JÉSUS-CHRIST AU JARDIN DES OLIVIERS VRAI MODÈLE DES AMES AFFLIGÉES
Prélude. — Se rappeler sommairement les principales réflexions suggérées par la méditation précédente ; adorer de nouveau avec larmes Notre-Seigneur prosterné la face contre terre et inondé d'une sueur de sang: « Sanguis Christi, inebria nos ».
Celui qui nous a servi de modèle toute sa vie, a voulu encore, par les souffrances qui ont précédé sa mort, par son agonie au jardin des Oliviers, nous apprendre ce que nous devons faire dans nos afflictions et où nous devons en chercher le remède. Dans nos peines nous devons, comme lui, compter peu sur les hommes, prier, nous abandonner à Dieu.
Jésus-Christ laisse la multitude desesdisciples a l'entrée du jardin. — Oh! quelle belle leçon! A quoi bon tant de témoins, tant de confidents de nos
chagrins, de nos douleurs ? On réussit peut-être
par l'épanchement à suspendre un moment sa peine, mais, ce court moment de satisfaction passé (Si tant est que l'on puisse goûter une satisfaction à se plaindre et à être plaint), on retombe sur soi-même non moins triste souvent plus triste qu'auparavant.
La douleur s'augmente des remords delà conscience. Presque toujours les confidences qu'on se fait dans le monde de ses disgrâces et de ses peines renferment quelque péché N'en ai-je pas fait souvent l'expérience ? Ah! il vaudrait mieux s'accoutumera
souffrir en silence : quelle source féconde de grâces dans une croix que l'on sait tenir secrète et dont on
ne parle qu'à Dieu!
On peut pourtant s'ouvrir à un ami, Jésus a bien voulu admettre trois disciples à la confidence de ses peines ; mais, de même que Pierre, Jacques et Jean étaient les amis d'élite, de même celui dans le cœur duquel on peut s'épancher doit être l'ami de Dieu
plus encore que le nôtre Quand on l'a rencontré
on peut verser son âme dans la sienne, et lui donner
le poids du chagrin à partager Ce n'est alors que
chercher Dieu dans l'homme Il n'est pas certain
qu'on éprouvera toujours consolation : quand Jésus va à ses apôtres, il les trouve endormis, voilà les
hommes Jésus-Christ ne reste pas longtemps avec
ses trois amis, il les quitte au bout d'un instant : il a voulu nous apprendre que la consolation prise d'abord dans la vue de Dieu pourrait devenir naturelle, si elle durait trop. Il faut revenir vite à Dieu : notre cœur ne dépend que de lui, lui seul peut rendre le calme parfait
Jésus s'adresse a son Père Mais cette prière
quelle est-elle? « Mon Père, s'écrie-t-il, si cela se peut, éloignez de moi ce calice ; pourtant que votre volonté se fasse et non pas la mienne ! »
Prière humble: Jésus est prosterné à terre il
anéantit son humanité devant la majesté de son
Père Allons à Dieu par l'humilité et la défiance
de nous-mêmes.
Prière tendre : « Mon Père Mon Père Pater
mi » Dieu est notre Père, bien qu'il afflige;
alors même qu'il nous frappe, il nous aime, sa bonté est sans bornes, pourquoi en mettre à notre confiance ?
Prière courte Quelque abattus que nous soyons,
eussions-nous l'âme sur le bord des lèvres, nous pouvons en dire autant
Prière plaintive mais résignée Rien n'est plus
divin que tant de répugnances à souffrir avec tant
de résignation Il laisse la nature pousser son
cri mais il se soumet à la volonté de son Père
Quand nous sommes sous le poids du chagrin, nous
pouvons gémir répandre notre cœur avec sanglots
devant Dieu, maisnous devons être résignés Dieu
est notre Père, il nous aime ; ne devons-nous pas le laisser sévir, si c'est son bon plaisir ? « Sœviat quantum vult : Pater est ».
