‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 31 sur 102 · ELLES SONT MON OUVRAGE · texte numérisé non relu

ELLES SONT MON OUVRAGE

Prélude. — Accompagner de cœur avec les Apôtres, le Sauveur Jésus dans le trajet qu'il fit du Cénacle à la montagne des Oliviers; entrer avec lui dans le jardin de Gethsémani, et se le représenter rapidement, par un acte de l'imagination la plus vive, au

plus fort de sa longue et cruelle agonie S'abîmer

dans la douleur et l'adoration Ce n'est pas

un inconnu un étranger que je vois souffrir

(Et pourtant toute souffrance qui attire mon regard m'émeut ) C'est mon Maître .... c'est mon Dieu.

Quel changement subit dans le Sauveur ! Lui toujours si calme, si supérieur à tous les événements, lui, le Dieu de toute consolation, lui qui semblait, il y a peu de temps encore, souhaiter ardemment le calice de la douleur : « Je dois être lavé dans un baptême, et mon âme est impatiente de le voir s'accomplir » ; lui qui, plus tard, saura inspirer aux martyrs un courage héroïque,.. .. une joie indicible au

sein des plus rudes souffrances; lui le Dieu de la

force, voici que la crainte et la tristesse troublent

son âme, son cœur est brisé, tout son corps tremble

et frémit, pour la première fois il se plaint Dans

le trouble qui l'agite, il va, il vient ; il cherche la solitude, et il la fuit ; il court vers ses Apôtres, et il s'en

éloigne Partout la douleur l'accablement

Il aurait besoin d'un ami pour soulager son cœur dans l'épanchement, et ses apôtres, plongés dans un

lâche sommeil, n'ont pas un mot à lui dire Il se

tourne vers Celui qui naguère l'appelait son Fils

bien-aimé il appelle son Père Il pousse vers

lui un cri de détresse, et son Père semble sourd à

sa voix Seul, sans appui, il ne sait où porter sa

pensée, où trouver un allégement à ses peines

Oh ! est-il étonnant que, sous le poids de ces inconsolables angoisses, il ne puisse plus se soutenir?

Ses forces l'abandonnent, son corps épuisé tombe à

terre, une sueur glacée coule de tous ses membres

et (Y penseras-tu sans frémir, ô mon âme ?) le sang

oui, le sang s'ouvre un passage au travers de ses veines, et ruisselle de tous ses membres avec tant d'abondance que la terre en est arrosée — (Rester quelque temps à contempler l'Homme-Dieu étendu

par terre et presque sans vie dans son sang)

Hé quoi ! O Jésus, ô bon Maître, est-ce bien vous

que je vois en cet état ? Oh ! malheur, malheur

à ceux qui resteraient le cœur froid et l'œil sec en

face de votre auguste souffrance ! Pour moi,

assez longtemps mon cœur a été de bronze. Je sens que vous me donnez en ce moment un cœur de chair ... Je me sens pressée de mêler mes larmes à

vos larmes et à votre sang D'ailleurs, je ne le sais

que trop, vos souffrances sont mon ouvrage.

Oui, ma fille, si j'ai pleuré si j'ai tremblé, si j'ai

été écrasé sous le poids de l'angoisse au jardin des douleurs, c'a été pour l'amour des âmes, pour le salut du monde, par conséquent pour le tien . .. Dans ce calice que je tenais à la main, et dont je détournais instinctivement les lèvres, se trouvait l'affreux mélange de toutes les iniquités de la terre, de

tous les crimes de l'univers péchés de tous les

siècles, de tous les états, de toutes les conditions, péchés de tous les âges, de tous les lieux, de toutes

les passions fiertés de l'orgueil, emportements de

la colère, infamies de la luxure Oh ! quels flots

d'amertume dans cette coupe! (Embrasser par la pensée tous les crimes, toutes les abominations commises avant la venue du Sauveur, et les crimes plus abominables encore qui devaient être commis après lui

Essayer de se faire une idée de la répulsion affreuse que dut éprouver le divin Maître, lui, la justice et la sainteté mêmes, au moment où il s'agissait de se laisser couvrir de cette lèpre hideuse, et de s'en revêtir comme d'un manteau).

Voilà po*Cirquoi il demande itérativement à son Père d'éloigner de lui ce calice Un ange descend du Ciel pour ranimer sa défaillance ; aidé de ce secours,

il surmonte sa répulsion il prend le calice, il

l'approche de ses lèvres il veut l'épuiser mais

soudain il s'arrrête il lui reste la lie et un dégoût

insurmontable l'empêche d'achever

O Seigneur, je le comprends, cette lie, c'étaient les péchés qui faisaient à votre cœur la blessure la plus sanglante.. .. C'étaient les péchés de la plus noire

ingratitude .... c'étaient les péchés de vos enfants

les plus chers .... c'étaient les miens Vous me

voyiez abuser de vos mérites mépriser vos grâces,

fouler aux pieds votre sang, perdre le fruit de votre mort .. . Vous voyiez ces fautes commises dans l'ombre ces résistances à vos inspirations ces

négligences multipliées..... ces infidélités sans nombre d'une enfant qui avait tant de raisons de vous

aimer et c'est ce qui causa vos plus rudes tortures,

vos plus violentes convulsions Oui, Seigneur, il

y en avait assez pour vous donner la mort sans le secours des bourreaux, et, si vous n'avez passuccombé alors, c'est que « votre heure n'était pas encore

venue »

Oh ! je me jette à vos pieds confuse, humiliée,

anéantie je vous confesse ma perfidie mon

ingratitude ; accordez-moi mon pardon. Je veux à l'avenir, par mes regrets et mon amour, par ma générosité, vous consoler autant que je vous ai affligé.

Résolution. — Réciter à genoux au pied de son crucifix le Ve Psaume de la pénitence en expiation de ses fautes ; imposer un sacrifice à la nature pour la journée, en esprit de pénitence, et le fixer de suite : « Per agoniam et passionem tuam, libéra nos^Jesu ».

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