‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 2 sur 102 · AVÈNEMENT MYSTIQUE DU SAUVEUR DANS LES AMES PAR SA GRACE · texte numérisé non relu

AVÈNEMENT MYSTIQUE DU SAUVEUR DANS LES AMES PAR SA GRACE

Prélude. — Se rappeler une parole tombée des lèvres divines du Sauveur pendant sa vie mortelle : « Je suis venu pour donner la vie aux âmes et la leur donner avec surabondance ; egoveni utvitam habeant et abundantius habeant » Demander avec insistance à cet adorable Maître la réalisation de sa parole en nous: « O Jesu vivens in Maria »

C'est une loi des âmes qu'elles ne peuvent vivre que par l'union à Dieu. Le poisson palpite et meurt aussitôt qu'il est hors de l'eau ; la plante se dessèche et s'étiole, quand la sève ne vient plus vivifier ses rameaux; le corps humain dépérit et s'éteint, si on le prive d'air : ainsi dépérissent et meurent lésâmes en dehors de Dieu, c'est-à-dire séparées de Dieu par le péché. L Etre divin est comme l'atmosphère mystérieuse où elles doivent essentiellement se mouvoir, et c'est la grâce qui forme pour elles cette atmosphère. La grâce, suivant un beau mot de saint Thomas d'Aquin, est une émanation, un écoulement de la divinité en nous ; elle est donc indispensable aux âmes, c'est leur élément vital. La vie afflue en elles ou plus riche ou plus appauvrie, suivant que la grâce

leur est communiquée ou plus abondante ou plus rare. C'est ce qui fait ici-bas la diversité des âmes : comme, dans un jardin, il y a différence entre les plantes, entre les arbres, qui se couvrent de plus ou moins de fleurs, qui produisent plus ou moins de fruits, ainsi les âmes, ces plantes, ces arbres mystiques qui croissent dans le jardin de l'Église. Le divin jardinier, le bon Maître, dépense également à Tégard de toutes et ses soins et ses fatigues et ses sueurs ; mais toutes ne profitent pas également.

Jésus, la source, l'océan intarissable de la grâce, est venu, il y a dix-huit cents ans, la communiquer

à flots aux âmes qu'il aimait d'un amour éternel

Il s'est abaissé jusqu'à l'homme, dit saint Augustin, pour élever l'homme jusqu'à Dieu ; et c'est par la grâce qu'il a opéré cette merveille. (Comparer l'état des âmes auxquelles Notre-Seigneur est venu, par son avènement en chair, communiquer sa grâce, avec celui de la plupart des âmes qui vivaient avant sa venue : les unes vivant de la nature, de la vie des

instincts, de la vie animale ; et les autres, « dans

un corps de boue, menant une vie angélique », une vie divine). Ce que le Sauveur a fait il y a dix-huit siècles, il se plaît à le renouveler chaque année. Celui qui est né de la Vierge à l'étable, revient pour chacun de nous ou apporter ou ranimer ou perfectionner dans les âmes la vie de la grâce : car il trouve

trois classes d'âmes: lésâmes en état de péché ,

les âmes tièdes , les âmes ferventes Et c'est

le jour anniversaire de sa naissance, c'est en la belle fête de Noël qu'il vient, par une nouvelle naissance, s'établir dans les âmes. Le saint temps de l'Avent est le temps de préparation à ce mystère. Heureuses-

les âmes qui, pendant ces quatre semaines, s'appliquent à détruire tout obstacle et à préparer les

voies à Celui qui doit venir !

Après avoir considéré, ô mon âme, les desseins miséricordieux de Jésus, ton maître, sur toutes les âmes, examine en particulier ses vues de prédilection sur toi. Cette vie de la grâce qu'il vient apporter, tu as le bonheur de la posséder. Depuis le jour, heureux entre tous, où ce bon Sauveur, en te rappelant du péché, est venu naître en toi, tu sens sa divine présence au plus intime de ton être. Tu peux même te rendre le témoignage de l'avoir vu « grandir » et se développer en toi, suivant la parole de l'Apôtre ; mais qu'il est encore loin de s'être élevé

«jusqu'à l'homme parfait » ! A certaines heures

privilégiées tu l'as laissé librement agir en toi, cet adorable Maître : en te donnant sa grâce avec surabondance, il te faisait vivre de sa vie ; en place de ton cœur, plein d'instincts pervers et de penchants mauvais, il mettait son propre cœur ; tes œuvres alors n'étaient plus les œuvres infimes d'une fille d'Adam, c'étaient vraiment les œuvres divines du fils de Dieu agissant en toi et par toi Et vraiment, en te regardant du haut du Ciel, Dieu le Père

pouvait voir l'image réelle de son bien-aimé Fils

Mais, hélas ! pourquoi cet état heureux n'a-t-il pas

duré ? pourquoi à la vie de la grâce a sitôt

succédé la vie de la nature, à la vie du Sauveur ta vie personnelle ? Oh ! Seigneur, je le reconnais, je n'ai jusqu'alors que trop entravé en moi l'action de la grâce Je ne vous ai que trop sou-

*6 monseigneur BILLARD

vent empêché, par ma lâcheté, par mon effroi du sacrifice, de « croître» et de «grandir» en moi! N'estce pas pour cela qu'aujourd'hui je me sens si froide, si malade, si languissante ? Certes la vie circule encore en moi, la grâce habite mon âme ; c'est à vous, Dieu de la grâce, que je la dois ! Mais combien plus que tout autre j'ai besoin que vous la ranimiez, cette vie! elle s'attiédit. Ce qui me console, ô bon Maître, c'est que vous le désirez plus vivement encore que moi. Vous aspirez après le moment où

je vous laisserai libre entrée en moi Ah ! c'en

est fait, plus de résistances. «Venez, Seigneur Jésus, venez » ; continuez vous-même, en croissant progressivement en moi, ce travail de mort à la nature que vous avez déjà commencé ; et, sur les ruines de cette vie misérable qui est la mienne, développez la vie

de la grâce qui est la vôtre Ne vous donnez pas

de repos, ô divin Ami de mon âme, que vous ne vous soyez substitué totalement vous-même à moi, afin que « je ne vive plus moi-même, mais vous en moi »...

Résolution. — Dire trois fois dans la journée, avec une ardente confiance, la belle prière : « O Jesu vivens in Maria.... » ; et, chaque fois, la faire suivre d'un sacrifice pénible à la nature, quel qu'il soit, comme privation, interruption d'exercice agréable, mortification du cœur..., etc.

AVENT

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