‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 43 sur 102 · LEÇONS QU'IL NOUS DONNE DANS CE MYSTÈRE · texte numérisé non relu

LEÇONS QU'IL NOUS DONNE DANS CE MYSTÈRE

Prélude. — Se figurer, au milieu du grand nombre de disciples qui accompagnaient Notre-Seigneur sur la montagne des Oliviers, recevoir avec foi et amour la dernière bénédiction du bon Maître, et le contempler s'élevant ensuite au Ciel

Avec quelle satisfaction, avee quel amour ne doistu pas contempler ton Sauveur, ô mon âme, dans les derniers instants qu'il passe sur la terre avant de

remonter à son Père! quelle douceur! quelle

majesté! comme son visage est radieux! comme ses cicatrices sont brillantes ! Recueille avec une sainte avidité dans un cœur attentif chacune des paroles qui tombent de ses lèvres divines. Ne l'entends-tu pas redire avec une inénarrable tendresse ce qu'il avait déjà dit à ses Apôtres dans une autre circonstance : « Que votre âme ne se trouble point, que vos yeux ne laissent point tomber de larmes : je ne vous

laisserai point orphelins je serai toujours aved

vous »? Avec les disciples prosterne-toi, baise

avec respect les pieds divins de ton Dieu, ou plutôt imagine-toi recevoir de cet adorable Maître l'embras-

cernent paternel de l'adieu Puis lève les yeux,

voici qu'il s'élève doucement de la terre, il s'élève dans les airs, il monte au Ciel, d'où il était descendu, il va où tu ne peux aller maintenant, mais où tu iras un jour occuper la place qu'il t'a promis de te préparer Il monte au Ciel comme ton roi et ton

Sauveur, pour compléter son triomphe sur le monde, sur l'enfer et sur le péché ; il y monte comme ton père, pour y disposer une demeure à toi, sa fille, qu'il a engendrée sur la Croix; il y monte comme ton précurseur, pour t'en frayer le chemin et t'en ouvrir l'entrée; il y monte comme ton avocat, pour défendre les droits qu'il t'a acquis par son sang ; il y monte comme ton médiateur, pour te présentera son Père et te donner accès près de lui; il y monte enfin comme pontife, pourporter dans le sanctuairele sang qu'il a versé pour toi et pour l'offrir sans cesse à Dieu

son Père en expiation de tes péchés lia disparu,

la nue le soustrait à tes regards; continue à le suivre par la foi, ô mon âme : il a pour cortège tous les saints Patriarches de l'antique alliance, la multitude innombrable des élus qui, depuis l'origine du monde, attendaient dans les Limbes l'heureux moment de

leur délivrance Ce n'est pas assez pour sa gloire :

voici les anges, les archanges, toutes les puissances des Cieux qui viennent au-devant de leur roi : « Ouvrez-vous, portes éternelles : voici le Roi de gloire avec sa cour; c'est le Seigneur fort et puissant dans

les combats » C'est l'Agneau de Dieu mis à mort ..

C'est Jésus le Sauveur du monde il va s'asseoir

à la droite de son Père, il prend possession de son royaume pour lui, pour ceux qu'il a déjà délivrés et qu'il introduit dès ce jour avec lui dans la gloire,

pour tous ceux qui voudront recueillir les fruits de sa rédemption. . .. N'est-ce pas ton désir?

Deux grandes instructions à recueillir dans ce mystère, ô mon âme. La première, c'est que le Ciel est la véritable et unique patrie, que tu es sur la terre comme dans un lieu d'exil, où tu dois te regarder comme une étrangère Du haut des Cieux, où

Jésus, ton chef, s'assied aujourd'hui à la droite de son Père, il t'appelle à régner avec lui : « Celui qui aura vaincu, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône ».. Comment pourrais-tu, après cette consolante promesse, tenir encore à la terre et à tous

ses faux biens! Quel charme pourraient encore

avoir pour toi toutes les richesses, tous les plaisirs,

toutes les distinctions d'ici-bas? « O Seigneur

mon Dieu, je le reconnais avec votre fidèle serviteur Augustin converti, c'est pour vous seul que vous nous avez créés et notre cœur sera toujours dans le trouble et l'inquiétude jusqu'à ce qu'il se repose en vous Fecisti nos ad te, Deus, et irrequietum est cor

nostrum, donec requiescat in te »

Apprends en second lieu le chemin que tu dois suivre, pour arriver à cette bienheureuse patrie dont

Jésus t'ouvre aujourd'hui l'entrée « Il a fallu que

le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire. Oportuit pati Cliristum et ita intrare in gloriam suam». La montagne où tu viens de l'adorer montant au Ciel, est cette même montagne où, quelque temps auparavant, tu l'as vu prosterné, agonisant et ensuite pris,

lié, emmené comme criminel Ne crains donc ni

les humiliations ni les souffrances . ... C'est de là

qu'il faut partir pour arriver au Ciel Ce serait se faire illusion que de prétendre avoir part un jour à la gloire de Jésus-Christ sans avoir d'avance part à

ses souffrances Remarque-le cependant, ô mon

âme, toutes sortes de souffrances ne conduisent pas au Ciel, il faut que ce soient des souffrances endurées pour la justice, comme celles de Jésus-Christ, des souffrances sanctifiées par une soumission parfaite à la volonté divine

Ne permettez pas, Seigneur, que je me livre aujourd'hui à une stérile admiration de votre entrée triomphante dans les Cieux Inspirez-moi un désir sincère d'avoir part à vos souffrances Détachez-moi de tout ce qui est terrestre; attirez à vous

toutes mes affections faites que tous mes désirs,

tous mes soupirs soient pour vous, afin que je puisse un jour avoir part à votre gloire.

Résolution. — Au milieu des épreuves et des peines de la vie, regarder le Ciel et Notre-Seigneur qui y règne et qui nous y a préparé une place : la pensée d'aller bientôt rejoindre notre bon Maître dans le séjour de la béatitude parfaite nous ranimera et nous consolera. Redire souvent à Notre-Seigneur dans la journée cet élan de cœur de l'Épouse des sacrés cantiques : « Trahe me postte. Entraînez-moi, Seigneur, après vous ».

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