DIMANCHE DE QUASIMODO SUR LA PAIX
Prélude. — Se représenter le Sauveur entrant dans notre oratoire, les portes fermées, comme il avait l'usage de faire dans ses diverses apparitions à ses Apôtres après sa résurrection, et recueillir de ses lèvres paternelles ce doux et consolant salut : « La
paix soit avec vous. Pax vobis ! » « Jesn, Deus
pacis, miserere nobis ».
Le chemin le plus sûr et le plus court pour arriver à la perfection, c'est la paix, ce qui a fait dire par un grand saint que « La paix est ornée de vertus, comme le ciel d'étoiles », et qu'« on peut la nommer le ciel intérieur de l'homme ». Voilà pourquoi, 6 mon âme, le Sauveur ton maître n'a pas cru pouvoir faire un legs plus consolant à ses Apôtres en les quittant : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ». Voilà pourquoi cet adorable Rédempteur ne saurait exprimer un plus tendre souhait aux âmes, ses amies : « La paix soit avec vous ! »
Paix avec Dieu, par l'innocence du cœur Une
âme pure, une âme qui se tient avec soin éloignée de tout péché, si léger qu'il soit, une âme qui n'a qu'une crainte, celle de déplaire à son Dieu, oh ! cette âme belle aux yeux de son divin Époux.. .
elle lui est intimement unie, elle trouve dans cette union le repos, la sérénité, le calme, ainsi que l'assure le pieux auteur de Y Imitation : « Si votre conscience ne vous fait aucun reproche, vous jouirez des
suavités de la paix »
Paix avec le prochain, par la charité fraternelle. La paix avec nos frères est le fruit de notre amour sincère pour eux : les aimer, quels que soient leurs
défauts et leurs torts à notre égard les traiter
comme on désire en être traité ; ménager, excuser leurs imperfections et leurs misères, comme nous voudrions qu'on ménageât, qu'on excusât les
nôtres Voilà la source de la paix avec eux
La mer est calme, quand aucun vent ne vient soulever ses flots ; la paix règne entre les cœurs, quand on évite tout jugement, toute parole, tout procédé, toute contenance capables de faire naître la division
ou la discorde
Paix avec soi-même, par la lutte intérieure Ce
qui nous trouble habituellement, ce sont nos désirs,
nospenchants, nospassions Pour trouver lapaix,
c'est-à-dire cette égalité d'âme qui rend supérieur à tousles événements, il faut gouvernerses désirs, faire
la guerre à ses penchants, dompter ses passions
Il faut triompher de ces « ennemis domestiques », comme les appelle le Seigneur lui-même au saint Evangile ; la paix est le fruit de la victoire, comme
la victoire est le fruit du combat Quand on est
maître de soi, on est maître de tout, on a la paix
Innocence parfaite, charité sincère et cordiale pour le prochain, lutte sérieuse contre toi-même,
tels sont, ô mon âme, les éléments constitutifs de cette triple paix dont tu sens intérieurement un si pressant besoin, parce que seule elle apporte le bonheur, autant qu'il est possible de le connaître en ce monde.
Jette un regard impartial sur ton passé. As-tu toujours été fidèle à remplir cette triple condition? En ce moment peux tu te rendre le témoi-
o-nao-e de faire sous ce rapport tout ce qui est en
ton pouvoir ? Tu as connu les remords et les
inquiétudes C'était Dieu qui commençait à te
châtier. Des nuages viennent encore aujourd'hui obscurcir la sérénité de ton âme, ce sont tes imperfections, tes défauts qui relâchent les liens qui t'unissent à ton Dieu, centre de tout repos Que de fois
une trop grande sévérité pour les défauts d'autrui est-elle venue, dans les relations de famille ou de société, troubler sinon rompre l'harmonie et par conséquent la paix ? A l'heure qu'il est, n'est-ce pas une rio-ueur excessive, l'absence de cette chrétienne indulo-ence que le divin Maître nous a si éloquemment prêchée tant par ses exemples que par ses leçons, qui s'oppose dans certaines circonstances à l'établissement parfait de l'aimable règne de la paix ? L'expérience ne t'a-t-elle pas aussi appris combien la satisfaction des désirs naturels nuit au calme intérieur ?Tu sais trop bien, hélas! ce que c'est que cherchera contenter une activité brûlante Combien de fois, au lieu de l'apaiser, n'as-tu fait que l'aio-uillonner, l'exciter davantage ? elle devenait, en
quelque sorte, ton propre bourreau
O mon Dieu, je le sens, pour avoir la paix, pour en réaliser la triple condition, j'ai besoin de votre
grâce Je ne vois en moi qu'ardeur impatiente,
que confusion de mouvements divers, qu'agitation
souvent tumultueuse O vous qui êtes, par votre
pureté parfaite, par votre immense charité, par votre inaltérable repos dans l'activité, le principe, et le modèle de la véritable paix, ne me refusez pas ce don céleste, qui est le gage de votre amour et la source de ma félicité.
Résolution. — Faire la sainte Communion pour demander à Notre-Seigneur le don préc'eux de la paix ; dire après l'action de grâces la prière de saint Ignace: « Suscipe, Domine »
Ile DIMANCHE APRÈS PAQUES