‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 20 sur 102 · DIMANCHE DES QUARANTE HEURES · texte numérisé non relu

DIMANCHE DES QUARANTE HEURES

(Quinquagésime) PASSION EUCHARISTIQUE DE JÉSUS

Prélude. — Percer par la foi les symboles sous lesquels se cache le Sauveur dans son adorable Sacrement ; contempler sa face divine non moins triste et abattue qu'au jardin de Gethsémani ; surprendre les larmes qui nagent dans ses yeux, entendre ses soupirs ; puis, avec l'accent d'une âme émue (comment rester l'oeil sec et le cœur froid devant cette auguste souffrance ?), interroger ce bon Maître et lui demander les causes de son abattement et de son chagrin, pour les partager.

Plaintes de Jésus. — « O mon peuple, ô mes enfants, que vous ai-je fait ? en quoi vous ai-je consistés ? Répondez-moi». Ce n'était pas assez pour mon amour de m'être livré pour vous à la Croix ; chaque jour, par un pur effet de ma miséricorde, je consens à me faire de nouveau pour vous victime d'expiation afin de vous soustraire aux rigueurs de mon Père, chaque jour je renouvelle pour vous à

l'autel l'immolation du Calvaire et vous, vous

laissez tomber mon sang à terre Et vous, comme

autrefois les Juifs, quand j'étais cloué à la Croix, les uns avec tiédeur et indifférence, les autres, faut-il le dire? avec insulte et mépris et vous, comme autrefois mes apôtres ingrats, vous ne daignez même pas

venir à la montagne mystérieuse du sacrifice

(Jeter un regard sur le monde .... voir combien le saint sacrifice de la Messe est peu apprécié. Un grand

nombre de chrétiens n'y assistent jamais D'autres

n'y viennent que par habitude, sans foi, pour y causer et regarder de côté et d'autre C'est à peine si, au moment solennel de l'élévation, ils courbent la

tête ; on les dirait là pour une cérémonie profane

Même parmi les âmes pieuses, combien n'y assistent

souvent qu'avec un esprit distrait ! )

«O mon peuple, ô mes enfants, que vous ai-jefait? En quoi vous ai-je contristés ? Répondez-moi ». Ce n'est pas assez encore pour mon amour de me livrer pour vous à l'autel en état de victime, il fallait à

mon cœur une union intime avec vous J'ai donc

voulu faire de vos âmes mes tabernacles ; la vie que j'ai puisée à la source, au sein de mon Père, j'ai voulu vous la communiquer... Agneau immolé, j'ai

voulu servir de nourriture à mes enfants C'est

pour cela que j'ai dressé une table mystérieuse toujours ouverte, toujours servie. Père tendre, j'y appelle tous mes enfants. Roi généreux, j'y convie. tous mes sujets .. Mais hélas ! cette table, elle reste déserte... La plupart m'affligent et me blessent par leur abandon, en restant sourds à mon invitation. La haine même trouve sa place dans le sacrement de mon amour, et, jusque dans ma vie eucharistique, je trouve des bourreaux et des persécuteurs. Combien viennent s'associer à mon banquet, mais pour me

porter, comme autrefois Judas, la trahison dans un baiser... Combien ne craignent pas, comme autrefois les Juifs, de me dresser une croix dans leur cœur et de m'y clouer traîtreusement... Et même, parmi le très petit nombre de mes âmes fidèles, combien me contristent par leur insouciance... par leurs froideurs... par leurs préoccupations... en ne venant à moi que par habitude. . .

« O mon peuple, ô mes enfants, que vous ai-je fait? en quoi vous ai-je contristés? Répondez-moi». Ce n'est point encore assez pour moi de venir visiter votre âme et en faire ma demeure: il fallait, pour satisfaire les exigences de ma charité, que j'habitasse près de vous et avec vous d'une manière permanente. Je ne viens donc point au milieu de vous faire une de ces visites qui passent avant que l'on ne reconnaisse qui l'on reçoit... Je réside à demeure près de vous, parmi vous; à toute heure du jour et de la nuit, l'accès vous est libre, vous pouvez choisir votre temps suivant les obligations de votre position ou l'ardeur de votre amour, vous n'avez point à craindre que votre assiduité ni la longueur de vos visites m'importunent... Ce sont mes délices de vous recevoir et d'être avec vous... Mais hélas ! hélas! dans quelle triste solitude, dans quel pénible isolement vous me laissez sans venir me visiter., tandis qu'au Ciel les anges et tous les esprits bienheureux, ne sommeillant ni jour ni nuit, m'environnent constamment d'hommages ! Sur cette terre, où je suis venu planter ma tente au milieu de vous, vous vous éloignez de moi comme si j'étais un étranger vagabond... un malheureux atteint de la lèpre, « un ver de terre et non un homme »... Dans

