‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 24 sur 102 · FÊTE DE LA SAINTE LANCE ET DES SAINTS CLOUS · texte numérisé non relu

FÊTE DE LA SAINTE LANCE ET DES SAINTS CLOUS

(Vendredi après le Ier dimanche de Carême)

Prélude. — Assister par la pensée, en compagnie de l'auguste Marie, à la scène déchirante du crucifiement. Se figurer entendre les coups de marteau par lesquels les bourreaux enfoncent dans les pieds et dans les mains du Sauveur d'énormes clous : « Christum lancea et clavis vulneratum venite adovenins ».

Tu le sais, ô mon âme, quand ton divin Maître eut atteint le sommet du Calvaire, qui devait être le théâtre de son sacrifice, on ne lui laissa pas le temps de prendre un peu de repos. On lui arracha rudement sa robe, qui était collée sur sa chair, puis on lui enjoignit de s'étendre sur la Croix afin qu'on pût l'y attacher. Il se livra avec abandon, sans résistance aucune, entre les mains de ses bourreaux. A peine fut-il étendu sur cette couche de souffrance que ceux-ci se jettent sur lui avec fureur. Selon la croyance commune, fondée sur une révélation de sainte Brigitte, ils lui prennent d'abord la main gauche et la transpercent avec un énorme clou. La violence du mal rétrécit les nerfs, il n'est plus possible de faire arriver la main droite à l'autre bras de

la Croix, où l'on doit enfoncer le second clou ; c'est alors que les bourreaux tirent violemment cette main avec des cordes ; ils font de même pour les pieds. Quelles horribles tortures !... Cependant le bon Maître, comme un doux agneau, ne laissait échapper aucune plainte... Il offrait ses douleurs à Dieu son Père pour notre salut... Oui, ô mon âme, c'est pour toi que Jésus voulut ainsi souffrir ; pour toi, qui l'aimes si peu et qui le sers si mal ; pour toi, qui l'as tant outragé dans ta vie passée ; pour toi, qui le contristes encore tous les jours par ta tiédeur et ton indifférence... Regarde donc, regarde encoure ton Dieu, ô mon âme, suspendu par d'énormes clous à l'instrument de son supplice : cloué à cet affreux gibet, il ne trouve ni position ni repos. Tantôt il s'appuie sur les mains et tantôt sur les pieds ; mais là où il s'appuie, la douleur devient insupportable... O mon Dieu ! mon Dieu ! laissez-moi me jeter toute confuse de tant d'amour au pied de votre Croix et vous crier du fond de mes entrailles : Miséricorde, miséricorde à une pauvre pécheresse, à une ingrate ! miséricorde !. ..

« Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est. Regarde et agis comme le modèle qui t'a été offert sur la montagne ». Applique-toi aujourd'hui à toi-même, ô mon âme , ces paroles de l'Esprit-Saint. Le Seigneur ne permet-il pas que depuis quelque temps tu sois saisie, renversée, étendue sans force et comme épuisée, clouée aux croix les plus douloureuses ? (Passer en revue ses diverses épreuves, toutes plus

navrantes les unes que les autres ) Ne sois pas

surprise, ô mon âme, des desseins du divin Maître sur toi : pierre vivante, destinée à entrer dans la construction de la Jérusalem d'en-haut, tu avais besoin d'être brisée et polie sous bien des faces. Voilà pourquoi le Seigneur a chargé ses anges, avec le marteau de l'épreuve, avec le coin de fer des préoccupations et des inquiétudes les plus accablantes, de t'attacher à la Croix. Certes les coups de marteau sont bien durs, le fer blesse bien au vif.... mais la foi te dit de regarder au-delà II faut regarder Celui qui dispose tout et qui commande ou permet ces rudes souffrances : est-ce que tout ce qu'ordonne notre bon Maître n'est pas pour notre bien véritable et éternel ? Et ne nous a-t-il pas promis de récompenser libéralement, en le glorifiant avec lui, celui qui aura le courage de souffrir avec lui? Pour boire à jamais le calice enivrant de la gloire et de la félicité, il faut approcher généreusement ses lèvres du calice amer de la souffrance, dans ce court espace qu'on

appelle la vie Etends-toi donc, ô mon âme, comme

Jésus, ton maître et ton modèle, sur les croix qui te

sont préparées, mais, comme lui, reste calme

silencieuse et résignée

Résolution. — Après la sainte Communion, faire un acte d'abandon entre les mains de Dieu, en répétant cette parole du Sauveur en Croix : « In manus tuas commendo spiritnm meum ».

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