pour l'âme un flambeau dans ses ténèbres une
nourriture et une force dans ses faiblesses une
consolation et un remède dans ses peines ». N'y a-t-il pas, en effet, des moments dans la vie où il se fait
une nuit bien sombre dans notre intérieur? des
ténèbres épaisses se répandent sur l'âme Ne
sachant si elle est « digne d'amour ou de haine », suivant l'expression du saint Evangile, ne sachant si elle est dans l'amitié de son Dieu ou si elle a perdu sa grâce, elle s'agite, elle s'inquiète, elle s'affaisse
sur elle-même Semblable au voyageur égaré
dans une forêt par une nuit bien noire, elle est tentée de se laisser tomber de découragement et d'attendre
la mort Mais, que le nom de Jésus vienne sur
ses lèvres, qu'il passe surtout en son cœur, et alors une lumière vive et inattendue se lève sur elle ; c'est le soleil divin de la grâce qui l'illumine, qui lui dévoile sa route, et elle se met en marche : « Nomen
Jesu lucevna » Si l'âme humaine, par suite de
la faute originelle, connaît lesténèbresintérieures
hélas ! elle connaît mieux encore les faiblesses, les défaillances La fragilité, voilà sa condition native.
On dirait un malade miné par la fièvre, qui n. peut
faire un pas sans chanceler ou tomber; que le
démon lui livre ses assauts, que le monde cherche à la séduire, qu'elle sente le feu intérieur de la concupiscence, seule elle ne peut résister : il lui faut une nourriture substantielle pour lui donner des forces, il lui faut un appui dans ses défaillances, une sauvegarde contre les périls : elle trouve tout dans le nom de Jésus Que d'âmes ne doivent leur persévérance dans le bien, leur préservation du péril, leurs victoires dans les tentations qu'à l'invocation du saint
nom de Jésus : « Nomen Jesu cibus » H y a encore
dans le nom de Jésus un appareil pour toutes les plaies, un remède pour toutes les souffrances, un allégement pour les croix, un baume pour toutes les
blessures: « Nomen Jesn medicina « L'un de
vous est-il triste, dit saint Bernard, qu'il invoque le le nom béni de Jésus, et il se sentira sans retard consolé ». N'est-ce pas ce qui arrive chaque jour
aux âmes pleines de foi ? Quelque pesant que soit le fardeau qui les accable, si écrasante soit la croix qui leur est envoyée d'en-haut, si poignante soit l'angoisse qui les torture, sitôt qu'elles ont prononcé le nom de Jésus, appelant avec confiance le bon Maître à
leur aide, aussitôt un bon secours leur est accordé
l'angoisse est adoucie, le fardeau est partagé, la croix
est portée à deux Jésus a été appelé, Jésus est
là: « Nomen Jesn medicina » .. .
Telle est la grandeur, tels sont les charmes du doux nom de Jésus; ô mon âme, tels sont les fruits de salut
qu'il apporte. Est-ce ainsi que tu l'as toujours compris et apprécié ? Que de fois, hélas ne l'as-tu pas prononcé avec tiédeur? entendu avec indifférence?
Loin de le conserver toujours écrit au cœur, combien de temps n'as-tu pas laissé s'écouler sans y penser,
sans le répéter intérieurement ? Combien de
fois ne t'es-tu pas affaissée au sein des ténèbres intérieures, sans recourir à ce flambeau divin qui était près de toi, méritant le reproche de l'Esprit-Saint,
« aimant mieux la nuit que la lumière » ? Si tu as
été victime de ta déplorable fragilité, n'était-ce pas faute de recourir à ces trésors de force latente que
recèle le nom du Sauveur? Livrée à toi-même,
tu tombais sans cesse, et les fautes s'ajoutaient aux
fautes, et les chutes s'enchaînaient aux chutes
Et, dans tes peines, dans tes accablements, pourquoi as-tu souvent eu tant de difficulté à te relever, sinon parce que tu as voulu chercher le remède ailleurs que là où il était ? Quelquefois une consolation humaine a réussi à t'alléger la pesanteur de la croix; mais combien éphémère, combien peu durable a été cet adoucissement ! L'Apôtre l'a dit, sous l'inspiration de l'Esprit divin : « Il n'y a point d'autre nom sous le
Ciel qui puisse apporter le salut » (S'humilier
profondément d'avoir eu jusqu'à présent un culte si froid pour le nom sacré de Jésus; demander pardon au divin Maître d'avoir prononcé si souvent son saint nom avec indifférence ou sans respect; le prier de vouloir bien écrire lui-même en ce jour son auguste nom dans notre cœur, sur notre front, sur nos lèvres, dans nos mains )
Résolution. — Dans les doutes, les tentations et
les peines, invoquer le saint nom de Jésus avec la plus tendre confiance, en répétant cette belle oraison jaculatoire de saint François-Xavier: « O Jesu, esto mihijesu. O Jésus, soyez-moi Jésus... » ; réciter aujourd'hui, avant de se mettre au lit, une invocation au saint nom de Jésus
PRÉSENTATION DE NOTRE-SEIGNEUR AU TEMPLE
(2 février)