ma carrière mortelle, pour quelques bienfaits semés sur mes pas, un peuple entier voulut me faire roi, et je fus obligé de me dérober par la fuite à ses ovations; dans ma vie eucharistique où, par des grâces immenses et sans nombre que je fais pleuvoir sur vous, je ne vous demande qu'un peu d'amour, vous me quittez, vous me délaissez... Pendant que les palais des princes regorgent de courtisans, et que les antichambres des grands ne peuvent contenir la foule des visiteurs, ma maison reste déserte, une affreuse solitude règne autour de moi... C'est à peine si quelques âmes, bien clairsemées, à de bien rares intervalles, viennent successivement se jeter à mes pieds, la multitude passe avec indifférence et dédain... Ne puis-je pas dire en toute vérité que « je suis venu au milieu des miens et que les miens ne m'ont pas reçu »? Encore une fois, « ô mon peuple, ô mes enfants, que vous ai-je fait ? En quoi vous ai-je contristés ? Répondez-moi».

Réponse de l'ame fidèle. — Ce que vous avez fait pour nous, Seigneur? Vous ne nous avez fait que du bien Vous nous avez comblés de tant de grâces que je dois répéter avec vous que vous ne pouviez rien faire davantage ; et nous, nous le confessons à notre confusion, nous, suivant la parole de votre Prophète, nous vous avons rendu le mal pour le bien : « Retribuebant milii tnala pro bonis ». Oui, Seigneur, vous souffrez dans votre vie eucharistique une seconde passion plus cruelle que celle du Calvaire. Ceux qui vous font souffrir, ce sont, il est

vrai, les incrédules, dont les uns me semblent bien représenter les Juifs, et les autres vos juges iniques et vos infâmes bourreaux ; mais ce sont aussi vos enfants, ceux qui croient, c'est nous, et, parmi nous, hélas! on ne trouve que trop et Judas qui vous trahit, et Pierre qui vous renie (Pierre sans des larmes de repentir), et le reste des Apôtres qui s'enfuient lâchement, et cette foule de gens curieux qui demeurent spectateurs oisifs et indifférents de votre crucifiement.

Moi-même, ô bon Maître, moi que, depuis longtemps déjà, vous avez bien voulu admettre au nombre de vos enfants de prédilection, de vos amis de privilège, de vos confidents d'élite, hélas! de quels chagrins n'ai-je pas abreuvé votre cœur? Combien de fois n'ai-je pas assisté à votre obiation mystique à l'autel sans respect, sans ferveur, avec ennui et dégoût!... Combien de fois ne me suis-je pas approchée de vous sans préparation, avec un cœur tiède, et me suis-je retirée sans vous remercier dignement !... Combien de fois n'ai-je pas calculé, mesuré avec parcimonie les instants à passer près de vous, méritant sans cesse le reproche que vous fîtes à vos Apôtres : « Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi ? »...

Désormais, Seigneur, en réparation de ma conduite et de la conduite de tant d'autres, je n'assisterai au sacrifice de votre autel que comme Marie, votre Mère, au sacrifice de la Croix. Je ne m'approcherai de votre table que comme le disciple de la charité, sur le cœur duquel vous reposâtes votre tête lors de la dernière Cène... Je ne viendrai vous visiter que comme Marie-Madeleine, pour couvrir de

baisers vos pieds sacrés et en laver la poussière avec mes larmes... c'est-à-dire en partageant vos peines et vous consolant par mon dévoûment et mon amour.

Résolution. — Redire le plus souvent possible dans la journée : « Parce, Domine, parce populo tuo : ne in œtermim irascaris nobis ». Dans une visite à Notre-Seigneur lire l'amende honorable.

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