‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 36 sur 102 · PARFAITE · texte numérisé non relu

PARFAITE

Prélude. — Se rappeler ces paroles du saint Évangile : « Joseph d'Arimathie, aidé de Nîcodème, après avoir enveloppé le précieux corps de Jésus dans un

linceul blanc le mit dans un sépulcre tout neuf,

où personne n'avait encore été mis, et dont il ferma

l'entrée avec une énorme pierre » Adorer le

divin Maître dans son tombeau, et lui demander avec confiance de vouloir bien ouvrir notre esprit et plus encore notre cœur aux leçons touchantes qu'il nous donne dans ce dernier acte de sa Passion : « Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi, quia per sanctam Crucem tuant redemisti mundum ».

Bien des fois, ô mon âme, tu as entendu ton Dieu t'appeler intérieurement à la vie parfaite : c'était Jésus qui faisait retentir lui-même aux plus intimes profondeurs de ton être ces paroles qu'il adressait autrefois à ses disciples : « Esiote perfecti sicut et Pater vester cœlestis perfectus est ». Eh bien ! considère aujourd'hui comment cet adorable Maître t'offre dans son sépulcre les trois caractères de cette perfection à laquelle il te convie.

i° Une solitude absolue Entre dans le lieu

de la sépulture de Jésus. Quelle obscurité ! quel

silence! quelle profonde retraite ! Sa bouche se

tait ses membres tout glacés sont immobiles

son cœur a cessé de battre Lui qui, il y a peu de

jours, étonnait toute la Judée par l'éclat de ses miracles et la beauté de sa doctrine, le voilà enseveli avec les morts, le voilà plongé dans l'obscurité du tombeau! Voilà ce que doit être une âme chrétienne : elle est, suivant le mot de saint Paul, « ensevelie avec Jésus-Christ par le baptême, pour mourir

au monde et au péché » La vie cachée, la vie

intérieure, la vie solitaire est si précieuse et souvent si nécessaire, pour conserver son âme pure et à l'abri du péché Comment penser à Dieu, comment marcher devant lui, comment être parfait, si

l'on ne meurt au monde, à tous ses attraits à

tous ses bruits, à toutes ses frivolités ?

20 Une dépendance entière des volontés d'autrui Un corps inanimé et enseveli nous représente admirablement l'image de cette dépendance

Qu'on l'habille ou qu'on le dépouille, qu'on le mette sous un riche mausolée parmi des parfums précieux, ou qu'on l'enferme dans un pauvre cercueil, qu'on le couvre de terre ou de fleurs, de haillons ou de riches ornements, il se prête à tout, il souffre tout

en silence et avec une égale indifférence Tel est

Jésus dans son tombeau : il obéit, il s'abandonne avec docilité à ceux qui prennent soin de l'ensevelir De lui-même il n'a plus ni mouvement ni

action ; il se laisse remuer et déplacer sans la moindre résistance Il semble avoir perdu toute sa

puissance et tout son être C'est ainsi qu'il nous

prêche l'abandon parfait à la volonté divine : que nous soyons riches ou pauvres, choyés ou mésestimés des hommes, dans la santé ou dans la maladie, dans la jouissance ou dans l'angoisse, dans l'élévation ou dans les abaissements, dans les sécheresses ou les

consolations nous devons laisser agir notre Dieu

avec docilité et soumission Nous devons, suivant

le beau mot de saint Ignace, être entre ses mains

« comme un cadavre, perinde ac cadaver » Tous

les accidents de la vie sont réglés par sa volonté toujours sage, toujours adorable Aux âmes qui

aiment Dieu tout tourne à bien: « Diligentibus Deutn omnia coopérant ur in bomim ».

3° Une union intime et inséparable avec la divinité. — Le corps de Jésus, même séparé de son âme, n'a jamais cessé d'être uni à la personne du Verbe : il était mort, et cependant il vivait de la vie divine : il conservait au fond de son sépulcre toute sa force à l'état caché, pour triompher, l'heure venue,

de la mort dans le séjour même de la mort En

voyant son Maître dans cet état, le chrétien apprend à mourir et à vivre tout à la fois : il meurt au monde,

il meurt à lui-même, à ses instincts, à ses penchants

Mais il a une « vie toute cachée en Dieu avec

Jésus-Christ » car plus il meurt à lui-même, plus

il s'unit étroitement à son Dieu, si bien qu'un moment arrive où son cœur ne connaît plus de partage entre son souverain Maître et la créature .... C'est dans la mort qu'il trouve la puissance de vivre, c'est

dans le tombeau qu'il trouve la fécondité Tout

ce qui l'étreint, tout ce qui le brise, tout ce qui le

fait mourir (chagrins, douleurs, catastrophes et

accidents, larmes), tout cela lui inocule à flots la vraie vie, la vie surnaturelle, la vie divine

Quelle part peux-tu te flatter, ô mon âme, d'avoir eue jusqu'à ce jour à cette vie précieuse et parfaite

dont Jésus dans son sépulcre t'offre l'image?

As-tu aimé tellement la solitude et le silence que jamais la dissipation, le fracas du monde, les maximes du siècle, les vanités de la terre n'aient absorbé ton amour au préjudice de ce que tu devais à ton

Dieu? As-tumontré, dans les diverses épreuves

qu'a traversées jusqu'à présent ton pèlerinage en ce monde, un parfait abandon à la volonté divine qui te fît envisager tout ce qui t'arrivait comme ménagé par la Providence toute paternelle du meilleur des maîtres pour ton bien et ton vrai bonheur? ... Es-tu véritablement morte au péché par une détermination sincère de plutôt mourir que d'en commettre jamais

un seul? Es-tu sincèrement morte au monde et

à ses faux biens, à ses jouissances illusoires, principalement à celles qui t'ont le plus séduite jusqu'à ce jour?... . Es-tu bien résolue d'ensevelir 'aujourd'hui avec Jésus-Christ le vieil homme et toutes ses basses inclinations, pour mener désormais une vie toute nouvelle dans une étroite et continuelle union avec

ton Dieu par la pratique constante des vertus

dont le Seigneur Jésus t'a donné l'exemple?

(Faire un examen sérieux et approfondi sur ces divers points, sonder attentivement son cœur pour voir s'il n'y resterait pas quelque chaîne malheureuse qui, le rivant au monde, aux créatures, aux choses

périssables, l'empêchât de vivre totalement pour

Dieu )

O Jésus, adorable Maître , accordez-moi la grâce de marcher sur vos pas et de suivre les exemples

que vous me donnez dans votre sépulcre Faites

que j'aille à vous, en passant par l'obscurité de la mort intérieure, par les ténèbres du sépulcre, comme vous êtes allé vous-même à la droite de votre Père

en passant par la nuit du tombeau «Que le

monde soit mort et crucifié pour moi et que je sois morte et crucifiée pour le monde », afin que je sois du nombre de ceux qui sont à vous, «ayant crucifié leur chair avec ses passions déréglées»

Résolution. — Passer la journée en esprit près du sépulcre de Jésus, lui demandant souvent par des oraisons jaculatoires de mourir à nous-mêmes pour vivre en lui et avec lui. «Amore amoris tui moriar »...

«Milii mundus crucifixus est et ego mundo »

« Mihi vivere Christus est ».

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