‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 33 sur 102 · PAR LA SAINTE COMMUNION · texte numérisé non relu

PAR LA SAINTE COMMUNION

Préludk. — Se représenter le chemin qui conduit de Bethphagé à Jérusalem : il est jonché de feuillage, couvert de vêtements ; Jésus le parcourt au milieu d'une multitude joyeuse, qui lui sert comme de cortège triomphal S'unir à la foule, crier du fond

de l'âme avec elle : « Hosanna, salut et gloire au Fils de David ! » Mais, en même temps, demander au divin Maître la grâce de connaître, comme lui, la

fragilité du triomphe que décernent les hommes

Le prier d'entrer dans notre âme et de n'en sortir jamais : « Veni, Domine Jesu, vent. Venez, Seigneur Jésus, venez >.

Dans une autre circonstance, le Sauveur s'était dérobé aux acclamations du peuple, qui, touché de ses miracles de bonté, voulait le faire Roi. Ah ! c'est

que « son heure n'était pas encore venue »

Aujourd'hui il lui plaît de se prêter à l'empressement et à la joie du peuple. Parti de la demeure de

Lazare, de l'humble bourg de Béthanie voici

qu'il s'avance vers la ville royale; à peine informé de l'arrivée de Jésus, voici que le peuple se préci-

pite en foule à sa rencontre Jamais sujets n'en

avaient tant fait à aucun roi : les uns jettent leurs

vêtements par terre sur son passage d'autres

coupent à l'envi des rameaux verts pour en joncher le chemin

Quel spectacle ravissant ! Un peuple qui se

dépouille, des arbres qu'on ébranche les plus

riches tapisseries qu'on ait jamais tendues à l'entrée des rois égalent-elles ces ornements simples et naturels? Dans les autres entrées la joie est

commandée le programme de la marche triomphale est réglementé d'avance. Ici tout est spontané Rien ne frappe pourtant les yeux d'un éclat

extraordinaire : Jésus s'avance non sur un char

traîné par de fougueux coursiers somptueusement caparaçonnés Un ânon, voilà son humble monture. On ne voit devant lui ni gardes ni satellites

ni rois captifs, ni dépouilles de villes vaincues

Les palmes de son triomphe, habits et rameaux, sont le symbole d'autres victoires. Il a autour de lui les malades qu'il a guéris les affligés qu'il a consolés les morts qu'il a ressuscites

Il s'avance, à travers ce cortège qui va toujours croissant, entre à Jérusalem et va au Temple au milieu

des acclamations les plus touchantes Oh ! comme

se vérifie admirablement la parole du Prophète : « Dicite filiœ Sion : Ecce Rex tuns venit tibi mansuetus. Dites à la fille de Sion : Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur ». Arrête-toi un instant, ô mon âme, et considère avec complaisance ce grand et simple spectacle. Quelle douce et aimable majesté

sur les traits de Jésus au milieu de cette ovation !

quel calme à travers ces honneurs! Tout en rece-

vant avec grâce ces témoignages d'affection, le bon Maître ne peut s'empêcher de songera l'inconstance du cœur humain... . Hélas! ceux qui l'acclament aujourd'hui le maudiront demain ; demain ceux qui le reçoivent avec joie l'enverront à la Croix ; et à ces cris si touchants : « Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur » succéderont ces sauvages clameurs : « Crucifiez-le, crucifiez-le »

Apprends par là, ô mon âme, que Jésus ne compte

guère sur ceux qui le louent qui l'admirent et le

suivent à l'extérieur Il n'y a que ceux qui le suivent au-dedans et partout qui font sa volonté

qui se renoncent et portent leur croix, oui, il n'y a que ceux-là qui sont ses vrais disciples

Le triomphe du Sauveur entrant dans la ville royale est l'image d'un autre triomphe plus touchant encore, c'est celui de son entrée, par la sainte Communion, dans une âme d'où le péché l'avait banni

Les palmes sont le symbole des victoires que sa grâce divine a remportées sur les ennemis de cette âme les vêtements étendus sur le chemin représentent les vices dont elle s'est dépouillée avec le •secours d'en-haut, pour être moins indigne de participer au céleste banquet (Se rappeler la joie

que versa dans le cœur la première entrée de Jésus par la sainte Communion après un retour sincère .... Se demander si le bonheur du Sauveur n'était pas troublé alors, comme à son entrée dans Jérusalem,

par la pensée de notre future inconstance ) Oh!

que tu pouvais bien t'appliquer alors, ô mon âme, ce que le Prophète voulait que l'on annonçât à la

fille de Sion : « Ecce Rex tuns venit tibi mansuetus,

voici que ton roi vient à toi plein de douceur »

Médite-les bien ces paroles : le bonheur qu'elles te présagent, tu l'as éprouvé plus d'une fois. . .. (Remercier le Seigneur de ce que nos infidélités ne l'ont pas

éloigné de nous bénir sa miséiicorde infinie

envers nous )

Tu vas l'éprouver encore dans quelques instants :

« Ecce Rex tuus > Jésus est ton roi il possède

toutes les vertus royales dans un degré de perfection merveilleuse ; mais, dans ce mystère, sa bonté, sa mansuétude efface, en quelque sorte, l'éclat de

ses autres vertus. « Mansuetus » Il était doux en

venant au monde sur la paille d'une étable Il

était doux dans tout le cours de sa carrière mortelle « guérissant toute infirmité et redressant toute langueur » Il était doux à son entrée à Jérusalem : tout en lui respirait la clémence, la douceur se reflétait sur son front Il est encore plus doux, lorsqu'il entre en toi par le sacrement de la sainte Eucharistie .. .. Il semble fermer les yeux sur tes défauts, il ne veut voir que tes misères pour les guérir Oh! voici qu'il vient, « venit ». C'est luimême qui fait la démarche. Il a quitté le sein de

son Père il descend du Ciel au tabernacle

il sort de son tabernacle et il vient. . .. non plus au monde ni à un peuple .... ni aune ville, mais à toi :

« venit tibi » Quand donc comprendras-tu ton

indignité ? un Dieu .... le Saint des saints, le roi des anges, qui consent à habiter au milieu de tes tiédeurs de tes pensées frivoles de tes fautes

de tes négligences de tes innombrables imperfections! 11 vient pour toi en toi .. .. Comme

partout on reconnaît la trace de son passage par le

bien qu'il fait !

O Jésus, ne permettez plus que j'imite la criminelle inconstance des Juifs Purifiez mon âme,

ornez-la de vos vertus, établissez en elle le siège de votre empire . Oui, je veux être à vous. Dans quelques instants vous viendrez prendre possession de mon cœur; eh bien ! je vous le dis d'avance, le céleste hosanna que je répéterai en compagnie des anges, sera en moi, comme en ces esprits célestes, la reconnaissance de votre suprême domaine Puisse

votre règne en moi n'être plus troublé ! Puisse-

t-il être sans fin, comme celui que vous destinez à vos élus !

Résolution. — Aller à la sainte Communion avec joie, comme autrefois le peuple de Jérusalem au devant du divin Maître; redire du fond de l'âme, au moment où le Sauveur descendra en moi, les paroles des Juifs : « Hosanna filio David ; benedictns qui venit in nomme Domini ». Protester à Jésus de sa propre volonté de persévérer dans son amour ; lui demander cette grâce.

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