SES COMMUNICATIONS INTIMES
Prélude. — Se représenter le Sauveur se montrant tour à tour, le jour même de sa résurrection, près du sépulcre, sur le chemin d'Emmaûs, dans le Cénacle de Jérusalem. Il est impatient, ce bon Maître, de rechercher, éclairer, consoler les âmes qu'il sait lui être dévouées. Envier le bonheur de ces âmes admises au privilège de contempler dans son triomphe le Dieu dont elles avaient vu les humiliations, et l'adorer avec elles dans le silence et le ravissement.
Considère, ô mon âme, à qui le Sauveur apparaît, et de quelle manière il apparaît.
A qui ? C'est à des âmes aimantes, dévouées, profondément affligées de sa mort. Quelle ardeur de dévoûment, quelle effusion d'amour en Marie-Madeleine et les autres femmes, qui courent dès l'aurore
du dimanche à son tombeau! Quelle affliction
dans le cœur de Pierre, qui a renié son maître, malgré la vivacité de son attachement Quelle tris-
ISO MONSEIGNEUR BILLARD
tesse dans ces disciples qui vont à Emmaus! (Ils
ne parlent que du sujet de leur douleur).
Comment Jésus se montre-t-il ? Tantôt dans sa figure propre et naturelle : on reconnaît son visage, sa voix, ses manières, on voit jusqu'aux cicatrices de
ses blessures Tantôt sous la forme empruntée
d'un voyageur, d'un jardinier, mais un geste qu'il fait, un mot qu'il prononce, une action qui semble lui échapper ne tardent pas à manifester sa présence et à dire que c'est lui bien lui!
Il ne t'a pas été donné, ô mon âme, comme aux disciples et aux saintes Femmes de contempler des yeux du corps le Sauveur Jésus ressuscité glorieux; mais, en vérité, peux-tu sans injustice t'estimer moins heureuse? Les visites que tu reçois chaque matin du Dieu eucharistique, bien que voilées sous les ombres
de la foi, sont-eiles moins réelles ? Oui suis-je, ô
mon Dieu, pour que vous me donniez, comme à vos amis privilégiés, des marques si touchantes de votre prédilection? Comme mon cœur est froid en comparaison de celui des saintes Femmes à qui vous voulûtes bien apparaître! Si parfois je me sens éprise
d'ardeur et de générosité, je retombe presque aussitôt dans ma torpeur accoutumée Comme Pierre,
je vous ai renié, mais que ma contrition est différente de celle de votre apôtre, qui ne cesse de pleurer sa faute !.... Oh! puissé-je, comme les disciples d'Emmaùs, ne penser qu'à vous, ne m'entretenir que de vous !
Outre ces visites réelles que, dans votre immense charité, vous voulez bien faire à votre enfant
MÉDITATIONS iSl
ingrate que d'apparitions mystiques, que de
communications intimes ne m'accordez-vous pas ! Que de fois dans ma vie n'ai-je pas entendu votre voix au-dedans de moi-même ! Pourquoi faut-il que je n'aie pas été plus attentive à recueillir le souffle
de vos inspirations divines? Pourquoi faut-il que,
si souvent ouvertes aux bruits du dehors, mes oreilles soient restées sourdes à vos paroles si douces,
si consolantes? (Rechercher par un examen
sérieux les différentes circonstances de sa vie passée où l'on ait résisté à la grâce; s'humilier profondément, former une généreuse résolution ponr l'avenir). O mon Dieu, c'en est fait, jamais plus je ne me déroberai à vos visites, je ne perdrai le fruit de vos délicieuses communications, en m'épanchant au-dehors. Restez en moi, restez avec moi, il n'y a de vrai bonheur qu'en vous.
Résolution. — Redire souvent dans le jour cette parole des disciples d'Emmaùs : « Restez avec nous, Seigneur ». Lire dans l'après-midi le VIIIe chapitre du IIe livre de Y Imitation de Jésus-Christ.