Prière persévérante : il prie jusqu'à trois fois, il répète toujours cette même prière tant que dure sa
peine Pourquoi nous lasser de prier ? Dieu
ne se lasse pas de nous entendre, on n'obtient que par la persévérance
Prière exaucée : car, si le Père éternel n'éloigne pas le calice de son Fils, il lui envoie un ange pour le consoler. Après cette visite du céleste messager le divin affligé est tout autre : -< Surgite, eamus, levezvous, marchons », s'écrie-t-il. lise présente intrépide
à ses ennemis, il va au supplice sans se plaindre
On l'entendra bientôt prier pour ses bourreaux
Notre prière, si elle est bien faite, ne saurait être stérile : nous obtiendrons ce que nous demandons ou des biens plus grands encore
Jésus se remet entre les bras de son Père. — Tu viens de voir, ô mon âme, dans la prière que le Sauveur adresse à son Père, avec quelle soumission filiale, avec quelle aveugle déférence il se résigne à sa sainte volonté.. .. Il ne lui dit pas absolument : Délivrez-moi de la mort A peine, dans l'affaissement
qu'éprouve son humanité aux abois, a-t-il manifesté
avec respect sa répulsion à souffrir tout aussitôt
il se remet totalement ei.tre les bras de son Père
il s'abandonne à sa sainte volonté
Oh ! l'admirable modèle ! Je veux désormais
marcher sur vos traces, ô mon Jésus Si, comme
vous, je parle à Dieu, votre Père, de mes souffrances, comme vous je serai heureuse de le considérer comme l'arbitre de mon sort, je lui laisserai le soin de ma destinée... . Dans le passé, que de larmes versées en pure perte que de plaintes inutiles que de murmures ! Désormais, soutenue par
votre grâce, je ne laisserai tomber de mon cœur ni de
mes lèvres aucune parole de rébellion Ne sais-je
pas que c'est à ceux que vous aimez que vous envoyez des peines ? ... . que vous aimez d'autant plus que vous affligez davantage, parce que vous les détachez ainsi plus parfaitement des créatures pour vous les
attacher uniquement ? Oui, vous seul vous
seul serez mon soutien mon consolateur ....
mon père mon ami.
Résolution. ■ — Dans mes peines, n'aller chercher
de consolation qu'en Dieu et avec Dieu Si parfois
je sens le besoin de m'épancher dans le cœur d'un ami, que cet ami soit un homme de Dieu. Lire dans la journée le chapitre xvne du IIIe livre de Yhnitation. « Non mea voluntas, sed tua fiât ! »
COMPASSION DE LA SAINTE VIERGE
(Vendredi après le dimanche de la Passion) MARIE AU PIED DE LA CROIX
Prélude. — Se rappeler la prcfphétie du saint vieillard Siméon, lui annonçant qu'un jour son âme serait transpercée d'un glaive de douleur : « Et tuant ipsius animant pertrnnsibit gladius ». Elle se réalise au pied de la Croix : la Passion de son divin Fils est la mesure de sa Compassion : « Sa douleur, dit le Prophète, est vaste comme la mer » ; et, au sein de ses angoisses, elle nous adresse à tous ces pathétiques paroles : « O vous tous qui passez par le chemin, arrêtez-vous un moment, et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne ».
Arrête-toi donc, ô mon âme, aux pieds du Calvaire, et essaye de mesurer l'immensité de cet océan de douleurs
i° C'est la douleur d'une mère qui perd son fils
Il se fait dans un cœur maternel, au moment de la
séparation, une plaie inguérissable (Quelles
seraient mes angoisses, si je savais les jours de mes
enfants en danger, car je suis mère, moi aussi !
si des craintes longtemps prolongées se changeaient tout-à-coup en une affreuse certitude si j'étais
contrainte de me dire à moi-même : Je vais perdre mon enfant )
2° C'est la douleur d'une mère qui voit son fils mourir sous ses yeux. Marie a gravi la montagne du
Calvaire plus d'une fois son pied a glissé dans le
sang de son Jésus Arrivée au sommet, elle entend
le bruit des marteaux enfonçant les clous dans les
pieds et les mains de son Fils Elle voit la Croix
s'élever. Jésus y est suspendu entre deux scélérats ; par de larges et profondes blessures son sang divin
coule à flots Une mère ! Un fils ! Elle le
voit mourir sans pouvoir adoucir ses souffrances :
elle ne peut soutenir cette tête qui s'incline elle
ne peut étancher ce sang qui ruisselle elle
entend ce cri déchirant : « J'ai soif ! » elle ne peut
approcher de ses lèvres un breuvage moins amer
enfin le dernier cri du mourant vient briser son
cœur Autour d'elle desyeux secs et indifférents
