JÉSUS DANS CE MYSTÈRE, MODÈLE D'ESPRIT DE SACRIFICE
Prélude. — Se représenter le temple de Jérusalem ; contempler l'Enfant-Dieu ou, comme le dit ■saint Bonaventure, « le Dieu du temple présenté par Marie au temple de Dieu » ; adorer le Maître souverain auquel est offert une si noble victime. O mon Dieu, faites qu'éclairée par votre propre lumière, guidée par votre inspiration, je puisse pénétrer dans le fond du mystère qui s'accomplit ; prenez vous-même mon cœur, et qu'au contact du cœur de cet Enfant divin, qui se fait votre victime, je sente ma froideur se réchauffer et mes défaillances se ranimer.
Sacrifice de Notre-Seigneur. — Si l'Enfant-Jésus se présente au Temple et s'offre à son Père, ce n'est pas, comme les autres enfants, une simple cérémonie. Il sait que s'offrir à Dieu, c'est se faire victime, c'est se mettre entre les mains de la justice, c'est dévouer son corps à la souffrance, son âme aux angoisses, c'est se dévouer à la mort la plus cruelle, la plus ignominieuse. Oui, il sait tout cela ; par sa divine près-
cience, il se voit honni, méprisé, persécuté, crucifié par le peuple qu'il aime si tendrement; tout le détail de sa Passion est présent à sa pensée ... ; il se soumet à tout, il accepte tout. Le « Fiat » qu'il dira un jour à Gethsémani, il le prononce dès aujourd'hui au pied de l'autel. Du Teaiple son cœur vole au Calvaire, son âme court au devant de son immolation, et il s'écrie : Ce calice que vous me destinez est bien amer; présentez-le, mon Père, votre fils obéira: « ma nourriture est de faire votre volonté »...
Parallèle entre le dévoûment du Seigneur et ma lâcheté. Rien n'a pu arrêter mon Dieu, quand il s'est agi de me sauver; tout m'arrête quand il est question de le servir... Il n'a nul besoin de moi, et il me donne tout. ...Je ne puis me passer de lui, sans son secours je ne puis que défaillir, sans sa perpétuelle assistance je succombe et je ne veux rien lui accorder... Que de fois, ô mon Dieu, vous m'avez demandé le sacrifice de mes vanités, de mes goûts, de mon amour pour les choses que le monde prise et recherche... (richesses, plaisirs, honneurs); et je n'ai pas eu le courage de répondre à votre appel... (Jeter un regard sur les circonstances où on s'est laissé entraîner à sacrifier au monde, s'en humilier...) Ah ! c'en est fait, je comprends enfin que, pour marcher à votre suite, je dois me renoncer. Je veuxdonc désormais m'oublier, me sacrifier, n'avoir plus d'autre volonté que la vôtre. Le moi, mon honneur, mes fantaisies, mes inclinations, mes instincts... voilà ce que vous voulez que j'ensevelisse dans le tombeau de l'abné-
gation. C'en est fait, Seigneur, « mon cœur est prêt, mon cœur est prêt » !
Résolution. — S'offrir à Notre-Seigneur comme une victime dans la sainte Communion ; renouveler souvent cette offrande dans le courant du jour, principalement à la visite au Saint-Sacrement ; s'engager à surmonter, au moins une fois pendant la journée, une répugnance profonde de la nature.
PRÉSENTATION DE NOTRE-SEIGNEUR AU TEMPLE
(2 Février) CARACTÈRE DE L'IMMOLATION DU SAUVEUR
JÉSUS SE SACRIFIANT DÈS SON ENFANCE NOUS APPREND A NOUS IMMOLER DE BONNE HEURE
Prélude. — Adorer de nouveau l'Enfant-Jésus présenté par les mains de sa Mère au pied de l'autel, le remercier des lumières qu'il a bien voulu me donner la veille, lui en demander de nouvelles pour bien apprécier les caractères de son immolation.
Considérer l'empressement avec lequel le Sauveur
se fait victime Il n'attend pas l'heure de la justice
de son Père, il la prévient. Déjà, dès son entrée dans la vie, dès le sein de sa Mère, dit l'Apôtre, il avait fait à son Père l'offrande de lui-même, il s'était mis à la place de toutes les victimes : « Vous n'avez pas voulu des holocaustes anciens, eh bien ! me voici... » (Ad Hebr. ,V , 6 et 7). Or cette offrande il la renouvelle dans sa Présentation. « Enfant de quarante jours, il se dévoue, il se livre à son Père, dit Bossuet, comme une chose qui est à lui sans réserve » .... 11 s'immole, il se sacrifie. La victime du Temple est, en volonté et en désir, la victime du Calvaire : « Il s'est offert parce qu'il l'a voulu », dit le Prophète. Son sacrifice
sur la Croix doit être pleinement volontaire, son offrande dans le Temple l'est aussi. 11 y est porté dans les bras de ses parents, mais c'est sa volonté qui les conduit: c'est cette volonté qui dirige leur démarche ainsi que tous leurs actes, c'est à elle qu'ils obéissent plus encore qu'à la loi judaïque
Moi aussi, à mon entrée dans la vie, j'ai été présentée au Seigneur. Par mon baptêmej'ai été consacrée, dévouée à Dieu : je suis devenue son enfant, sa propriété, son patrimoine. Cette offrande faite alors sans l'aveu de ma volonté, je l'ai renouvelée librement au jour de ma première Communion, et je l'ai scellée par de solennels serments. Or cette oblation, cette consécration, cette immolation, faite au berceau de ma carrière, a-t-elle été réelle ?... respectée ?... a-t-elle reçu sa vraie sanction dans ma conduite ?... (Retour sur les années de l'enfance et de
l'adolescence Regrets vifs et profonds au souvenir
de ces jours qui ne révèlent qu'inconstances, dissipations, inutilités... recherche de moi-même...)
Ce regard jeté sur mes anciennes voies me remplit d'amertume, ô mon Dieu, je voudrais pouvoir recommencer ma vie et la reprendre, pour ainsi dire, en sous-œuvre, afin de corriger, dans une deuxième
épreuve, les manquements du premier essai Mais,
hélas ! elles sont perdues sans retour ces années que j'aurais pu faire fructifier et que ma négligence a rendues stériles. Toutefois ce temps perdu, que je ne puis faire revivre, votre Apôtre m'apprend que je puis le « racheter ». Le racheter par cette vivacité de regrets qui navraient l'âme d'Augustin revenu de
66 xMONSEIGNEUR BILLARD
ses égarements, et tiraient de son cœur oppressé ces déchirants soupirs qui ont encore leur écho au fond des âmes que touche la grâce : « Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, je vous ai connue trop tard ; trop tard je vous ai aimée ». Ce temps, je puis le racheter par une ferveur, une perfection d'amour qui multiplie les expiations dans la mesure de mes offenses, et qui peut purifier en un moment, dans les ardeurs de sa flamme, toute une vie d'infidélités.
Résolution. — Répéter souvent dans la journée les belles paroles de saint Augustin;... faire quelques actes d'amour parfait ;... nouvel acte de mortification.
PRESENTATION DE NOTRE-SEIGNEUR AU TEMPLE
(2 février)