‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 14 sur 102 · JÉSUS EN S'IMMOLANT SANS RÉSERVE NOUS APPREND A NOUS SACRIFIER EN TOUT · texte numérisé non relu

JÉSUS EN S'IMMOLANT SANS RÉSERVE NOUS APPREND A NOUS SACRIFIER EN TOUT

Prélude. — O Sauveur Jésus, qui, par amour pour nous, avez bien voulu vous présenter dès votre enfance aux yeux de votre Père pour lui demander la Croix et vous constituer sa victime, voici votre enfant qui se prosterne à vos pieds pour vous offrir ses adorations et les épanchements de sa reconnaissance. Daignez m'envo3Ter votre Esprit-Saint: aujourd'hui plus que jamais je sens le besoin d'être éclairée de ses lumières et embrasée de ses ardeurs ; puissé-je comprendre dans toute sa réalité et mesurer dans toute son étendue la générosité de votre immolation !

La générosité dans le sacrifice, c'est l'aliénation totale de son être, c'est le don entier de soi-même, c'est le dévoûment parfait, c'est un effort sublime par lequel on se donne, on se livre sans restriction, on s'immole sans réserve. La générosité dans le sacrifice, les saints n'ont pas essayé delà définir : ils con-

seillent à ceux qui veulent la comprendre de jeter les yeux sur le Sauveur Jésus, inaugurant au Temple et accomplissant tout entière par la disposition de son cœur l'immolation qu'il doit consommer trentetrois ans plus tard au Calvaire.

Contemple donc de nouveau, ô mon âme, cette tendre victime de quarante jours : non seulement elle

s'offre, mais elle se dévoue et s'immole Jésus

sacrifie à la justice de son Père tout son être. Il lui immole, dans un holocauste parfait, son âme et toutes ses puissances, son cœur et tous ses mouvements, son corps et tous ses membres. Son âme, il la livre par avance à la tristesse mortelle de Gethsémani. Son cœur, il le dévoue aux peines si poignantes du délaissement et de l'abandon où le laisseront ses disciples et ses amis. Ses pieds et ses mains, il les offre pour qu'on les attache au gibet d'infamie. Sa tête, il la présente pour qu'elle soit couronnée d'épines, ainsi que tout

son sang pour qu'il soit répandu 11 croirait faire

un larcin sacrilège, s'il retranchait la moindre part de la victime

En se sacrifiant pour tous les hommes, — et par conséquent pour moi, — le Sauveur me donne la plus grande preuve d'amour. (L'amour, en effet, n'a toute sa grandeur et n'atteint à sa véritable force que dans le don entier de soi-même : pas d'amour vraiment digne de ce nom dans une âme incapable de sacrifice. Vaines et illusoires sont les protestations de l'amitié, si l'heure du sacrifice la trouve insensible; notre expérience l'atteste. Que de déceptions !... Nous avons cru rencontrer un ami , et bientôt

nous nous sommes aperçus que nous ne touchions qu'une main froide ; nous avons compris que l'âme qui devait faire écho à la nôtre ne recelait qu'un cœur vide : elle reculait devant le sacrifice, le dévouement).

Voici donc pour moi, ô mon Dieu, un moyen infaillible de reconnaître si les protestations d'amour que je vous fais chaque jour et à chaque heure sont sincères ! Je n'ai qu'à xaminer si mon âme fait vraiment écho à la vôtre, si elle répond à votre appel, si elle est disposée à occuper sa vraie place sur la montagne du sacrifice .. Cette place, c'est celle de Madeleine au Calvaire. Elle suivit le Sauveur jusqu'au lieu des souffrances, elle se tint debout au pied de la Croix, elle mêla ses larmes et sa douleur au sang de l'Homme-

Dieu, elle s'immola, elle se crucifia avec lui Telle

a été la source de la générosité de son sacrifice, telle doit être la mienne . . . Moi aussi, Jésus, à l'exemple de Madeleine, je veux vous « aimer beaucoup » : c'est vous dire que je veux me sacrifier, et me sacrifier à vous sans partage. Jusqu'à présent ce n'est qu'avec calcul, avec une timide réserve, avec une étroite circonspection que je me suis donnée à vous; à partir d'aujourd'hui ce n'est plus une partie de moi-même, c'est tout mon être, ce sont mes pensées, mes paroles, mes sentiments, mes actes, mes souffrances physiques et morales, tout moi-même encore une fois que, par esprit de sacrifice, je veux retirer du domaine de la nature pour faire passer sous celui de la grâce. Désormais donc plus de pensées coupables , mais même plus de pensées vaines et étrangères, telles que celles qui ont si inutilement consumé une partie de ma vie; plus de paroles de médisance, de

censure etc ; même plus de paroles de vaine

gloire, d'ostentation etc. Mes actions, jusqu'alors

si terrestres, si humaines, elles seront toutes pour vous Mon cœur avec tous ses battements et toutes ses affections, mon âme avec toutes ses facultés, mon corps avec tous ses membres, je vous sacrifie tout. Oh ! acceptez, Seigneur, l'holocauste ; je vous l'offre bien tard, il est bien indigne de vous, mais vous avez promis de ne pas rejeter un cœur qui aime beaucoup. Tel est le mien en ce moment, tel il sera, je l'espère, jusqu'à mon dernier soupir

Viennent donc les souffrances avec leurs rudes étreintes ; souffrances du corps (maladies, infirmités ....), souffrances plus poignantes encore de l'âme (revers de fortune, pauvreté, humiliations, mépris, délaissement absolu.... ), j'accepte tout, je veux tout supporter pour vous Les souffrances ! Ah ! qu'ai-je dit ? Je les sens, comme un fleuve abondant, monter sans cesse, grossir, déborder dans mon âme; ma croix semble s'alourdir chaque jour sur mes faibles épaules Je n'ai pas besoin d'aller au devant

des sacrifices, ils sont sous ma main ; c'est vousmême, Seigneur, qui avez voulu faciliter ma tâche, c'est vous-même qui m'aidez à devenir victime, vous ne demandez que l'acquiescement généreux de ma volonté Fiat fiât !

Résolution. — Accepter toutes les dispositions de Dieu sur moi, toutes les peines qu'il lui plaît de m'envoyer, et les unir par amour parfait à celles de Jésus- Christ ; faire, par un acte de détachement, le sacrifice généreux de tous mes biens.

PRÉSENTATION DE NOTRE-SEIGNEUR

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