‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 18 sur 102 · IL NOUS APPREND A IMMOLER L'AMOUR DE LA VIE · texte numérisé non relu

IL NOUS APPREND A IMMOLER L'AMOUR DE LA VIE

Prélude. — Contempler le saint vieillard conduit par l'Esprit-Saint au temple de Jérusalem, au moment où Joseph et Marie y venaient présenter l'Enfant-Jésus ; admirer, avec une sainte envie, le bonheur qu'il éprouve, la joie qui inonde son cœur et se reflète sur son front, quand il prend dans ses bras l'Enfant divin ; écouter, dans le silence de l'âme, le beau cantique qu'il laisse tomber de sa poitrine embrasée d'un feu nouveau : « Seigneur, laissez aller maintenant votre serviteur en paix, selon votre parole, car mes yeux ont vu votre salut, le salut que vous avez préparé devant la face de tous les peuples, comme la lumière qui éclairera toutes les nations et la gloire de votre peuple d'Israël ».

Ne t'étonne pas, ô mon âme, si tous ceux qui ont part au mystère de la Présentation de ton Sauveur au Temple, le vieillard Siméon aussi bien que Marie, te sont représentés par l'Esprit-Saint dans un état d'immolation : Jésus ne fait plus avec les hommes qu'il vient sauver qu'un corps mystique ; le chef

s'immolantjtous les membres doivent être des hosties,

des victimes Siméon est si heureux d'avoir vu

le Sauveur, un bonheur si parfait remplit son âme, quand il tient ce divin enfant dans ses bras, appuvé sur son cœur, qu'il ne trouve plus rien à désirer sur la terre. Il fait alors à son Dieu le sacrifice de sa vie, il offre son existence comme dernier holocauste, et

se résigne à la mort Il sacrifie sa vie, et il la

sacrifie avec joie et reconnaissance : il la sacrifie avec joie, parce que ses yeux ont vu Celui qui était l'objet de ses plus ardents désirs, le Sauveur promis au monde; il la sacrifie avec reconnaissance, parce qu'il a plu au Seigneur de lui réserver en ses vieux jours cette dernière jouissance, cette suprême consolation ; avec joie, il va partir pour la patrie ; avec reconnaissance, parce que son exil va finir Considère

sérieusement, ô mon âme, ce sacrifice, et tâche d'en apprécier les généreuses dispositions.

Qu'ai -je à envier au saint vieillard?... L'Enfant- Dieu, qu'il porte dans ses bras, sur lequel il repose

ses regards, qu'il serre contre son cœur? N'est-ce

pas lui qui vient chaque matin faire de mon âme sa

demeure? Sa chair sanctifie la mienne, son sano-

coule dans mes veines, son âme est identifiée à mon

âme, toute la plénitude de sa divinité habite en moi

Ma poitrine devient en vérité et le temple et l'autel et le tabernacle où Jésus, non plus enfant, passible et mortel, mais impassible et glorieux, se complaît, aussi bien que sur son trône, à la droite de son

Père N'envie donc plus, ô mon âme, la félicité

du vieillard Siméon tenant Jésus dans ses bras

Jésus lui-mêrne a choisi ton cœur pour le lieu de son

repos et de ses délices Que pourrais-tu désirer

encore ici-bas ? Comment aimerencore la vie ?

où tout vient entraver le commerce intime de notre

cœur avec son bien-aimé (Examiner la vie dans

son ensemble, considérer les nombreux obstacles qui s'opposent à la possession persévérante de Dieu, ces mille pensées, ces mille sentiments, ces mille bruits du monde qui se multiplient incessamment pour troubler notre conversation avec Dieu Jeter un regard sur tout le passé et sentir, à l'aide de l'expérience, la profonde vérité de ces belles paroles de l'Imitation : « Ici-bas tout est vain ; jamais l'œil n'est

rassassié de ce qu'il voit l'oreille remplie de ce

qu'elle entend, toujours un immense vide dans le

cœur »... )

O mon Dieu, je comprends maintenant la générosité avec laquelle le vieillard Siméon sacrifie sa vie ; je comprends ces accents échappés du cœur d'un saint Paul : « Je désire voir mon corps se dissoudre et être uni à jamais à Jésus-Christ ». Jésus-Christ,

c'est ma vie « Qui me délivrera de ce corps de

mort » ? Je comprends le langage vraiment

inouï d'un saint Ignace : « Viennent sur moi tous les supplices : qu'on brise tous mes os, qu'on me mette

en pièces Je suis le froment du Christ, il faut que

je sois moulu, pour être réuni à jamais et sans crainte de séparation avec lui» Je comprends les transports d'une sainte Agnès : « Jésus a posé sur mon front le signe de son amour, je ne saurais en aimer un autre ; à lui ma foi, à lui mon dévoûment, à lui ma vie ; il m'a donné son anneau, il m'a ceint la tête de sa couronne. J'aime Jésus, amo Christiim.

