FÊTE DU PRÉCIEUX SANG DE NOTRE-SEIGNEUR
(Vendredi après le IVe dimanche de Carême)
Prélude. — Se représenter le Sauveur tel que nous le dépeint l'apôtre saint Jean dans son Apocalypse : ses yeux sont comme une flamme de feu, il a sur la tête plusieurs diadèmes, il est revêtu d'une robe « teinte de sang», et sur son vêtement il porte écrit ce beau nom: « Roi des rois, Seigneur des Seigneurs ». Adorer avec reconnaissance ce Dieu sauveur qui nous a rachetés par l'effusion de son sang: « Te ergo, qnœsiimiis, tuis famulis subvenir quos ftreîioso sanguine redemisii... »
La marque du sacrifice, c'est l'effusion du sang : voilà pourquoi, ô mon âme, ton Dieu sauveur, du jour où il a consenti à se faire pour toi victime de propitiation, a dû se résigner à répandre son sang. Il a commencé à le verser dès son entrée dans le monde, sous le couteau delà Circoncision, pour préluder au suprême holocauste qu'il devait consommer sur le Calvaire. Considère cette adorable Victime dans chacune des trois scènes du douloureux drame de son sacrifice; à Gethsémani, il est baigné dans une sueur de sang ; au prétoire de Pilate, le sang ruisselle sous les coups répétés des fouets de ses
bourreaux ; auGolgotha, le sang jaillit de ses piedsy de ses mains, de toutes les parties de son corps couvert de blessures...
Approche, approche bien près, ô mon âme, du pied de la Croix où ton Maître est cloué. Oh ! qu'heureuse tu seras, si tu peux recueillir quelques gouttes de son sang! Une seule suffit à te purifier... à te sauver. Fusses-tu coupable comme Madeleine, tu seras réhabilitée ; fusses-tu criminelle comme le bon larron, ton salut est assuré... Tu as péché, mais Jésus, le juste par excellence, a pris sur lui le châtiment que tu as mérité. Pour les iniquités qui t'enveloppent comme d'un manteau d'ignominie, Jésus, l'innocence même, porte, dans le sang qui rougit le manteau de sa chair sacrée, les stigmates des coups qui devaient tomber sur toi... O bon Maître, jusqu'où vous porte votre amour?... Jusqu'où va votre dévoûment? A quel excès de tendresse est parvenue votre bonté ? C'est moi qui ai fait la faute, c'est vous qui portez la peine !... C'est moi qui ai commis le mal, c'est vous qui encourez la vengeance !.. . C'estmoi qui me suis élevée par un déplorable orgueil, c'est vous qui vous abaissez dans l'humiliation!... C'est moi qui ai couru après les satisfactions de la nature, c'est vous qui supportez les déchirements, la flagellation, le crucifiement de la chair!... Telle est mon indignité, mais tel est votre amour, ô mon Dieu.
Ce sang du Sauveur si précieux, si merveilleusement salutaire, l'Église, sa mystique épouse, l'a recueilli pour nous ses enfants ; elle le fait jaillir chaque jour et à chaque heure par des sources mysté-
rieuses où elle nous invite, comme autrefois le Prophète, à venir puiser. Les sacrements (le sacrement de Pénitence, la Communion eucharistique surtout), voilà les canaux mystérieux par où peut arriver à nos âmes ce sang régénérateur. Le tribunal réconciliateur et l'âme coupable, c'est le Calvaire et la pécheresse que lave le sang du Crucifié ; la table sainte et l'âme qui communie, c'est Jésus, le bon Pasteur, qui nourrit sa brebis de son sang. (Remercier le Seigneur de la grâce privilégiée qu'il nous fait de nous laver si souvent dans son sang, de nous nourrir plus souvent encore de ce sang divin... préférablement à tant d'autres, qui ne connaissent pas les fruits du bain de purification... ni les délices ineffables de la céleste nourriture ..)
Toutefois, ô mon âme, il faut bien que tu te le dises à toi-même, le sang appelle le sang, c'est-à-dire le sacrifice appelle le sacrifice, la mort appelle la mort Eh bien ! ce sang que ton Dieu réclame en retour du sien versé avec tant d'abondance et de prodigalité,
ce sang, consens-tu à le répandre? Le sang des
veines, serais-tu prête au besoin à le faire déborder
par amour pour ton Sauveur ? Le fais-tu au moins
couler goutte à goutte dans l'exercice des mortifications et de la pénitence ? Le sang du cœur ?
Où sont les coups que tu portes à tes défauts ?
Où sont les privations que tu imposes à tes attraits
et à tes instincts? Où sont les blessures que tu
fais au vieil homme? Où sont les larmes que tu
répands sur tes faiblesses et tes misères? Ah ! ce
sang quand donc pourras-tu te rendre le témoignage de le laisser jaillir, s'épancher, s'en aller, se mêlant à celui du divin Maître .... ? Quand donc pour-
ras-tu dire avec l'Apôtre : « Avec Jésus je m'attache
à la Croix. Christo confixiis s uni Criici » C'est
par son sang que le Sauveur a mérité pour son humanité le beau titre qu'il porte écrit sur son manteau :
« Roi des rois » C'est en versant, comme lui et
avec lui, notre sang que nous deviendrons, nous aussi, vraiment rois : rois dans notre âme, rois dans notre cœur, rois dans notre corps. C'est par l'effusion continue de notre sang que nous achèterons la gloire
de la souveraineté sur nous et de la conquête du
Ciel.
Résolution. — Ne pas laisser passer la journée • sans répandre du cœur quelques gouttes de sang pour les mêler au sang de Jésus, en s'imposant, pour l'amour de cet adorable Maître, un sacrifice pénible à la nature. Redire souvent ces oraisons jaculatoires : « Sanguis Christi, inebria nos. Sang de Jésus, enivrez-nous». « Te ergo, quœsumus, famulis tuis subvenir quos pretioso sanguine redemisti. Oh! Seigneur nous vous en prions, venez en aide à. vos pauvres enfants que vous avez rachetés par votre sang ».