‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 19 sur 102 · ANNE LA PROPHÈTESSE MODÈLE D'ESPRIT DE SACRIFICE · texte numérisé non relu

ANNE LA PROPHÈTESSE MODÈLE D'ESPRIT DE SACRIFICE

ELLE NOUS APPREND A IMMOLER DANS LA PÉNITENCE ET LA MORTIFICATION L'AMOUR DES PLAISIRS

Prélude. — Ecouter, de l'oreille du cœur, ces paroles de l'Évangéliste : « Il y avait aussi une prophétesse nommée Anne; elle était déjà fort âgée et était demeurée veuve jusqu'à quatre-vingt-quatre ans ; elle ne s'éloignait pas du temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et les prières. Et, survenant au même instant, elle louait le Seigneur, et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d'Israël ».

Dans le même temps que le Sauveur s'offre pour notre salut à toutes sortes de peines, il se plaît à nous faire passer sous les yeux l'imitation de son sacrifice sous toutes ses formes. Voici donc encore, ô mon àme, une nouvelle forme de l'esprit d'immolation qui doit animer tous les disciples du Sauveur Jésus. C'est une sainte femme qui a passé sa vie dans une pénitence perpétuelle, et qui apparaît en ce jour exténuée par ses veilles et consumée par ses jeûnes. Pendant que le monde dormait ou veillait pour les plaisirs coupables, Anne veillait dans le Temple pour la prière Pendant que les heureux de cette vie

ne rêvaient que festins et bonne chère, Anne se livrait au jeûne et poussait les privations à un émi-

nent degré Pendant que les hommes sensuels

flattaient leur corps, Anne affligeait le sien par les

rudes austérités de la pénitence Aussi le Seigneur,

qui, du haut du Ciel, avait vu ces choses faites pour lui, a-t-il voulu l'honorer et la récompenser même dans ce monde. A cette femme pénitente il a été donné de contempler le Sauveur avant de mourir... Elle a même, en quelque sorte, mérité de recueillir les prémices de l'apostolat chrétien : « Elle louait le Seigneur, et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël »

Lapénitence, dont je viens de trouver un exemple si frappant dans la conduite de cette sainte femme, est encore plus obligatoire pour moi. Jésus, mon maître, m'en a fait un devoir indispensable pour le salut; il m'en a donné lui-même l'exemple le plus

touchant dans le cours de sa vie En outre, que de

raisons toutes personnelles me la prescrivent !

(Voir son passé, surtout en ce qui a rapport aux

satisfactions de la nature apprécier les dettes

contractées envers la justice de Dieu peser les

avantages qu'il y a à s'en acquitter ici-bas, où la miséricorde se contente de peu, plutôt qu'après la mort, où le divin créancier exigera l'expiation en toute rigueur de justice )

Il est donc nécessaire, ô mon âme, de ne pas te faire illusion sous ce rapport, tu es obligée à la pénitence corporelle, comme la comprend l'Église, comme la comprennent les saints : « Elle consiste à

résister à la nature et à la combattre sans la détruire. Sans flatter ses penchants, il faut en respecter les droits. Le corps est un ennemi tout à la fois nécessaire et dangereux. Il nous est également défendu de lui donner ni la paix ni la mort ». Aussi la discrétion, et, par suite, l'obéissance au directeur de la conscience doivent servir en cette matière de règle de conduite. ... Je n'ai donc plus, ô mon Dieu, qu'à régler par la prudence, ou plutôt la soumission, la pratique d'une vertu dont je reconnais l'importance et la nécessité : quand on me conseillera d'écouter la nature dans tout ce qu'elle exige pour sa conservation, je me soumettrai, en rapportant toutefois ce que je lui donnerai non à sa propre satisfaction, mais à votre seule volonté. Par là, toujours en lutte avec moi-même, j'aurai un mérite égal soit à combattre, soit à ménager mon corps, cet ennemi dangereux, cet instrument de péché. Vous me donnerez une même récompense, quand pour vous je memortirierai, et quand pour vous je cesserai de me mortifier. Tout est vertu quand on fait ce que Dieu veut et pour Dieu. Or la volonté de Dieu, nous la connaissons par l'intermédiaire de ceux qu'il a placés tout près de nous afin de nous la manifester

Résolution. — Offrir à Nôtre-Seigneur la volonté de faire le Carême de la manière précédemment réglée ; suppléer au manque de pénitence corporelle par la mortification des sens, par la mortification intérieure. Je veux aujourd'hui, ô mon Dieu, morti fier intérieurement manature, de manière que ni mes proches ni surtout mes inférieurs, mes domestiques, n'aient à se plaindre en quoi que ce soit de moi. Bénissez ma résolution

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