AVÈNEMENT DE JÉSUS-CHRIST DANS LE MONDE POUR LE JUGER
Prélude. — Se figurer, comme autrefois saint Jérôme dans la grotte de Bethléem, entendre les éclats de la trompette angélique annonçant le dernier avènement de Jésus-Christ. ..Les cieux s'enfuient et se roulent comme un livre; l'univers s'affaisse avec des craquements épouvantables; tout est consumé dans un dernier incendie ; le Fils de l'homme paraît assis sur une nuée, entouré de puissance et de majesté... Assister par la pensée à cet affreux spectacle ; et, sous le poids de la crainte qui doit faire frissonner nos membres, redire à Jésus avec confiance:
Recordare, Jesu pie, Quod sum causa tuae viae, Ne me perdas illa die.
« Souvenez-vous, ô bon Jésus, que c'est pour moi que vous êtes venu en terre; ne me perdez pas en ce jour».
Considère d'abord, ô mon âme, quel sera le sort du pécheur en ce grand jour des justices... Il paraît devant son Juge : ce juge, c'est ce chari-
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table médecin qu'il n'a pas su connaître au temps de sa visite... ; c'est cet Homme-Dieu qui a tant de fois pleuré vainement sur lui... ; c'est cet Agneau dont il a foulé aux pieds le sang... Aussi est-il glacé d'épouvante à sa seule vue. «C'est ce qui le désespère, dit saint Augustin: contempler son Sauveur et ne lire dans ses plaies que des arrêts de mort...; ne le voir un instant que pour le perdre et ne le revoir jamais : Quant amarum est Christum videre et perdere ! »
Mais ce n'est que le commencement de son malheur. L'apôtre saint Paul appelle le jour du jugement le jour de la révélation: «dies vevelationis » ... Les secrets de la conscience sont mis à nu : péchés de pensées et de désirs, péchés de paroles, péchés d'actions, fautes de l'enfance, désordres de l'adolescence et de la jeunesse, crimes de l'âge mûr, iniquités de la vieillesse... tout est dévoilé... Toutes les ténèbres dont il avait pris soin de s'environner sont dissipées: ténèbres de l'amour-propre, ténèbres de la dissimulation, ténèbres de la nuit et de la solitude ; tout paraît à découvert et au grand jour... C'est alors qu'il pousse, mais en vain ce cri de désespoir: «montagnes, tombez sur moi, rochers, écrasez-moi... »
Enfin le dernier coup est porté contre lui. Telle est la sentence que laisse tomber de ses lèvres le Juge suprême: «Retire-toi de moi, maudit, va-t-en au feu éternel qui a été préparé pour Satan et pour ses anges... » (Méditer attentivement chacun des mots de ce formidable arrêt). Qu'il se retire! De qui? De son Dieu..., de son Créateur..., de son Sauveur..., de son Père... Pourquoi? Parce qu'il Ta voulu..., à
cause de ses ingratitudes... Son Dieu voulait le combler de bénédictions, il l'a contraint de le maudire et de le charger d'anathèmes. Pour aller où ? Au feu allumé pour le démon. Dieu lui avait préparé le sort des bons anges, et il a choisi le sort des mauvais. Pour combien de temps ? Pour toujours. Plus de ressource ni d'espérance, le feu ne s'éteindra jamais, le divorce avec Dieu sera éternel... Perspective affreuse !... S'écrier, avec saint Augustin méditant sur ce sujet: «Oh! malheur, malheur à moi, quand viendra le jour du jugement et que seront ouverts les livres des consciences, alors qu'on dira de moi: «Voilà 1 homme et ses œuvres, ecce homo et » opéra ejus »... Que ferai-je alors, ô Seigneur mon Dieu, quand les cieux révéleront mon iniquité et que toute la terre s'élèvera contre moi ?... Je n'aurai rien à répondre, mais, baissant la tête de confusion, je me tiendrai devant vous honteux et tremblant ».
Calme maintenant tes frayeurs, ô mon âme, en reposant ton regard sur l'ineffable félicité qui attend le juste en ce même jour...
