ESPRIT DE PÉNITENCE
Prélude. — Adorer Notre-Seigneur qui se prépare à renouveler le monde par l'enseignement de sa doctrine en passant quarante jours et quarante nuits sur une montagne isolée et déserte, sans prendre aucune nourriture, n'ayant pour toute société que les bêtes fauves et pour lit de repos que la pierre nue; nous aussi, pour renouveler un autre monde, le monde de notre âme, pour célébrer dignement la Pâque, c'està-dire le passage, non pas de la mort à la vie (grâces à Dieu nous vivons), mais le passage d'une vie imparfaite à une plus sainte, nous devons imiter notre divin modèle, et nous préparer comme lui par une retraite et un jeûne de quarante jours.
Obligation générale de la pénitence. — L'esprit de pénitence est le fond du Christianisme : tout l'Évangile du Sauveur ne repose que sur la mortification et la douleur. En commençant sa vie par les privations de la crèche, par les souffrances de la circoncision et par la fuite en Egypte, en la continuant dans le travail rude et fatigant de Nazareth et les labeurs de l'apostolat, en la terminant surtout par une passion où il livre sa face adorable aux soufflets et
aux crachats, sa tête aux épines, son corps à toutes les meurtrissures, il nous enseigne ouvertement à nous ses disciples, ses enfants, fruits conçus dans les déchirements et les angoisses de son Calvaire, que nous devons passer notre vie dans la pénitence... la mortification... Mais, en se retirant quarante jours au désert, en y imposant à son corps toutes les privations... il nous appprend, suivant les préceptes de l'Église notre mère, qu'il y a un temps dans lequel nous devons plus spécialement l'imiter. C'est dans ce temps qu'il nous dit et nous redit sans cesse ces paroles que nous ne saurions trop approfondir : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il se renonce lui-même et porte sa croix. » — « Si vous ne faites pénitence vous périrez tous. » — « Faites de dignes fruits de pénitence. » — « Le royaume des Cieux souffre violence, et il n'y a que ceux qui se font violence qui l'enlèvent de vive force ».
Obligation personnelle de faire pénitence. — Si tu dois faire pénitence, ô mon âme, pour imiter ton Sauveur, tu le dois surtout en toute rigueur de justice pour expier tes fautes. Considère ton passé, mesure, si tu le peux, la multitude de tes prévarications... et la vue des dettes immenses que tu as contractées envers la divine justice te convaincra de l'urgente nécessité qui te presse de commencer au plus tôt à l'acquitter. Voudrais-tu ressembler à ces débiteurs négligents qui, sommés de s'acquitter, tout en avouant la légitimité d'une créance, ont recours à mille et mille prétextes pour en éluder ou en ajourner le payement, sans prendre garde que les intérêts
s'accumulent par ces délais réitérés, et qu'ils finiront par être écrasés sous le poids d'une dette toujours croissante?... D'ailleurs, ô mon Dieu, le seul examen sérieux de l'état de mon âme ne me prêche-t-il pas assez éloquemment la nécessité de faire pénitence et de me mortifier? Quelle est la journée, quelle est l'heure qui se passe, sans que je rejette une de vos inspirations? Or quelles sont mes larmes, quelle est mon expiation après mes chutes ? Hélas ! c'est à peine si je les vois : la faiblesse que j'ai pour moi-même me porte sans cesse à croire que ces fautes sont légères, que vous n'en êtes pas offensé... Par suite mon cœur s'endurcit: après une première chute en vient une seconde plus volontaire, et ce nouveau manquement est lui-même suivi de prévarications plus considérables. Et, au lieu de m'en attrister, je n'y pense pas, sous prétexte que le péché n'est pas mortel.
O mon Dieu, ce n'est pas ainsi qu'en ont agi vos saints! Leur délicatesse de conscience était si grande qu'ils ne se passaient pas l'imperfection la plus légère, qu'ils vous en demandaient pardon avec larmes, et s'en punissaient avec une rigueur inexorable. .. Comme eux je veux me purifier sans cesse par la mortification, me retremper dans l'expiation et faire
pénitence pour mes péchés pénitence pour le
passé, pénitence pour mes faiblesses présentes. Il vaut mieux payer ici-bas à votre miséricordieuse indulgence qu'après la vie à votre rigoureuse justice, qui réclame jusqu'à la dernière obole.
Comment faire pénitence en ces jours de Carême. — Il y a dans la pénitence chrétienne deux
choses qu'il ne faut pas confondre: le corps et l'âme, la lettre et l'esprit, qui l'anime. Le corps de la pénitence consiste dans les jeûnes, les abstinences et autres austérités prescrites par l'Église pour mortifier la chair. Or, indulgente et pleine de condescendance, l'Eglise dispense quelquefois de ces pratiques extérieures , mais elle ne se reconnaît pas le droit de
nous dispenser de l'esprit de pénitence : je dois donc bien le connaître, puisqu'il m'est si nécessaire.
L'esprit de pénitence, c'est la componction du cœur, qui nous tient humiliés en la présence de Dieu et en la présence de notre péché. . .. Je devrai, pendant cette sainte carrière, comme le Roi-Prophète,
avoir toujours mes iniquités sous les yeux L'esprit
de pénitence, c'est le regret vif et intime de ne pouvoir
égaler la satisfaction à la grandeur de l'outrage
Je m'affligerai, je m'humilierai tout le Carême de la nécessité qui m'a forcée à réclamer des adoucissements à la loi commune L'esprit de pénitence,
c'est la volonté ferme de satisfaire à la justice de Dieu dans la mesure de ses forces, volonté qui nous fait accomplir, par des pénitences volontaires, ce qui manque aux pénitences prescrites, et nous fait accepter, comme de précieux suppléments à nos satisfactions imparfaites, tout ce que la divine Providence nous envoie de souffrances et de contradictions... . Pendant tout le Carême, je retiendrai le plus possible mes yeux, mes oreilles, ma langue (ces mortifications n'altèrent pas la santé) Je me priverai de plaisirs permis, de jouissances licites, mais inutiles .. Je transformerai en pénitences méritoires les maux inévitables dont je suis enveloppée. J'offrirai à Dieu toutes mes souffrances en esprit d'expiation
Résolution. — Prévoir pour la journée l'application spéciale de certaines pratiques commandées par l'esprit de pénitence, et promettre sérieusement à Dieu de les observer coûte que coûte. (Plus on est généreux envers Dieu, plus il l'est envers nous... nous avons beau lui donner, nous lui donnerons toujours trop peu ) S'examiner à midi, à quatre heures sur la fidélité à remplir cette promesse.