‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 35 sur 102 · VENDREDI-SAINT JÉSUS MEURT SUR LA CROIX · texte numérisé non relu

VENDREDI-SAINT JÉSUS MEURT SUR LA CROIX

Prélude. — Se représenter le Calvaire, où sont disposés les instruments du supplice, puis regarder le Sauveur élevé en Croix entre deux voleurs, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche ; se prosterner quelques instants à terre pour adorer Dieu le Père et offrir à sa justice l'agonie et le dernier soupir de son Fils. Remercier Jésus, se faisant victime pour nous par amour, et le prier de faire passer dans notre cœur les sentiments qui animent le sien.

Voici que ton Sauveur, ô mon âme, touche au terme de son sacrifice. Escorté des soldats, qui ont la rage dans le cœur et la fureur dans les regards, poursuivi par les huées et les imprécations d'une foule

insolente et sanguinaire, il a gravi le Calvaire

De chute en chute, il est arrivé au sommet de la

montagne Alors la rage de ses bourreaux se

réveille plus brutale ils lui arrachent ses vêtements collés sur son corps ensanglanté ses

plaies se rouvrent c'est alors, surtout alors qu'il

est « le lépreux » annoncé par le Prophète :

« Depuis la plante des pieds jusqu'à la tête, il n'y a

pas en lui de partie saine »

Contemple , ô mon âme , avec quelle fureur les

barbares retendent sur l'autel de leur sacrifice

Jésus présente lui-même ses pieds et ses mains aux bourreaux, qui y enfoncent sous les coups redoublés du marteau d'énormes clous Représente-toi ses membres raidis ses nerfs rompus

ses veines ouvertes tous ses os tellement froissés

et rejetés hors de leur place que, suivant l'énergique expression de l'Esprit-Saint, on peut les « compter

l'un après l'autre » Représente-toi cette grande

croix qu'on soulève, et dont toutes les secousses font horriblement souffrir un corps qui n'est porté que par des plaies, qui n'est appuyé que sur des blessures et qu'on laisse retomber de tout son poids

dans la fosse qu'on lui a creusée

Le voilà donc élevé entre le ciel et la terre

Voilà l'innocence môme crucifiée entre deux scélérats Du haut de sa Croix, il regarde il aperçoit une foule qui le blasphème des soldats qui

tirent ses dépouilles au sort des curieux qui le

contemplent avec une froide insensibilité quelques âmes compatissantes mais bien rares, bien

clairsemées et enfin Marie sa mère, tout à la fois

témoin et seconde victime de ses souffrances (Se

figurer faire partie du groupe des saintes Femmes qui avaient accompagné le Sauveur sur le Golgotha ; regarder comme elles avec émotion et larmes la divine Victime ; s'imaginer rencontrer le regard du Sauveur qui, voyant nos larmes de compassion, nous adresse ces touchantes paroles : « Nolite flere

super me, sed super vos flete ». Il n'y a que l'eau

mystérieuse de la pénitence, l'eau de nos larmes de componction, pour tant d'ingratitude, qui puisse

étancher la soif dévorante qui consume son cœur et dessèche ses entrailles )

Enfin le Sauveur, voyant que rien ne manque à son sacrifice, sûr que « tout est consommé », « remet son

âme entre les mains de son Père » et, inclinant

la tête il expire. (Essayer de ressentir, par une

réflexion pleine de foi, le mystérieux contre-coup des émotions qu'éprouvèrent les saintes Femmes et principalement Marie-Madeleine, après avoir recueilli le dernier soupir de l'Homme-Dieu )

« Consummatum est, tout est consommé » : consommation de malice de la part des pécheurs, consommation de justice de la part de Dieu le Père, consommation d'amour de la part de Jésus. Voilà l'explication de l'ineffable mystère de la mort d'un Dieu sur la Croix.

Oh ! que la Croix doit t'être chère, ô mon âme, comme tu dois la vénérer ! Rien de plus précieux que le portrait de ceux qu'on aime Quel

culte dans le cœur d'un enfant pour le portrait d'un père qu'il a perdu.... et qui, pour le sauver de la mort, est mort lui-même victime de son dévoû-

ment ! Oh ! comme, au jour anniversaire du

sacrifice, il se fait un devoir de prendre l'image vénérée, de la presser sur son cœur, d'y coller ses

lèvres, de l'arroser de ses larmes Ne semble-t-il

pas alors que la physionomie s'anime ? Les yeux

regardent la bouche parle Quel échange

émouvant de paroles de feu qui vont du père à l'enfant, et de l'enfant au père ! Voilà ce qu'est

l68 xMONSEIGNEUR BILLARD

pour toi la Croix, ô mon âme, avec la différence pourtant qui existe entre le dévoûment humain et le

dévouaient d'un Dieu entre l'amour d'un père

qui, après tout, n'est qu'un amour limité et l'amour

immense et infini de Jésus

Tu sais maintenant quel culte tendre d'adoration et de reconnaissance tu dois, en ce jour surtout, àla

Croix du bon Maître Prends-la donc, cette croix,

ou plutôt prends ton Dieu ton Père ton Ami,

qui y est cloué Agenouille-toi devant lui

Contemple-le avec amour Ecoute-le en silence

Baise ses plaies sacrées avec ardeur Presse-le

avec une sainte passion contre ta poitrine, et écrietoi avec une pieuse amante delà Croix : « O amour ! ô amour ! je t'ai trop peu connu, je t'ai trop peu

aimé! » Brûle consume maintenant mon

cœur de tes saintes flammes Etre dévoré par tes

ardeurs, voilà mon vœu le plus sincère

Résolution. — Aller à l'adoration de la Croix avec les sentiments de la componction la plus vive à la pensée de ses fautes, et de l'amour le plus ardent en retour de la charité infinie du Sauveur. Adorer de nouveau la Croix, en particulier vers trois heures, à cette heure unique entre toutes les heures que

compte le temps On pourrait emprunter au B.

Thomas a Kempis ces sentiments :

« O Croix de mon Sauveur! je vous adore et je

vous baise avec le plus profond respect sur vous

s'est appuyée cette tête du Saint des saints qui n'avait pas où se reposer ; vous êtes le lit de douleurs qui avez entendu ses dernières paroles et reçu son dernier soupir Vous avez été sanctifiée à

jamais par le corps de Jésus et consacrée par son

sang Croix bénie, arbre précieux, qui avez porté

sur vus branches le fruit de vie, qui avez été témoin des angoisses de la Mère de Jésus, faites qu'à ma mort je sois reçu par Celui à qui vous avez servi d'instrument pour me racheter». Réciter les litanies de la Passion.

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