‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 26 sur 102 · FÊTE DU SAINT-SUAIRE DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

FÊTE DU SAINT-SUAIRE DE NOTRE-SEIGNEUR

(Vendredi après le IIme dimanche de Carême"!

Prélude. — Contempler le Sauveur Jésus détaché pieusement de la Croix par la main de ses disciples, et, suivant une respectable tradition, reposant sans vie sur les genoux de Marie, sa Mère ; adorer le Fils, compatir à la douleur de sa Mère.. .. « Adoramus te,

Christe » etc « Sancta Mater, istud agas »

etc ...

Quand des mains amies eurent détaché de l'infâme gibet le corps tout meurtri du bon Maître, elles le placèrent avec respect sur les genoux de celle que l'Église appelle à si juste titre « la mère des douleurs»... (Compter avec Marie les plaies de Jésus... écouter avec confusion et brisement de cœur ce tendre reproche qu'adresse alors l'auguste Vierge à tous les pécheurs du monde, et conséquemment à moi-même en première ligne : Que vous avait fait mon Fils... mon Jésus... pour que vous le traitassiez delà sorte? En quoi a-t-il mérité d'être réduit par vous en cet état?...). Pendant que Marie reste abîmée dans la douleur, les disciples, les saintes femmes l'entourent, en mêlant leurs larmes aux siennes... Marie-Madeleine est à genoux à ses pieds et, avec les mêmes cheveux qui lui servaient à essuyer ses

propres larmes de repentir, elle essuie les gouttes de sang figé dont le corps du Sauveur est couvert... C'est alors que Joseph d'Arimathie et Nicodème (la justice et l'innocence), après avoir embaumé le corps de leur Maître de toutes sortes de parfums, l'enveloppent d'un grand linceul, d'un large suaire blanc comme neige, et se précipitent la face contre terre pour l'adorer et lui faire leurs adieux... Mais, en se relevant, ô miracle d'amour ! ils aperçoivent, dit une pieuse légende, le corps de Jésus parfaitement reproduit avec ses blessures sur le suaire... (Baiser de cœur avec eux cette divine empreinte).

Il y a pour nous une leçon bien touchante à tirer

de ce mystère : le suaire sacré qui enveloppe le

corps inanimé de l'Homme-Dieu, est l'image de

l'âme qui reçoit ce même Dieu vivant et transfiguré

au sacrement de l'autel .. La blancheur du suaire est

le symbole de la pureté et de l'innocence requises

dans l'âme qui s'unit à son Dieu ; les aromates nous

apprennent que cette âme doit être embaumée du

précieux parfum des autres vertus .. Oh ! heureuses,

mille fois heureuses les âmes qui peuvent offrir au

Dieu eucharistique un suaire, un linceul aussi

blanc, des parfums aussi purs que ceux qui servirent

à l'ensevelissement du Dieu du Calvaire! Frappe

d'amour à la vue de ces âmes, le Sauveur imprime

si avant en elles son visage adorable que le péché

ne réussit plus ensuite ni à l'effacer ni à la voiler ni à

l'obscurcir...

Si l'image de ton Dieu n'est encore que si faiblement empreinte en toi, ô mon âme, si tu es con-

trainte de t'avouer encore si peu ressemblante au divin modèle, ne serait-ce point parce que tu t'es approchée de lui jusqu'alors sans être assez purifiée?.. Que de fautes légères, altérant, comme autant de taches, la beauté, la blancheur que réclame le corps trois fois saint d'un Dieu, tu as portées à la table sainte!... Il t'était si facile pourtant d'effacer ces taches par un acte d'amour pur et sacrifié .. (S'humilier de n'avoir pas assez pensé jusqu'alors à se purifier le plus possible de ses fautes légères, avant d'aller à la sainte Communion ; demander à Notre-Seigneur la grâce de n'oublier jamais à l'avenir de chercher, dans un acte de charité parfaite, la pureté du cœur qu'il demande des âmes qu'il vient visiter).

Résolution. — Faire, avant la Communion, un acte du plus généreux amour envers Notre-Seigneur; au moment où le divin Maître descendra dans l'âme, établir un parallèle entre Joseph d'Arimathie et soimême, entre le suaire et Târne, entre le corps inanimé et le corps vivant de Jésus... apprécier avec la foi la plus vive et la reconnaissance la plus cordiale son propre bonheur. Demander à Jésus qu'avant de disparaître substantiellement, il veuille bien graver d'une manière ineffaçable, dans l'âme où il est venu s'ensevelir lui-même comme dans un nouveau linceul, l'empreinte de ses traits divins. Réciter, à la visite au Saint-Sacrement, l'hymne de Laudes de la fête du Saint-Suaire.

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