‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 34 sur 102 · ET LES AMES · texte numérisé non relu

ET LES AMES

Prélude. — Se représenter le Sauveur au Cénacle en compagnie de ses douze apôtres. Ecouter les épanchements pleins de tendresse et d'amitié qu'il verse dans leur âme ; apprécier le bonheur de saint Jean reposant doucement sur sa poitrine ; recueillir au fond de l'âme ces deux mots touchants: «Je ne vous appellerai plus désormais mes serviteurs, mais mes amis », « Je ne vous laisserai pas orphelins ». Puis assister à l'institution du plus adorable des mystères ; communier spirituellement en union avec les apôtres; avec eux adorer, remercier et surtout demander une foi vive à cet auguste mystère, qui fait ici-bas la seule félicité possible des âmes, et un amour tendre pour ce bon Maître, présent, s'immolant et se donnant dans cet auguste sacrement

Considère, ô mon âme, la charité immense et infinie que te témoigne le Sauveur Jésus dans la sainte Eucharistie, et, pour mieux en mesurer les étonnantes dimensions, fixe tour à tour un regard du cœur sur le tabernacle, où il veut bien demeurer pour toi, sur l'autel, où il se sacrifie pour toi, sur la table sainte, où il se donne et s'identifie à toi.

MÉDITATIONS IÔI

Le Tabernacle. — Que de fois, ô Seigneur Jésus, je me suis prise à regretter de n'avoir pas vécu dans le temps où vous passâtes sur la terre «en faisant le bien» ! Vous accompagner avec la foule au milieu de laquelle vous semiez vos bienfaits, épancher mes peines, avec tous les infortunés de cette époque, dans votre Cœur, si bien fait pour les comprendre et les consoler, vous approcher de plus près dans certains jours mauvais pour toucher au moins le bord de votre robe et être guérie, telle eût été ma jouissance, tel mon bonheur

Et pourtant, grâce à votre amour infini, je n'ai rien à envier, rien à regretter. Vous avez bien voulu vous faire vous-même notre contemporain et, en quelque sorte, notre voisin. Vous habitez au milieu de nous, nous vivons de votre temps, vous demeurez à notre porte Vous êtes vraiment notre « Emmanuel, Dieu avec nous » Vous ne voulez pas que,

dans votre famille, il y ait une souffrance, une angoisse dont on ne puisse venir atout instant chercher près de vous la consolation et le remède

Qu'ai-je dit ? mon âme est plus heureuse, ô mon Dieu, que ceux qui vous approchèrent pendant votre vie mortelle : ils vous possédaient dans votre état d'infirmité, et moi et tous les enfants de l'Eglise,

dans votre état de gloire Vous n'étiez au milieu

d'eux que par intervalles, vous quittiez une bourgade pour vous rendre dans une autre ; mais nous, vous ne nous quittez jamais, nous jouissons toujours de

votre divine présence Ces grands du monde, les

princes, ont leurs heures d'audience, encore n'arrive-

t-on près d'eux qu'à force de sollicitations Mais,

auprès de vous, il n'y a point d'heures privilégiées: toujours, à toute heure, vous êtes disposé à recevoir

nos visites, l'accès est libre et facile à tous Et

vos enfants vous laissent dans l'isolement et l'abandon et votre maison est déserte! Moi-même

que de froideur, que d'indifférence, que d'éloignement n'ai-je pas ressenti pour vous ! Mais aujourd'hui, ô mon Dieu, je comprends mon ingratitude, je ressens vos douleurs, et je m'engage à être jusqu'à mon dernier soupir du petit nombre des enfants restés fidèles à votre solitude et à votre abandon. Je ressens vos douleurs, et je veux aller souvent les pleurer avec vous et à vos pieds ; j'y trouverai, d'ailleurs, un admirable allégement aux miennes.

L'Autel. — Non content d'habiter avec nous, Jésus dans l'Eucharistie se fait notre victime. Marie- Madeleine eut le bonheur d'accompagner Jésus sur la montagne du sacrifice et, en assistant à l'oblation du Calvaire, d'en recueillir les mérites ; non moins heureuse tu dois t'estimer, ô mon âme, en assistant chaque matin au sacrifice de l'autel : c'est la même

immolation, elle se continue pour toi (Réveiller

sa foi par un parallèle entre le Calvaire et l'autel. Au Calvaire, Madeleine contemplait un Dieu meurtri, déchiré; son sang et sa chair sacrée se séparaient sous l'action des épines, des marteaux, des clous et de la lance des bourreaux, et son cœur se fondait d'amour. A l'autel, la foi te dit, ô mon âme, que les instruments de supplice sont remplacés par la parole du prêtre, qui met en pièces la divine Victime, la

chair et le sang paraissent séparés, et cette mort mystique te laisse souvent froide et glacée. Dans le Crucifié du Calvaire, Madeleine ne pouvait plus reconnaître les traits divins ni même humains de son Sauveur : sa face auguste avait disparu sous les meurtrissures et les plaies : et cette généreuse amie de Jésus sent redoubler pour lui les ardeurs de sa charité. De même à l'autel, Jésus n'est plus reconnaissable , en vain l'œil cherche à le discerner, à l'apercevoir : plus que jamais les vestiges du Dieu fait homme ont disparu; et souvent hélas! loin que mon cœur le poursuive de ses élans, c'est à peine si ma foi l'y cherche. Au Calvaire, c'est un Dieu qui meurt et qui passe de la Croix au sépulcre; et Madeleine l'y visite, l'y accompagne et voudrait, en quelque sorte, être ensevelie avec lui. A l'autel, bien que vivante, la victime paraît morte, les saintes espèces sont comme un linceul qui l'enveloppe, et, comme si cette sépulture ne suffisait pas, il se précipite dans la poitrine de son prêtre et des âmes qu'il aime, comme dans un tombeau qui n'en laisse plus subsister

aucune trace Assister toujours à la sainte Messe

avec les sentiments qui animaient Marie-Madeleine au Calvaire : offrir la divine Victime, s'offrir comme victime avec elle en expiation des péchés passés ; surtout comme elle aimer beaucoup. A cette seule condition, il nous sera beaucoup pardonné )

La Table sainte. — Mais ce n'est pas assez pour le Cœur brûlant de Jésus d'habiter avec nous, de se faire notre victime : il veut que nos cœurs soient ses tabernacles, il veut se mêler à notre chair et à notre

sang, et. nous faisant participants de sa nature divine, il veut que « nous ne soyons qu'un avec lui, comme

il est un avecson Père » N'envie donc plus, ô mon

âme, le bonheur du bien-aimé disciple : il ne t'est pas donné seulement de dormir sur le cœur du Sauveur Jésus, tu l'introduis dans le tien, tu possèdes en toi Celui dont la vie fait dans les Cieux le bonheur des élus. Tu deviens, pour ainsi dire, avec lui une même substance, ta vie est un commencement de la vie divine, de cette vie de gloire où les âmes saintes se confondent au Ciel dans une sorte d'unité mystérieuse avec le Dieu qui les récompense. O mon âme,

voilà ton bonheur tous les jours « non moins

heureuse que Marie >, dit saint Augustin (Effusion d'action de grâces...... Retour sur ses visites au

Saint-Sacrement, ses assistances à la sainte Messe, ses communions )

Résolution de foi, de piété et surtout d'amour dévoué pour l'avenir.

Page 1