Lui aussi, il paraît devant son Juge, mais c'est avec la plus douce assurance: jamais il n'a contemplé son Maître sous des traits plus ravissants : ni dans sa crèche à Bethléem, ni sur sa couche sanglante du Calvaire, ni dans sa demeure eucharistique... Aussi, pendant que les pécheurs sèchent de frayeur, son front reflète la plus calme sérénité ; son appel au tribunal est pour lui un appel au triomphe... Son juge, c'est un père plein de bonté, qui ouvre ses bras à son fils pour l'embrasser...; c'est un maître
libéral et généreux, qui tient entre ses mains une couronne de gloire pour ceindre le front de son
fidèle serviteur ; c'est un Dieu, qui va se faire
tout haut, à la face du monde entier, son panégyriste, et toutes les créatures vont applaudir à cet
éloge incomparable La louange qui vient du
monde est toujours illusoire quand elle n'est pas dangereuse : la dissimulation l'attire, l'ignorance la donne, la flatterie la vend; aussi l'homme sage la méprise et la craint. Mais être loué par Dieu, y a-t-il gloire plus solide ? Le juste aura aussi la manifestation de sa conscience, mais ce sera pour son triomphe Notre-Seigneur mettra en évidence toutes
ses belles actions, tous ses pieux désirs, toutes les vertus que son humilité aura dérobées au regard
des hommes et cachées dans l'ombre Il rendra
justice à la pureté de ses intentions, il lui tiendra compte de tout ce qu'il aura fait ou même voulu faire pour la gloire de son Dieu et la sanctification de son âme...; puis à cette gloire en succédera une autre beaucoup plus grande: ce sera la sentence qui sera prononcée: «Viens, le béni de mon Père, possède le royaume qui t'a été préparé dès l'origine des temps... » Viens : assez longtemps tu as soupiré vers moi, ta fin et ton centre, voici tes vœux couronnés. Tu m'as suivi fidèlement dans le chemin des croix et des humiliations, tu as revêtu un caractère de ressemblance avec moi, en portant dans tes membres
ma mortification , en te nourrissant saintement
chaque jour de ma chair divine ; aussi mon père
te bénit, comme il m'a béni moi-même, moi son Fils. Tu as tout quitté pour moi, tu t'es quitté toi-même, viens te retrouver en moi et tous les biens avec moi.
Viens de l'agitation au calme, de la peine à la joie, de la fatigue au repos, de l'exil à la patrie, du renoncement à la possession d'un royaume C'est par la
persécution et la souffrance que je suis entré dans ma gloire; tu as été persécuté avec moi, tu as souffert avec moi, tu vas être glorifié avec moi. O moment délicieux et à jamais digne d'envie!
Tu viens de le voir, ô mon âme ; au dernier avènement de Jésus-Christ, deux sentences seront prononcées : celle de l'âme fidèle, celle du coupable. Tout sera consommé ; le péché et le souverain malheur, la sainteté et la félicité suprême ; choisis... Hélas ! mon Dieu, en jetant les regards sur ma vie passée et spécialement sur certains jours mauvais, j'y reconnais la matière d'un terrible jugement. Oui, comme le prophète pénitent, j'ai péché, j'ai excessivement péché : « Peccavi nimis »... ; mais n'avez-vous
pas agréé mes larmes et ma componction ? ne
m'avez-vous pas pardonné ? Oh ! je vous offre de
nouveau, en ce moment, l'expression la plus sincère du repentir le plus vrai ; avant d'être jugée par votre justice, je me juge moi-même et sans ménagement... Loin de moi les artifices de l'amour-propre toujours porté à se flatter, à excuser ses inclinations, à pallier ses lâchetés ! oui, j'ai été coupable et bien coupable Je veux désormais me faire justice à moimême ; je ne mérite que le mépris et l'abjection
Je veux me punir sévèrement ici-bas, afin que vous n'ayez plus que votre miséricorde à exercer dans l'éternité.
Résolution. — Renouveler en général, dans la plus prochaine confession, l'accusation de toutes ses fautes passées, principalement des plus humiliantes, et demander une pénitence expiatrice ; en allant à la sainte Communion , se représenter, suivant un mot de saint Augustin, le Sauveur nous apportant le choix de la sentence ; puis s'exciter à la confiance, en répétant ces belles paroles : « Oui vous serez mon juge, ô Jésus, mais, je vous en conjure, ayez pitié de votre enfant, que vous avez rachetée par votre sang précieux. Judex crederis esse venturus : te ergo, quœsumusy famulis tuis subveni, quos pretioso sanp-uine redemisti ».