‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 27 sur 102 · PÉCHÉ VÉNIEL SA NATURE · texte numérisé non relu

PÉCHÉ VÉNIEL SA NATURE

Prélude. — Se figurer un homme couvert d'ulcères qui le défigurent affreusement, et rendent sa présence pénible même à ses meilleurs amis .. O mon Dieu, faites-moi connaître la malice du péché véniel, surtout quand c'est une âme favorisée de vos grâces, comblée de vos bontés, qui le commet ; daignez m'inspirer toute l'horreur que mérite ce péché...

Qu'est-ce que le péché véniel ? C'est une désobéissance à Dieu... Bien qu'elle ne soit pas assez grave pour nous faire encourir sa disgrâce, nous mettre au rang de ses ennemis, elle renferme une préférence indigne donnée à la volonté de l'homme sur la vo lonté suprême. C'est une offense... c'est un mépris... une injure réelle... (Mesurer, par une réflexion sérieuse, la gravité de cette offense sur la grandeur de Celui à qui elle s'adresse et sur la bassesse de celui qui la commet...) Peut-on regarder comme légère, dit saint Jérôme, une faute qu'on ne peut commettre sans quelque mépris pour Dieu?... Oh ! qu'une âme qui commet facilement le péché véniel, devrait avoir de vives inquiétudes sur l'accomplisse-

ment du grand précepte de l'amour de Dieu ? Est-ce aimer Dieu que de se faire un jeu de lui déplaire ? Est-ce aimer Dieu que de lui résister en mille rencontres, quand il commande les choses du monde les plus aisées ? Est-ce aimer Dieu que de lui désobéir sans remords, sous prétexte que ce n'est pas en matière grave ?... Aime-t-il son maître, ce serviteur d'ailleurs fidèle, mais parlant de lui sans respect, agissant avec négligence, faisant tout de mauvaise grâce?... Aime-t-il son ami, cet ami prétendu qui, se retranchant sur les services majeurs et essentiels qu'il est disposé à lui rendre, n'a jamais pour lui aucune prévenance, ne fait aucune difficulté de le contrarier assez souvent, et attend, pour lui être utile, de le voir dans un grand besoin ou un pressant danger ?... Aime-t-il son père, cet enfant qui, se bornant à ces devoirs principaux qu'on ne peut négliger sans être tout à fait dénaturé, ne prend jamais pour lui aucun de ces petits soins qui marquent la délicatesse du cœur et la tendresse de l'affection, qui n'a jamais pour lui ni ménagements ni complaisances, et qui le contriste à chaque heure par mille traits de désobéissance?... Dieu est notre maître .. notre ami... notre père... Est-ce l'aimer que de ne lui obéir que quand on voit son regard irrité ou que l'on entend gronder

son tonnerre . Non, ce n'est pas l'aimer, non

c'est s'aimer soi-même. . c'est se préférer à lui... Voilà le péché véniel... il est le mal de Dieu .. C'est, après le péché mortel, le plus grand de tous les maux qui puissent tomber sur desimpies créatures soit pour le temps, soit pour l'éternité... « Il vaudrait mieux mourir et souffrir mille morts que de commettre un seul péché même véniel, dit saint Thomas

d'Aquin »... Ce serait un grand mal assurément que l'anéantissement et surtout la damnation de tous les hommes ;et cependant il y aurait désordie à vouloir, si on le pouvait, empêcher ce malheur au prix d'un seul péché véniel... Si, par impossible, on pouvait, par un péché véniel, délivrer les âmes du Purgatoire, éteindre les brasiers de l'Enfer... il ne serait pas permis de le faire... Le péché véniel est un si grand mal que ni toutes les larmes du genre humain, ni les tourments des martyrs, ni les austérités des solitaires, ni les travaux ni les souffrances, ni la charité de tous les saints, ni toutes les bonnes œuvres qui se sont faites depuis le commencement et se feront jusqu'à la fin du monde ne suffiraient à réparer l'outrage qu'il fait à Dieu, si on n'y ajoutait les satisfactions infinies du Verbe incarné... Voilà le péché véniel...

Voilà le péché que je commets, quand je me laisse entraîner à ces impatiences, à ces railleries malignes, à ces médisances qui ne font pas un tort

sérieux au prochain quand je commets ces

recherches d'estime et de vanité, ces retours d'égoïsme, ces jalousies secrètes, ces mensonges officieux, ces dissipations, ces curiosités qui m'enlèvent à moi-même et me bannissent de mon propre coeur, ce défaut de recueillement dans mes devoirs

de piété Voilà le péché que je me pardonne si

facilement, dont je m'inquiète médiocrement, en me disant qu'il n'est pas grave et qu'il ne me fait pas encourir la disgrâce de mon Dieu Oh ! que la

parole de saint Bernard est effrayante : « Dire dans son cœur, dit cet illustre docteur : Ce ne sont que des fautes légères, pourquoi me donner la peine de m'en corriger ? Ce n'est pas un si grand mal que de persister en ces sortes de fautes que Dieu pardonne

facilement ; c'est un endurcissement commencé

c'est un blaphème » ! C'est contrister l'Esprit-Saint . . . c'est affliger le cœur de Jésus-Christ, de cet adorable Sauveur « qui a été blessé pour nos moindres iniquités, comme il a été broyé pour nos crimes »

Aussi avec quel soin les saints ne se sont-ils pas appliqués à éviter le péché véniel ! On les a vus

inconsolables après les fautes les plus légères

«J'aimerais mieux, dit saint Edmond, me précipiter dans un bûcher ardent que de me rendre coupable volontairement de la moindre offense envers mon Dieu ». — « Je me jetterais dans un océan de flammes, s'il le fallait, dit sainte Catherine de Gênes, pour éviter la rencontre du moindre péché, et j'y resterais toujours plutôt que d'en sortir par un péché véniel». — Et la glorieuse sainte Catherine de Sienne dit quelque part que « si l'âme, qui est immortelle, pouvait mourir, la vue d'un seul péché véniel qui souillerait sa beauté serait capable de lui donner

la mort »

Pourquoi n'ai-je pas, ô mon Dieu, sur le péché véniel les pensées des saints ? Ah ! c'est sans doute que je ne vous connais pas, c'est que je ne vous aime pas comme les saints Daignez donc, ô Seigneur mon maître, éclairer mes ténèbres et vous révéler à mon âme. Encore quelques instants, et vous allez venir me visiter dans votre sacrement adorable ; « allumez en moi le feu de votre amour » En

vous aimant, je craindrai de vous déplaire, je haïrai tout péché plus que la mort

Résolution. — Après avoir examiné sérieusement quelles sont les occasions les plus fréquentes que l'on a de commettre volontairement le péché véniel, promettre à Dieu de les éviter soigneusement avec le secours de sa grâce ; réciter à genoux les bras en croix le Miserere pour demander pardon à Dieu de tous ses péchés véniels passés

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