‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 22 sur 102 · FÊTE DE LA COURONNE D'ÉPINES DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

FÊTE DE LA COURONNE D'ÉPINES DE NOTRE-SEIGNEUR

(Vendredi après les Cendres)

Prélude. — S'agenouiller au pied de son crucifix; contempler par un regard du cœur le tissu d'épines qui couronne la tête du Sauveur ; baiser pieusement cette couronne et le front qu'elle enserre; puis, en se prosternant dans le respect et l'amour devant l'image de cette divine Victime, dire du fond de l'âme : « Adoramus te, Chimiste, et benedicimiis tibi, quia per sanctam Crucem tuant redemisti mundum ». (Il n'est pas besoin de dire qu'on fera bien de déposer au pied de son crucifix la parcelle de la sainte Couronne qu'on aurait le bonheur de posséder, et de lui rendre, au début de la méditation, ses pieux hommages ) Autant que possible continuer cette méditation à genoux, les bras étendus en croix, à l'exemple de sainte Gertrude et d'un grand nombre de saints et de saintes.

Contemple, ô mon âme, sous la conduite d'une fille aimée du Sauveur, de la sœur Emmerich, les circonstances douloureuses dans lesquelles ton Dieu reçut de ses bourreaux cette déchirante couronne.

C'était au milieu de la cour intérieure du palais de Pilate. Le peuple se pressait en foule autour de l'édifice, un millier de soldats romains, rangés en ordre, l'environnaient. Au milieu de la cour se trouvait un tronçon de colonne sur lequel les bourreaux, cinquante scélérats de la pire espèce, mirent un escabeau très bas, couvert par méchanceté de cailloux aigus. Après avoir arraché à Jésus ses vêtements collés sur sa chair sillonnée de plaies, ces bandits lui mirent un vieux manteau rouge de soldat qui lui descendait à peine aux genoux, puis, le traînant sur le siège qu'ils lui avaient préparé, ils l'y rirent asseoir brutalement. C'est alors qu'ils lui mirent la couronne d'épines. Ils la lui placèrent autour du front en guise de bandeau, et la lièrent fortement par derrière. Elle était faite de trois branches d'épines, habilement tressées, et la plupart des pointes étaient à dessein tournées en dedans. Quand ils l'eurent fixée sur le front de l'Homme-Dieu, ils lui mirent en main un roseau en guise de sceptre, faisant tout cela avec une gravité dérisoire, comme s'ils l'eussent réellement couronné roi. Ensuite ils lui prirent le roseau des mains et frappèrent si violemment sur la couronne d'épines que les yeux du Sauveur étaient inondés de sang ; ils s'agenouillèrent devant lui, lui crachèrent au visage, et le souffletèrent en criant : « Salut, roi des Juifs ». (Assister en imagination à cet affreux supplice infligé au bon Maître... . Voir le sang

qui coule sur tous les points de sa tête divine

sang précieux dont pourtant « une seule goutte eût suffi à sauver le monde »... Protester par ses larmes et ses soupirs contre les ris et les cris sauvages des bourreaux )

Ainsi absorbée dans la contemplation de ce douloureux mystère, ô mon âme, n'est-ce pas ici le lieu de t'écrier dans un sanglot parti des profondeurs de ton être : « Quis liœc omnia fecit ? Amor. Qui a fait tout cela? L'amour » ? Oui, c'est votre amour, ô doux, ô miséricordieux Sauveur, qui a été le premier, en quelque sorte l'unique, ressort de ce drame émouvant. En souffrant ces insultes, ces dérisions, ces tortures, vous n'aviez qu'un but, c'était d'être aimé

de nous, et par là de nous sanctifier, de nous sauver

Pourquoi faut-il, ô mon Dieu, qu'un si grand nombre de cœurs restent froids comme glace, durs comme le rocher à la vue de tant d'amour? .... Sur ce siège dérisoire où vous placent vos bourreaux, sous cette étrange couronne qu'ils vous mettent au front, sous ces flots de sang qui ruissellent sur votre face adorable, je vous entends me dire : « Comprends, ô ma fille, je t'ai aimée et je me suis livré pour toi : moi, ton Créateur, pour toi, ma créature ; moi. ton Père, pour toi, fille égarée ; moi, ton Dieu, pour toi, misérable enfant d'Adam; moi, l'outragé, pour toi, qui as fait le crime ; moi, le bienfaiteur, pour toi, ingrate ; moi, souverainement heureux dans mon Ciel avec

mes anges, pour toi, si malheureuse en cette terre

Oui, Seigneur, ce cri part de chacune de vos plaies, vrai cri d'amour qui nous dit avec une irrésistible éloquence que nous devons vous aimer de tout notre cœur, de toutes nos entrailles, vous qui avez daigné tant souffrir par amour pour nous

O couronne sacrée de mon Maître, ô sang de mon Dieu, qui me faites connaître l'excès de son amour,

que vous me reprochez vivement la faiblesse du mien ! Achevez votre conquête, ô mon aimable Sauveur, assurez-vous d'un cœur que je sens prêt à vous échapper au moment où il proteste de son attachement inviolable. « Donnez-moi votre amour avec votre grâce, vous dirai-je avec un de vos pieux serviteurs, et je suis assez riche ». Vienne après cela une couronne d'épines me ceindre à moi aussi le front, vienne mon sang à couler sous chacune de ses pointes c'est-à-dire viennent les souffrances, viennent les privations viennent les blessures de cœur

comme vous et avec vous, je resterai calme et sereine, trop heureuse de souffrir un peu pour vous qui avez enduré pour moi de si cruels tourments

Résolution. — Offrir à Notre-Seigneur l'acceptation généreuse de toutes les souffrances, peines ,

etc que sa bonté paternelle nous a ménagées

jusqu'alors et celles qu'elle nous ménage certainement pour l'avenir : « Sine dolore non vivitur in amore-». Impossible d'aimer sans souffrir, l'amour divin surtout se manifeste dans la souffrance acceptée et courageusement subie. Renouveler cette acceptation à la sainte Messe et à la visite au Saint-Sacrement. A midi, après l'examen particulier, le soir, avant de se mettre au lit, rendre de nouveau hommage à Jésus couronné d'épines, soit en baisant son crucifix, soit en baisant la relique de la sainte Couronne.

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