une vile populace, qui chante victoire avec une joie féroce et qui se retire en maudissant la Mère du Crucifié (Je suis mère, moi aussi Oh ! comme
elle a dû souffrir, la mère de Jésus !) « Quis est homo qui non fleret, Christi matrem si videi et in tanto supplicio. Est-il un cœur assez dur pour ne pas pleurer en voyant la Mère du Sauveur dans un tel supplice ? »
30 C'est la douleur d'une mère qui aime son fils d'un amour à nul autre comparable. Oh ! la douleur d'une mère qui perd son fils est en raison de son amour
pour ce fils Or c'est Marie, la plus tendre des
mères, le cœur le plus délicat, un cœur maternel fait tout exprès par Dieu comme un chef-d'œuvre de perfection c'est Marie qui voit expirer, dans les
plus cruelles et les plus ignominieuses souffrances,
Jésus, le fils le plus dévoué le plus parfait le
plus digne d'être aimé. « Nullus dolor amarior, quia
nulla proies carior »
4' C'est la douleur d'une mère qui aime son fils en voyant en lui son Dieu, qui l'aime de l'amour le plus
fort le plus merveilleux de l'amour de la plus
sainte des créatures Elle aime son Dieu dans son
fils, elle aime son fils dans son Dieu tandis que
Jésus aime sa fille dans sa mère et sa mère dans sa fille O Fils! O Mère ! Tel est l'effet de la sympathie entre une telle Mère et un tel Fils que la Mère souffre dans la chair du Fils, et que le Fils souffre dans l'âme de la Mère O ineffables communications d'amertumes ! O merveilleux flux et
reflux de douleurs entre ces âmes si intimement
unies Elles se blessent mutuellement par leur
amour mutuel Chacune endure toutes les souffrances de l'autre. Ce sont deux bûchers qui se
communiquent leurs flammes « Quis est liomo
qui non fier et ? » (Mêler ses larmes aux larmes
de cette mère désolée ... . et se reprocher d'avoir été la cause de cette immense douleur).
Apprends, ô mon âme, à l'école de la Mère des douleurs comment il faut souffrir. Quelles que soient tes peines, sont-elles comparables à celles de Marie ? Oh! ne perds pas courage Ne murmure pas contre le Dieu qui t'éprouve Reste
calme soumise et résignée ... . Au plus fort des
orages dont son cœur est assiégé, au pied de la Croix, Marie se tient debout dans l'attitude du cou-
rage : « Stabat » . « Ne me la représentez pas évanouie, ni même en sanglots, dit saint Ambroise ; je lis dans l'Évangile qu'elle était debout, je n'y lis pas qu'elle fût en larmes : « Stantem logo, flentem non
lego ». Elle regarde avec compassion les plaies
de son Fils, mais, avec un courage qui ne dégénère pas de celui qu'elle a devant les yeux, elle se maintient inébranlablement soumise aux décrets divins
et la mort de son Fils, en lui arrachant le cœur, ne lui ôte pas l'empire d'elle-même : « Stabat mater dolorosa » (S'examiner, s'humilier de ses affaissements de ses découragements ). Non, non,
divine Mère, mon céleste modèle, il ne sera pas dit que de bien moindres épreuves me trouvent moins généreuse. Comme vous, je veux désormais me courber avec tranquilité, m'humilier avec amour sous les coups dont le Seigneur me frappera Dûtil me blesser dans mes plus chères affections dûtil rompre mes liens les plus doux dût-il me
ravirses biens les plus précieux, j'adorerai ses décrets
en silence Et, si parfois la défaillance m'atteint
si je suis tentée de laisser échapper une plainte ou de commettre une faiblesse, oh î je jetterai les yeux
sur vous je vous contemplerai sur le Calvaire en
face de votre Fils expirant Et quand je vous
verrai là, luttant contre la plus profonde des douleurs et la foulant aux pieds, il me semble que
je sentirai le courage renaître en mon âme affaiblie et je me soumettrai à l'épreuve avec résignation : « Regina martyrnm, ora pvo nobis ».
Résolution. — S'imposer un sacrifice en union avec les douleurs de Marie ; faire un acte de résigna-
tion à la volonté divine pour les épreuves présentes et à venir; réciter, à la visite au Saint-Sacrement, le Stabat Mater. C'est une sainte pratique de le réciter tous les vendredis, après le Chemin de la Croix. ( <» La liturgie catholique, dit un homme à jamais regrettable, M. Ozanam, n'a rien de plus touchant que cette complainte si triste, dont les plaintes monotones tombent comme des larmes, si douce qu'on y reconnaît bien une douleur toute divine et consolée par les anges, si simple enfin dans son latin populaire que les femmes et les enfants en comprennent la moitié par les mots, l'autre moitié par le chant et le cœur »).