ROGATIONS ESPRIT DE PRIÈRE
Prélude. — Recueillir avec foi ces consolantes paroles tombant des lèvres du Sauveur : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous l'accordera ». Faire un acte de foi à l'autorité infaillible de cette divine promesse et demander à Notre-Seigneur la grâce de bien comprendre les fruits que produit dans l'âme l'esprit de prière.
Honneur, force et consolation, tels sont les trois principaux avantages que peut retirer une âme vraiment formée à l'esprit de prière.
i° Est-il honneur plus réel et élévation plus sublime, que d'être, non pas avec un grand de la terre, avec un prince d'ici-bas, mais avec Dieu, dans une respectueuse familiarité, que de lui parler comme un ami à son ami, de contracter un pieux commerce d'entretiens expansifs ? Or n'est-ce pas le privilège dont
nous fait jouir l'esprit de prière : regarder Dieu, s'approcher de Dieu, s'unir de cœur à Dieu, s'épancher amoureusement et avec confiance dans le sein de Dieu ? Et voilà ce que fait l'âme dans la prière. Qu'est-ce autre chose qu'avoir avec Dieu des rapports, des liens d'intimité les plus capables de nous
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honorer et de nous grandir ? Ce qui fait dire par
saint Pierre Chrysologue qu'une âme habituée à prier fixe sa demeure au Ciel et vit avec Dieu même : « Cœlos intrat, convivit Deo ».
2° Mais quelle force surnaturelle de régénération ne se trouve pas jointe à un si grand honneur? « La prière, dit saint Jean Chrysostôme, est une ancre de sûreté pour quiconque est en danger de faire naufrage ; c'est un trésor inépuisable pour celui qui est pauvre ; c'est un remède très efficace pour celui qui est malade ; c'est un préservatif infaillible pour celui qui veut se conserver en santé ». Une âme estelle agitée par le vent des tentations ? qu'elle prie, et le calme se fera. Un cœur est-il entraîné par le courant d'affections trop vives ? qu'il prie, et il
sentira son élan se modérer « La prière, dit saint
Laurent Justinien, elle apaise la colère de Dieu, elle nous obtient tout ce que nous désirons, elle nous donne la victoire sur nos ennemis ; elle change les âmes, d'aveugles en clairvoyantes, de lâches en courageuses, de pécheresses en saintes : « Plaçât Deum, postulata reportât, adversarios superat, immiitat
homines » Ce qui a fait dire par saint Augustin
que « L'avancement dans le travail de la sanctification suit exactement l'avancement dans l'esprit de prière »
De là les douces et précieuses consolations attachées à cette pieuse habitude: oh! qu'il y a de suavité et de douceur pour une âme qui gémit sous le faix du chagrin de quelque côté qu'il vienne, qu'il 3^ a de suavité et de douceur à se jeter dans le sein de Dieu, comme un enfant dans les bras d'un père, à lui dire ses peines, à lui montrer ses plaies, à lui exposer
ses alarmes ! C'est cet abandon plein de confiance
et d'amour qui fait le charme de nos communications
avec Dieu Un saint prêtre, Vincent de Paul, se
représentant l'épreuve la plus rude, la peine la plus accablante qui pût lui arriver, assure que, s'il plaisait à Dieu de le faire passer par cette épreuve, de lui envoyer cette peine, un quart d'heure de prière remettrait son âme de cette violente secousse et lui rendrait la paix C'est ce que nous assure, d'ailleurs, l'Esprit-Saint lui-même par la bouche de saint Jacques : « Quelqu'un d'entre vous est-il triste ? qu'il prie. Tristatur aliqnis vestruml Or et ! »
O mon Dieu, que cette union avec vous par l'esprit de prière est précieuse et belle ! Comme elle relève, comme elle purifie et transforme, comme elle console! Pourquoi faut-il que jusqu'à ce jour je l'aie
si peu compris? Oh oui ! si ma nature est encore si vivace...si je me porte encore avec tant d'ardeur vers les choses de la terre et tout ce qui se rattache aux
sens si je me sens encore si souvent absorbée
par des préoccupations tout humaines si les tentations de Pennemi ont encore tant de prise sur mon cœur .... si les épreuves et les tribulations m'abattent
et m'atterrent si profondément je le reconnais,
c'estquejenesaispasprier avec cette confiance filiale, avec ce tendre abandon qui devraient m'animer. Et dans le passé, si j'ai tant cédé aux attaques de l'ennemi du salut, si je me suis sentie si faible, si désarmée en face de lui, c'est que je n'avais pas recours
à la prière « Sicut pullus Jiirundinis, sic clarnabo.
Je crierai désormais vers vous, Seigneur, comme le
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petit de l'hirondelle ». Il ne fait que crier, lui, pour demander à sa mère secours et nourriture. Moi aussi, ô bon Maître, je crierai à l'avenir sans cesse vers vous. Vous ne pourrez me refuser votre secours pour éviter la mort du péché et pour avancer dans votre saint amour. Avec votre prophète pénitent, je vous dirai et redirai sans relâche : « Seigneur, venez à mon secours ; Seigneur, hâtez-vous de me venir en
aide. Deus, in adjutormm meum intende » Les
rois de la terre ne donnent audience à leurs sujets que quelquefois dans l'année; vous, Seigneur, vous, roi des rois, vous nous donnez audience à tout instant, vous êtes toujours prêt à nous exaucer. Jamais, quand nous prions comme il faut, vous ne fermez l'oreille à nos prières ; vous êtes toujours « à côté de ceux qui vous invoquent », toujours prêt à leur accorder toutes les grâces qu'ils vous demandent
Résolution. — Se renouveler dans la pratique des oraisons jaculatoires multipliées ; avoir- souvent aujourd'hui dans l'esprit et le cœur celle-ci du Roiprophète : « Deus,inadjutorium meum intende »
ou cette autre des Apôtres : « Seigneur, enseigneznous à prier. Domine, doce nos or are ».