LA JOIE
Prélude. — Recueillir avec amour et peser dans son cœur une parole qu'adressait autrefois le Sauveur à ses Apôtres: «Il est expédient pour vous que je m'en aille, car, si je ne m'en vais pas, le Paraclet, c'est-à-dire le Consolateur, ne viendra point à vous.
Expedït vobis ut ego vadam » Prier Notre-
Seigneur de vouloir bien nous faire une part dans la promesse qu'il fait à ses bien-aimés disciples : « Emiite Spiritmn tuiun »
Il est pour les mondains, ô mon âme, une énigme insoluble: c'est la joie qui se reflète sur le front du vrai chrétien, même au sein des plus rudes épreuves et des plus navrantes angoisses: «Je surabonde de joie dans mes tribulations», disait autrefois le grand Apôtre, et ce sentiment, qui remplissait la grande âme de saint Paul au commencement du Christianisme, les âmes pleines de foi, les âmes sincèrement dévouées à Notre-Seigneur n'ont cessé de l'éprouver
dans la série des âges chrétiens Or ce qui est
mystère pour le monde ne saurait l'être pour toi, ô mon âme: ta foi trouve la solution du problème dans
l'action du Saint-Esprit sur les âmes. Cet Esprit divin, qui «planait sur les eaux» aux jours de la création, quand il vient à descendre dans un cœur où débordent les flots de la tribulation, il y répand le calme et la tranquillité Il est «l'Esprit créateur », qui fait luire la lumière au sein des ténèbres, la paix au sein de l'agitation, la sérénité au milieu de
l'orage, la joie au milieu des peines Toutefois, il
faut le remarquer, ce n'est qu'aux âmes qui passent par le creuset de l'épreuve que l'Esprit-Saint réserve
ses joies Une âme qui se trouve bien sur cette
terre d'exil et qui en fait le but de ses désirs et le terme de ses aspirations, une âme qui cherche en ce bas monde toutes ses satisfactions, ses aises, ses jouissances, constamment appliquée à écarter tout ce qui la gêne et à se procurer tout ce qui la flatte, cette âme ne peut en rien attendre le fruit de joie de l'Esprit-Saint. Ce fruit si doux, si consolant, il ne le donne habituellement en récompense qu'aux âmes généreuses qui souffrent pour l'amour de leur Dieu, qui consentent à suivre leur adorable Maître dans la voie du Calvaire, qui sont prêtes à l'accompagner jusqu'au sommet de la montagne de l'immolation et du sacrifice De même que les Apôtres, au témoignage de nos saints Livres, battus de verges pour avoir annoncé Jésus-Christ avec un courage intrépide, sentirent leur cœur inondé de délices et ne
pouvaient contenir leur joie de même les âmes
qui se dévouent à la souffrance, acceptent l'épreuve et ont l'énergique volonté de s'immoler, sont remplies des plus ineffables et des plus onctueuses consolations
2l6 MONSEIGNEUR BILLARD
S'il est ici-bas quelqu'un qui ait besoin de ce fruit de l'Esprit-Saint, c'est bien toi, ô mon âme; ne te semble-t-il pas même que tu sois en droit de l'attendre, toi si rudement éprouvée, toi si violemment entraînée par le Sauveur dans le chemin du sacrifice ?
Pourquoi donc es-tu cependant restée jusqu'à
ce jour pour ainsi dire étrangère à cette ineffable
effusion de l'Esprit de joie et de consolation? Ah!
sache-le bien, il est impossible d'en douter, c'est parce que tu t'es laissé gouverner trop facilement par la nature; c'est parce que tu n'a pas su mortifier dans ton cœur cette sensibilité sans mesure dont il est le siège et la source ; c'est parce que, trop pleine de toi-même, tu as trop aimé, trop recherché les jouissances trompeuses et sans réalité delà créature. Comment aurais-tu pu espérer que l'Esprit-Saint te remplît de sa joie ? Au lieu de solliciter par une prière fervente ce fruit de son amour, tu cherchais appui et consolation ailleurs qu'en lui ; contristé par ton
indifférence il ne pouvait que s'éloigner de toi
Commence donc, ô mon âme, il en est temps, à goûter combien douce est la joie que réserve l'Esprit de Dieu, le Paraclet, le Consolateur, à ceux qui se jettent en son sein, n'espérant qu'en lui, en lui seul. Du jour où, te déprenant de la créature, tu t'attacheras exclusivement et sans réserve à ton Dieu, de ce jour, quelles que soient tes épreuves et tes peines, toi aussi tu te sentiras «surabonder de joie », et, fortifiée, ranimée par l'Esprit divin, tu pourras t'écrier, comme autrefois un homme de bien, le pieux Suarez: «Je ne savais pas qu'il fût si doux de souffrir » !
Résolution. — Faire un examen sérieux sur ses dispositions intérieures par rapport aux consolations naturelles. Demander à l'Esprit-Saint un détachement complet des jouissances sensibles de la nature et une confiance absolue en sa bonté, en récitant la belle prose Veni, sancte Spiritus.. .. Recommencer cet examen et cette prière dans l'après-midi, lors de la visite au Saint-Sacrement.