Oui je l'aime, je sens le besoin d'être unie à lui à

jamais Vienne donc la mort, je veux être réunie

à mon divin Fiancé » Moi aussi, ô mon Dieu, à

qui vous venez chaque jour donner un avant-goût des ineffables délices que procure votre possession, moi aussi, je me sens prise de mépris pour cette vie humaine, je mets sous le pied ses intérêts, ses biens, ses joies, ses maux ; j'espère de toutes les ardeurs de mon âme ce moment où il me sera donné, après les trop courts embrassements eucharistiques, de me jeter à mon tour dans votre sein et de vous posséder dans les immortelles étreintes d'une possession sans fin.

Résolution. — Entrer dans ces sentiments après la sainte Communion ; se sentir aussi heureuse, plus heureuse que Siméon, et réciter avec lui et dans les mêmes sentiments le Nunc dimittis. Faire, pendant la visite au Saint-Sacrement, un acte de résignation à la mort ; offrir sa vie en sacrifice pour son propre salut, et pour le salut de ceux qu'on désire voir revenir à Dieu

PURIFICATION DE LA SAINTE-VIERGE

(2 février) LE VIEILLARD SIMÉON ET L'AME QUI COMMUNIE

Prélude. — Contempler avec envie le bonheur que dut éprouver le vieillard Siméon en rencontrant l'Enfant-Dieu.Oue de mystères dans cette rencontre! Siméon qui va au Temple, c'est le représentant de la famille humaine qui va, par son attente et ses désirs, au-devant du Dieu qui vient la sauver. Siméon qui voit le Sauveur, le connaît et confesse sa divinité, c'est le représentant de toutes les âmes qui doivent, après lui, faire partie de la religion du divin Maître. Siméon prenant le Sauveur dans ses bras et le serrant avec amour sur son cœur, c'est le modèle des âmes qui s'unissent à Jésus dans la sainte Communion. Siméon qui rencontre le Sauveur qu'il cherche, le Sauveur qui se donne à ce saint vieillard avec plus d'ardeur encore que lui-même n'en a à le recevoir, tel est le vrai type de la rencontre mystérieuse et quotidienne d'une âme et de Dieu, qui, s'étant cherchés l'un l'autre, se voient, se reconnaissent et s'unissent étroitement C'est donc avec

raison que les Grecs appellent cette belle fête « la fête de la rencontre ». Adorer et remercier le Sauveur allant lui-même au-devant de celui qui le cherche

Au moment où Marie et Joseph gravissent les degrés du Temple, portant vers l'autel l'Enfant des divines

promesses, un vieillard d'Israël, Siméon, se sent poussé intérieurement par la force de l'Esprit divin ... Il n'hésite pas à obéir à cette inspiration qui le presse

d'aller au Temple et d'y aller sur le champ Il sort

de sa maison, il dirige vers la sainte demeure ses pas chancelants, mais soutenus par l'ardeur de ses

désirs Sur le seuil de la maison de Dieu, parmi

les mères qui s'y pressent, chargées de leurs enfants, ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde annoncée par le Prophète, et son cœur vole

vers l'Enfant qu'elle porte dans ses bras L'âme qui

cherche Jésus, l'âme qui veut s'unir à Jésus dans le sacrement de son amour, doit, comme le saint vieillard, se laisser conduire parle divin Esprit: « Et venit in spiritu in templum », et non par l'habitude et la routine.. ..

N'as-tu jamais contrarié les divines opérations de l'Esprit-Saint en toi, ô mon âme ? Est-ce toujours la foi qui t'a conduite à l'admirable Sacrement ? Toutes les fois que tu t'es rendue au banquet eucharistique, était-ce toujours de toute l'ardeur de tes désirs?... de

toute la plénitude de tes affections? Du plus loin

que tu as aperçu le tabernacle sacré, as-tu toujours reconnu le Dieu qui l'habitait caché sous de mystiques voiles, et ton cœur a-t-il volé vers lui avec un amoureux empressement?

