JÉSUS RESSUSCITÉ APPARAIT A MARIE-MADELEINE
Prélude. — Se représenter le tombeau de Notre- Seigneur. Il est scellé d'une énorme pierre, des gardes veillent à l'entour Tout à coup, au matin du
dimanche, la terre tremble la pierre du sépulcre
se renverse un ange tout resplendissant de
lumière s'assied sur cette pierre les gardes épouvantés s'enfuient S'approcher du tombeau avec
les saintes femmes, il est vide : « Pourquoi cherchez vous parmi les morts celui qui est vivant, dit l'ange? Il est ressuscité, il n'est plus ici ». Faire un acte de foi sur ce grand mystère, » puis, se figurant en face du Sauveur ressuscité, se jeter à ses pieds et l'adorer
Contemple, ô mon âme (avec l'évangéliste de l'amour) Marie-Madeleine, la pécheresse convertie, se rendant, dès l'aurore du dimanche, avec saint Pierre et saint Jean, au tombeau de Jésus. Arrivés au sépulcre, les deux apôtres y entrent ; le corps du Sauveur a disparu, le linceul est à terre, le suaire de la tête est plié en un lieu à part ; alors, ne sachant que penser, ils s'en retournent à Jérusalem .... Made-
leine reste donc seule près du sépulcre, elle pleure et, tout en pleurant, elle se baisse pour regarder dans le sépulcre, et elle aperçoit deux anges vêtus de blanc assis au lieu où avait été le corps de Jésus, l'un à la tête, Fautre aux pieds. Et ces anges lui disent : « Femme, pourquoi pleurez-vous ? », et elle leur dit : « Parce qu'ils ont enlevé mon Maître, et je
ne sais où ils l'ont mis » Pourquoi cette femme
sur la pierre d'un tombeau vide ? Rien ne peut détourner son attention, toute son âme paraît se concentrer sur un seul point ; un regret, un désir
l'absorbe tout entière ce qui l'attira aux pieds
de Jésus dans la maison du pharisien, ce qui la tenait suspendue aux lèvres de Jésus dans la maison de Béthanie, ce qui l'amena au pied de la Croix de Jésus, l'amour, l'amour divin, l'amour baigné des larmes de la pénitence, l'amour embrasé des saintes ardeurs de la contemplation, l'amour percé d'un glaive de douleur. C'est encore l'amour qui veille auprès du tombeau, et qui, pour prix de sa persévérance, mérite de contempler tout d'abord le divin Ressuscité.
Voici, en effet, qu'elle se retourne par derrière : elle voit Jésus debout, mais elle ne sait pas que c'est Jésus. Et Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleurezvous ? Qui cherchez-vous ? » Et elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit : « Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis et je l'emporterai »....« Que son amour est ardent, dit saint Bernard ! elle est tellement occupée de celui qu'elle aime qu'elle ne le nomme pas, elle s'imagine que tout le monde est comme elle et qu'on doit entendre de qui elle veut parler ». Alors Jésus lui dit :
« Marie ! » O mon âme, devine l'impression que lui apporte ce seul mot. Si la parole d'un ami laissant tomber notre nom de ses lèvres nous affecte délicieusement, combien douce dut être la joie de Madeleine entendant le meilleur, le plus dévoué des amis, l'ami divin, le Dieu miséricordieux l'appeler par son nom ! « Marie ! » ce seul mot fait vibrer toutes les cordes de son coeur, elle a tout compris, le voile est tombé de ses yeux, la résurrection n'a plus de mystères pour elle, et une révélation nouvelle de la plus suave, de la plus touchante amitié se fait à son âme Son coeur veut alors se répandre en transports d'amour, mais il ne trouve qu'un mot : « Mon Maître ! » s'écrie-t-elle, et elle tombe à ses pieds pour les embrasser. Mais Jésus l'arrête et, modérant ses transports, lui dit : « Ne me touchez pas, mais allez trouver mes frères, et dites-leur que je vais monter vers mon Père». O merveilleuse récompense de son amour ! la voilà constituée l'Apôtre de la résurrection
Toi aussi, ô mon âme, que l'amour te mène comme Madeleine dès le matin de la Pâque au tombeau du Sauveur ! Va à son sépulcre eucharistique ; appelle, par les élans de ta charité, le Dieu enveloppé des saintes espèces comme d'un linceul ; demande Jésus à tout ce qui s'offrira à toi, demande-le aux anges, qui forment cortège autour de son tabernacle, demande-le au prêtre, demande-le avec empressement, demande-le avec les saintes larmes de l'amitié... Et toi aussi tu entendras une voix douce, une voix intérieure, la voix de la foi qui te dira : Ne pleure
pas, celui que tu cherches, le voici ; et, sortant de son tabernacle, comme de son tombeau, Jésus luimême te dira un mot auquel tu ne pourras t'empêcher de le reconnaître. Il t'appellera intérieurement par le nom qui te fut donné au jour où il t'accepta pour son enfant Et tu tomberas à ses pieds
et tu lui diras : « Mon Maître ! » Plus heureuse que Madeleine, il ne te repoussera pas ; tu le presseras contre ton cœur, tu l'étreindras dans l'embrassement
de l'union la plus intime Tu seras unie à lui,
comme il est uni à son Père et tu laisseras ton
cœur se fondre dans les épanchements de la plus
suave, de la plus brûlante dilection Mais,
comme Madeleine, apprends que c'est pour toi un devoir de propager l'amour de ton Dieu
Résolution. — Répéter toute la journée le plus souvent possible, avec foi à Jésus ressuscité, avec amour pour Jésus eucharistique, le mot de Madeleine : « Rabboni ! mon Maître! »