VENDREDI-SAINT JÉSUS MEURT SUR LA CROIX
Prélude. — Se représenter le Calvaire, où sont disposés les instruments du supplice, puis regarder le Sauveur élevé en Croix entre deux voleurs, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche ; se prosterner quelques instants à terre pour adorer Dieu le Père et offrir à sa justice l'agonie et le dernier soupir de son Fils. Remercier Jésus, se faisant victime pour nous par amour, et le prier de faire passer dans notre cœur les sentiments qui animent le sien.
Voici que ton Sauveur, ô mon âme, touche au terme de son sacrifice. Escorté des soldats, qui ont la rage dans le cœur et la fureur dans les regards, poursuivi par les huées et les imprécations d'une foule
insolente et sanguinaire, il a gravi le Calvaire
De chute en chute, il est arrivé au sommet de la
montagne Alors la rage de ses bourreaux se
réveille plus brutale ils lui arrachent ses vêtements collés sur son corps ensanglanté ses
plaies se rouvrent c'est alors, surtout alors qu'il
est « le lépreux » annoncé par le Prophète :
« Depuis la plante des pieds jusqu'à la tête, il n'y a
pas en lui de partie saine »
Contemple , ô mon âme , avec quelle fureur les
barbares retendent sur l'autel de leur sacrifice
Jésus présente lui-même ses pieds et ses mains aux bourreaux, qui y enfoncent sous les coups redoublés du marteau d'énormes clous Représente-toi ses membres raidis ses nerfs rompus
ses veines ouvertes tous ses os tellement froissés
et rejetés hors de leur place que, suivant l'énergique expression de l'Esprit-Saint, on peut les « compter
l'un après l'autre » Représente-toi cette grande
croix qu'on soulève, et dont toutes les secousses font horriblement souffrir un corps qui n'est porté que par des plaies, qui n'est appuyé que sur des blessures et qu'on laisse retomber de tout son poids
dans la fosse qu'on lui a creusée
Le voilà donc élevé entre le ciel et la terre
Voilà l'innocence môme crucifiée entre deux scélérats Du haut de sa Croix, il regarde il aperçoit une foule qui le blasphème des soldats qui
tirent ses dépouilles au sort des curieux qui le
contemplent avec une froide insensibilité quelques âmes compatissantes mais bien rares, bien
clairsemées et enfin Marie sa mère, tout à la fois
témoin et seconde victime de ses souffrances (Se
figurer faire partie du groupe des saintes Femmes qui avaient accompagné le Sauveur sur le Golgotha ; regarder comme elles avec émotion et larmes la divine Victime ; s'imaginer rencontrer le regard du Sauveur qui, voyant nos larmes de compassion, nous adresse ces touchantes paroles : « Nolite flere
super me, sed super vos flete ». Il n'y a que l'eau
mystérieuse de la pénitence, l'eau de nos larmes de componction, pour tant d'ingratitude, qui puisse
étancher la soif dévorante qui consume son cœur et dessèche ses entrailles )
Enfin le Sauveur, voyant que rien ne manque à son sacrifice, sûr que « tout est consommé », « remet son
âme entre les mains de son Père » et, inclinant
la tête il expire. (Essayer de ressentir, par une
réflexion pleine de foi, le mystérieux contre-coup des émotions qu'éprouvèrent les saintes Femmes et principalement Marie-Madeleine, après avoir recueilli le dernier soupir de l'Homme-Dieu )
« Consummatum est, tout est consommé » : consommation de malice de la part des pécheurs, consommation de justice de la part de Dieu le Père, consommation d'amour de la part de Jésus. Voilà l'explication de l'ineffable mystère de la mort d'un Dieu sur la Croix.
Oh ! que la Croix doit t'être chère, ô mon âme, comme tu dois la vénérer ! Rien de plus précieux que le portrait de ceux qu'on aime Quel
culte dans le cœur d'un enfant pour le portrait d'un père qu'il a perdu.... et qui, pour le sauver de la mort, est mort lui-même victime de son dévoû-
ment ! Oh ! comme, au jour anniversaire du
sacrifice, il se fait un devoir de prendre l'image vénérée, de la presser sur son cœur, d'y coller ses
lèvres, de l'arroser de ses larmes Ne semble-t-il
pas alors que la physionomie s'anime ? Les yeux
regardent la bouche parle Quel échange
émouvant de paroles de feu qui vont du père à l'enfant, et de l'enfant au père ! Voilà ce qu'est
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pour toi la Croix, ô mon âme, avec la différence pourtant qui existe entre le dévoûment humain et le
dévouaient d'un Dieu entre l'amour d'un père
qui, après tout, n'est qu'un amour limité et l'amour
immense et infini de Jésus
Tu sais maintenant quel culte tendre d'adoration et de reconnaissance tu dois, en ce jour surtout, àla
Croix du bon Maître Prends-la donc, cette croix,
ou plutôt prends ton Dieu ton Père ton Ami,
qui y est cloué Agenouille-toi devant lui
Contemple-le avec amour Ecoute-le en silence
Baise ses plaies sacrées avec ardeur Presse-le
avec une sainte passion contre ta poitrine, et écrietoi avec une pieuse amante delà Croix : « O amour ! ô amour ! je t'ai trop peu connu, je t'ai trop peu
aimé! » Brûle consume maintenant mon
cœur de tes saintes flammes Etre dévoré par tes
ardeurs, voilà mon vœu le plus sincère
Résolution. — Aller à l'adoration de la Croix avec les sentiments de la componction la plus vive à la pensée de ses fautes, et de l'amour le plus ardent en retour de la charité infinie du Sauveur. Adorer de nouveau la Croix, en particulier vers trois heures, à cette heure unique entre toutes les heures que
compte le temps On pourrait emprunter au B.
Thomas a Kempis ces sentiments :
« O Croix de mon Sauveur! je vous adore et je
vous baise avec le plus profond respect sur vous
s'est appuyée cette tête du Saint des saints qui n'avait pas où se reposer ; vous êtes le lit de douleurs qui avez entendu ses dernières paroles et reçu son dernier soupir Vous avez été sanctifiée à
jamais par le corps de Jésus et consacrée par son
sang Croix bénie, arbre précieux, qui avez porté
sur vus branches le fruit de vie, qui avez été témoin des angoisses de la Mère de Jésus, faites qu'à ma mort je sois reçu par Celui à qui vous avez servi d'instrument pour me racheter». Réciter les litanies de la Passion.