Instruite par le même Esprit divin, Marie laisse approcher le vieillard, et dépose entre ses bras tremblants le cher objet de son amour: « Et ipse accepit eiim in îdnas suas » . C'était plus qu'il ne lui avait été promis : « Il lui avait été révélé qu'il ne verrait point la mort

sans avoir vu auparavant le Christ du Seigneur ».... (Le cœur de Dieu est bien différent du nôtre: nous donnons toujours moins que nous ne promettons ) 11 prend donc', ce pieux vieillard, TEnfant-Jésus dans ses bras, et, suivant la parole d'un saint, « le serre amoureusement sur sa poitrine et tout joignant son cœur ». Oh! que se passe-t-il alors dans ce

cœur? De quel feu divin il est embrasé! A

peine a-t-il reçu le doux fruit de vie, que, suivant le mot du Prophète, il sent « sa jeunesse se renouveler comme celle de l'aigle » ; en lui s'accomplit une mystérieuse transformation La vie de la nature s'efface,

la vie divine commence

O mon âme, à la faveur insigne qui fut accordée à Siméon, compare celle que tu reçois tous les jours: ne vois-tu pas, sous les apparences du pain, le même»

Dieu qu'il voyait sous la faiblesse de l'enfance?

Celui qu'il pressa tendrement sur sa poitrine, plus heureuse que lui, tu le sens reposer au milieu de ton cœur, où il veut bien prendre habitation Le mystère de vie qui s'est opéré en Siméon, à plus forte

raison doit s'opérer en toi De même que l'or brut,

jeté dans le creuset, y jette l'alliage qui le déshonore, de même dans la chair adorable de ton Dieu, ardent creuset d'amour, toutes les imperfections de ta nature doivent demeurer à l'état de cendre et dépoussière... En a-t-il été ainsi de toi, ô mon âme, as-tu laissé

ton Dieu frapper du glaive la nature déchue?

l'immoler, l'étouffer, la jeter avec son poids de misères et d'iniquités dans son sang régénérateur?.... Et es-tu sortie de la table des anges tout initiée à une vie nouvelle, à la vie même du Sauveur, qui était venu te nourrir? Hélas ! hélas ! que d'obstacles as-tu

opposés à l'action du bon Maître! Pardon, mon

Dieu, pardon î

Siméon n'a pas plutôt reçu le Sauveur entre ses bras qu'il sent en lui-même un dégagement parfait des choses d'ici-bas : il voudrait rompre les liens qui l'attachent à la terre, il désire la mort, qui doit le réunir, sans crainte de séparation, à Celui qu'il presse contre son cœur : « Laissez, laissez maintenant, Seigneur, s'écrie-t-il, laissez partir votre ser. viteur dans la paix, selon votre parole »... Quand une communion fervente a mis Jésus dans notre cœur, en vérité, peut-il nous en coûter de nous séparer des créatures ? Que sont-elles, ces créatures si fragiles, si instables, pour celui qui peut dire au Créateur : Tout ce qui est à vous est à moi? Quand on a trouvé la source, qu'irait-on chercher dans les ruisseaux?... Oh! oui, quand on a vu et porté en son cœur le Dieu eucharistique, quand on a senti, au contact de ce Dieu, comme un délicieux avant-goût du Ciel, oh ! que la terre paraît méprisable ! oh ! qu'en face de ce mystérieux pressentiment de l'éternelle félicité, les jouissances du monde sont vaines et misérables!... Cet ineffable bonheur, tu Tas éprouvé plus d'une fois, ô mon âme, pourquoi a-t-il été si passager ? Pourquoi, après avoir protesté si souvent à ton Dieu que tu ne voulais t'attacher qu'a lui, as-tu laissé déborder ton cœur sur la créature... t'es-tu laissé reprendre aux liens terrestres?... Pourquoi, pourquoi, après t'être plongée dans le sein de ton Dieu, en t'oubliant toi-même, t'es-tu repliée sur toi, et as-tu recommencé à vivre d'une vie toute per-

sonnelle ? Oh ! qu'aujourd'hui au moins, en toute

sincérité, à l'exemple de Siméon, en recevant le Sauveur en ton cœur, tu t'attaches à lui uniquement

par-dessus tout pour toujours « Nunc diniit-

tis » Lui seul suffit à l'âme : il comble ses désirs,

il remplit son cœur, il la fait vivre par anticipation de la vie des élus

Résolution. — Faire un examen sérieux dans la journée, autant que possible, en présence du Saint- Sacrement, sur ses communions ; réciter le Magnificat en reconnaissance de toutes les grâces reçues, et un acte de contrition pour demander pardon de tant de résistances à ces grâces. Souvent, dans le courant du jour, réciter cette oraison jaculatoire : « Nunc dimittis servant tuum, Domine, secnndum verbum iuiini inpace ».

PURIFICATTION DE LA SAINTE-VIERGE

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